‹ Giammaria Ortes Un Vénitien du SettecentoChapitre 119 sur 197 · MARCUS ATILIUS REGULUS · texte numérisé non relu

MARCUS ATILIUS REGULUS

Cet autre drame: était, peut-être achevé — puisque commencé en 1749? — lorsque Ortes écrivit Polyxène, terminé, nous le savons en 1756. Le sujet est, là aussi, historique *. Ce n'est plus, un épisode légendaire de l'Histoire grecque qui en constitue l’objet, mais un néros des fastes romains, Marcus Attilius Régulus. Ce proconsul de la

1. — Marco Attilio Regolo, Dramma per Musica (Op. varie autogr., Marciana, It. class. LI, cod. CXXXVIII, f* 174 à 192 recto et verso).

2. — Il est indiqué au f° 174 recto : « Fù terminato il presente dramma in Ottobre dell’ anno 1749, nella villa della Fratta, in vicinanza di Oderzo. Fù ricopiato in dicembre 1750 ». Dans une lettre adressée à Berlin à son ami Algarotti, du 4 décembre 1750, Giammaria Ortes écrivait au sujet de ce drame : « Quanto al mio Attilio, di cui mi chiedete conto, credo gia avervi scritto, ch’ esso è compito, e vi soggiungo, che appunto ieri (3 décembre) ne ho spedito una copia à Vienna alla contessa Bagarotti, che mi costrinse a mandargliela. » Il ajoutait que, désireux d’avoir sur son drame l'avis de Metastasio, il avait prié la comtesse de le lui faire lire, mais n'ayant pas trop confiance en elle — il la savait « il genio capriccioso » — il demandait à Algarotti de s’entremettre de son côté en s’excusant plaisamment de ce ruffianesimo letterario (G. Caporin, Lettere di Giam. Ortes venez. à Fr. Algarotti, Marciana, misc. 721, Opusc. n. 18). Ce projet n’eut pas de suite. Peu après, le 1” de l’An 1751, Ortes mandait à Algarotti de ne rien tenter auprès de Metastasio, avec lequel la comtesse se refusait à avoir le moindre rapport « vi pregava… di avvertire il Metastasio di leggere il mio Attilio, ma ora vi dico che ciô è superfluo perchè la Bagarotti mi scrive di non voler darglielo, e si dichiara di non voler aver che fare con lui. » (G. Caporin, ouv. cit., Marciana, ibid.). Dans une autre lettre à Alferi, datée de Venise, le 7 août 1750, Ortes déclare que le mauvais goût de l’époque (Supra, p. 236) le décourage de le publier. « Lo avrei anche dato fuori, ma mi disanima il pessimo gusto di rappresentazione che s’usa a questi tempi, e che va sempre più peggiorando anche in Italia. » (G. CADORIN, ouv. ciît., Marciana, ibid.). Le f° 176 recto et verso du manuscrit porte, d’une autre écriture que celle d’Ortes, l'argument manuscrit du drame. Le manuscrit est disposé sur deux colonnes, par demi-page. Mais le texte se suit sans interruption de la première à la deuxième colonne de chaque page. Il n’y a plus là, comme dans Polyxène, un projet suivi d’une rédaction définitive.

3. — Les sources historiques sont même indiquées, après l’'Argomento (f° 176 recto) : ce sont APPIEN, De bello pun., part. I, chap. III; Cicéron, de Offic., n° 99, 100; AuLu-GELz, liv. VI, chap. IV.

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République en Afrique, après avoir, dans maints combats, vaincu les Carthaginois, pris par eux au cours d’une déroute, est envoyé à Rome pour appuyer une demande d'échange de prisonniers, dont l'agrément par le Sénat lui vaudra la liberté. Mais, fidèle et farouche serviteur de sa Patrie, Régulus multiplie ses efforts pour faire échouer des pourparlers favorables seulement aux intérêts puniques. Ce lui vaudra de retourner en captivité, où, il le sait, l’attend la mort.

Sur ce thème, Ortes va camper de nobles personnages, brosser de beaux caractères, dépeindre des sentiments élevés.

Le drame est divisé en trois Actes, et non plus en Parties, comme Calypso et Polyxène. Le premier Acte compte onze Scènes, le deuxième et le troisième dix. Ces Scènes sont parfois très courtes. Avec le héros Régulus, les Personnages sont : Caius Attilius, consul de Rome ; Marzia, épouse de Régulus ; Fausta, leur fille; leur fils qui n’a qu’un rôle muet; Annon, ambassadeur carthaginois ; Mannius, tribun militaire, et, cela va de soi, les chœurs et les comparses.

L'action débute par un dialogue, entre le consul Caius Attilius et le tribun Mannius, où se trouve, dans ses grandes lignes, exposée la situation : arrivée de Régulus captif depuis six ans de Carthage ; enthousiasme du peuple. C’est l’occasion pour Caius Attilius d'affirmer que rien ne saurait, en l’état actuel, contraindre Rome à signer la paix. Tout l’orgueil romain s’exalte dans cette patriotique assurance :

« Vinta à Cartago

Fra le vittorie sue, degli ausiliari Ingannata e tradita........

HR AE e Mmentre scema

Col commercio interrotto

La sua grandezza e la sua forza ancora, La nostra col soffrir più s’avvallora » :.

1. — Act. I, sc. I (Op. varie autogr., Marciana, ibid., fo 177 recto, col. 2).

Cette altière confiance dans les destinées de Rome, que le tribun partage avec enthousiasme !, ne se démentira jamais chez les divers personnages d’une trempe quasi surhumaine. Marzia, par exemple, malgré sa profonde tendresse pour Regulus, avoue n’avoir pas désiré son retour tant que sa captivité pouvait être utile à la République *. Et la force d'âme de Régulus s'affirme avec éclat dès l’abord, quand, au peuple qui l’acclame, il répond avec dignité, que prisonnier il n’a pas droit aux hommages dus à un vainqueur :

« Il vostro 2elo Troppo ecceda, Ô Romani. In me soltanto Un prigionier vedete » :.

L'action cependant s’enchaîne. L’ambassadeur carthaginois, invité par le consul à exposer sa requête, précise, non sans hauteur, qu’il n’est point venu en qualité de messager de paix, mais pour un simple échange de prisonniers. Régulus, consulté, se refuse d’abord à émettre un avis, Rome n'ayant que faire des conseils d’un prisonnier :

« Roma non chiede

Consigli a un prigionier » “.

« Che in me svani il Romano Quando di libertà privo restai >‘.

Devant l’insistance dont il est l’objet, il exprime cependant son sentiment : le pacte proposé nuirait aux intérêts de la République :

« Virtü è il rifiuto e che accettarlo à danno »‘.

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