Un uomo di talento che ha trasporto di voler penetrar
raison parfois. Il l'avoue lui-même du reste : « Mon mélange est difficile à digérer » !. Et si, à le lire, on éprouve une sorte de « contention d'esprit », c’est assure-t-il que ses doctrines ne permettent guère de fantaisie à qui les étudie ?, car il va toujours au fond des choses et ne saurait se contenter des apparences, comme tant d’autres *.
D'ailleurs, il se pique de ne laisser aucune observation sans réplique. Et, quelque amertume qu’il en éprouve à l’occasion, il s’efforce de le faire sans acrimonie 4 A ceux qui taxaient ses théories d’extravagantes : « Ne sont-ce pas, au contraire, riposte-t-il plaisamment, les doctrines les plus extravagantes et les plus contradictoires qui sont en vogue, tandis que les plus vraies sont bien souvent considérées comme extravagantes et contradictoires elles-
nel fondo della scienza, non avendone forse esattamente scoperto il filo ». Novellista di Firenze, fo 21, Avril 1775, col. 235.
1. — Lett. sulla Relig. e il Govern. Lett. IV, précit. (CUSTODI, ouv. cit., p. m., t. XXV, p. 357). Voir aussi Delle Sciense Ulili e delle Dilett., chap. III. (Custont, ouv. cit., p. m., t. XXIV, p. 138); Lett. sulla Relig. e il Govern., Lett. II précit. (CUSTODI, ouv. cit., p. m.,t. XXV, p. 297).
2. — « Quella contensione di spirito che egli dice provare alla lettura della mia opera non vien dallo stile, ma dalle dottrine per quello espresse che legate e connesse insieme non permettono al lettore di distrarsi dal soggetto per divertirsi coi fiori della favella ». Annotaz degli Errori popol., Annotaz I, …t. (Cusropi, ouv. cit., ibid., p. 253).
3. — C’est le reproche qu’il adresse, d’une façon générale, aux penseurs de son temps et à son siècle : « se le cognizioni fra gli uomini sembrano a’nostri giorni più avanzate che ad altri, e si reputan essi più illuminati e più istruiti delle cose di quel che fossero i loro antenati, ciô non potrebbe accordarsi che in rtguardo alle cognizioni apparenti, giacchè una simile riputazione ridonda in essi dalla facilità maggiore colla quale si ragiona da tutti d’arti e di scienze... tanto più comuni a tutti, quanto più adorni de’ pregi dell’eloquenza. (Riflessioni sugli Oggetti apprensibili. chap. XVI, n. 2, p. LXXXIII). Et plus loin : « Per esser.… questo secolo d’ogni altro il più adorno per cognizioni apparenti, dovesse trovarsi-sia detto per modestia-il più scempiato d’ogni altro per cognizioni reali. » (Rifless. sugli Oggetti apprens., ibid. P. LXXXIV). Voir Infra, p. 38, n. 5).
4, — « Peraltro che v'abbiano alcuni che sprezzano le mie dottrine economiche ciô pure non mi fà maraviglia e nemmen mi dispiace, perchè quel che suole sprezzarsi non è sempre sprezzabile. » Lett. XXVIII, précit., à Ciani (CUSTODI, ouv. cit. p. m., t. XXIV, p. 405). — Voir encore,-Infra, p. 38, note 4.
mêmes ? »!, Parfois, il répond avec dédain : quand il dénie, par exemple, aux Efemeridi Letterarie de Rome, le moyen de donner un exposé fidèle de son Economie Nationale ?, ou note l’impuissance d’un gazetier milanais à comprendre ses doctrines * ; parfois, avec ironie, quand il oppose ses ouvrages, réputés trop étudiés, à tant d’autres qui ne le sont pas assez 4...
On s'explique du reste les reproches que ses théories provoquaient par la nouveauté des conceptions exposées ’, par l'originalité des systèmes préconisés , notamment sa méthode de rechercher l’apparence dans la réalité et non la réalité dans l’apparence ‘7. Car, Ortes fut un penseur
1. — Cusroni, ouv. citl., p.m., t. XXIV, p. 406 principio. 2. — Annotaz. degli Errori popol., Annotaz, I, ir. (CUSTOpr, OUD. Cit., p.m., tt. XXV,.nx 250-171 fine).
3. — Annotaz. degli Errori popol., Annotaz. I, ir. (CUSTODI, ouv. cit, ibid., p. 255).
4. — « Sta perô à vedere se chi imputa il troppo studio abbia egli studiato abbastanza, ed io crederô che nel nostro caso possa dirsi che ne’ nostri libri s’abbia almeno qualche studio, quando in quelli de’ volgari economisti non ve ne ha punto ;.. » Lett. XI, à Ciani, de Venise, 20 novembre 1779. (CUSTODI, ouv. cit., p. m., t. XXIV. p. 364).
5. — Dans un fragment manuscrit intitulé « Sul mio modo di ragionare » que Cicogna rapporte (Trattatelli ined. di Giammaria Ortes, p. 20), il dit à ce sujet : « Pochi presero interesse nelle mie dottrine. Questi pochi perô mi han tutti dichiarato di aver ciô fatto per aver in esse trovato un modo di ragionare tutt’affatto diverso da quello degli altri e che mentre quello degli altri li lascia per lo più sospesi e indecisi, pareva loro che il mio li lasciasse sempre più convinti e fuori di dubbio. » — Voir Infra, p. 48, n. 2.
6. — Carlo de Franchis, dans son intéressante Etude de l'Œuvre économique d’Ortes, dit à ce sujet : « E se la figura di Ortes austeramente si erge davanti le tendenze dottrinarie antecedenti e contemporanee, tale aspetto non perde anche se lo si confronta agli economisti futuri. » Giammaria Ortes, Un sistema di Economia matematica nel’ 700, I, Introduz., p. 13.
7. — « gli uomini comunemente per acquistar cognizioni € nel] occuparsi nella ricerca del vero sogliono procedere dall’apparente al reale, 6 investigare e spiegare il reale per l’apparente, cosa che non puô mai ben riuscire. Io allincontro procuro investigare o spiegare l’apparente per il reale delle cose, ciô che puô molto bene riuscire, e che in pratica parmi il metodo più giusto e da preferir all’altro da chiunque del proprio intelletto faccia uso migliore. » (Cicocna, Trattatelli ined. di Giam Ortes, ibidem).
profond :. Et cette originalité qu’on lui concédait — mais pour la lui reprocher, ainsi qu’il l'avoue dans une de ses lettres ? — ïil ne laissait pas d’en tirer quelque vanité : «< Cela me fait honneur », déclare-t-il ingénument . D'’ailleurs, parti pris ou satisfaction intime, il ne consulte guère que son expérience propre *, et se soucie en général fort peu de ce qui a pu être dit, écrit ou pensé sur les sujets qu'il étudie *. Cela ne l'empêche pas d’être parfaite-
1. — Ingram reconnaît qu’il ne peut être facilement classé parmi ses contemporains. Il souffrirait, d’après lui, quelque rapprochement avec Justus Moser, économiste allemand du Xviri* siècle, auteur des Patriotische Phantasicen, 1774. (INGRAM, History of Political Economy, p. 77 et 81).
2. — « …preso nel senso col quale sono caratterizzato… non fà onore alcuno ma dà idea come d’un uomo fantastico e bizzaro, che s’allontana dalle altrui opinioni per seguire le proprie più stravaganti. » Lett. XLIV, à Ciani, de Venise, 28 février 1785. (CUSTODI, ouv. cit., p. m., t. XXIV, p. 445).
3. — Annotarz, degli Errori popol., Annotaz. I, (CUSTODI, ouv. CID IDE TE EX NED 238) 4, — On en trouve trace dans son Calcul sur la valeur des
Opinions où: il conclut : « ..nell’avanzare le dottrine medesime mi dichiaro di non aver seguitato alcun autore, e di non aver consultato che la mia propria esperienza e i miei sensi in un’età di mezzo, con un temperamento indolente e non prevenuto… » Calcolo sopra il Val. delle Opinioni, $ VI (CusTont, ouv. cit., p. m., t. XXIV, p. 318). — Dans son Avvertimento al Saggio della filosofia degli Antichi, il dit avec sérénité : « ...non cercherô per qual cagione mi diverta purchè mi diverta ne se altri riman persuaso purchè mi trovi persuaso io stesso. » Voir encore, ChAD IVe IL INITG, p.225, 2,
5. — Lett. XXV, à Ciani, de Venise, 3 février 1781 (CUSTODI, ouv. cit, p.m., t. XXIV, p. 398). 11 disait du reste à ce sujet dans l'Avertissement de son Essai sur la Philosophie des Anciens : « Gli uomini per la maggior parte, trattandosi di arti e di scienze, in luogo di ricorrere alla Natura che ne è l’unica e la principale maestra, si fanno à esaminare il ricorso che n’an fatto gli altri deducendone quindi alcune regole colle quali restringono più ancora di quel che convenga la forza della fantasia e del sapere umano. » Saggio della Filosofia degli Antichi. Avvertim., p. 3. — Et nous verrons plus loin (chap. IV, xx, p. 224 et suiv.) que c’est là précisément la base de sa démonstration de la supériorité des Modernes sur les Anciens un trait caractéristique qui le rapproche encore de notre Descartes. Descartes n'avait cure. de ce que d’autres avaient pu penser avant lui : « Vous devriez vous souvenir, répondait-il à Gassendi, que vous parlez à un esprit tellement détaché des choses corporelles qu’il ne sait pas même si jamais
ment éclairé sur les idées de son époque !, comme sur les théories anciennes, en véritable citoyen de cette Europe intellectuelle du xvirr siècle qui formait, suivant l’expression de Cesarotti, « une grande famille » où chacun « faisait commerce d'idées dont aucun n'avait la propriété, mais dont tous avaient l’usage »2. On trouve, du reste, dans cette indépendance d’esprit l'influence de son Maitre Guido Grandi qui, continuateur direct des courageux philosophes du xvi° siècle, si cruellement persécutés*, et tournant contre la Scholastique ce respect de l'Antiquité
il y à eu aucun homme avant lui, et qui, partant, ne s’émeut pas beaucoup de leur autorité. » — Huet, évêque d’Avranche, comme Vico du reste, imputait à grief à Descartes cette ignorance à son avis affectée pour dissimuler une érudition réelle, afin de paraître neuf en tout ce qu’il disait. (Voir FRANCISQUE BouïiLLiEr, Histoire de la Philosophie cartésienne, t. 1, chap. XXVIII, Huet, p. 599 et suiv.; t. II, chap. XXVII, Le Cartésianisme en Italie, p. 538).
1. — Voir pour preuve, Lettere in proposito della Econ. Nazion. Lett. XVI, du 13 novembre 1784, à Zenobi Cateni, où il parle des travaux de Locke, Montesquieu, Genevosi, Hume, sur la Monnaie (CustTonr, ouv. cit., p. m., t. XXIII, p. 260), et encore sa lettre au sujet des Anciens (CUSTODI, Ouv. Cit., p. m. t. XXVII, p. 375). Nous verrons par exemple qu’au point de vue littéraire les poètes et les prosateurs de tous les temps, aussi bien français qu'italiens, lui étaient familiers. (Studi varii autografi, Marciana, It., class. XI, cod. CXXXV, f”* 38 à 40 recto et verso pour les Italiens ; fo 51 à 56 recto et verso pour les Français. Infra, chap. IV, ï, p. 189 et suiv.).
2. — Saggio sulla Filisofia delle Lingue. Part. III. (Opere, t. I, p. 171 in fine, 172 princip.).
3. — Ramus périt dans les journées de la Saint-Barthélemy, victime des haines religieuses et philosophiques qu’il avait soulevées ; Giordano Bruno, livré par la République de Venise au Tribunal de l’Inquisition romaine, fut brûlé, au Champ de Flore, en 1600, le 17 février ; Vanini eut également une fin tragique. Parlant de ces philosophes qui allaient d'Université en Université, brisant les lourdes chaînes de la doctrine aristotélicienne, Francisque Bouillier pouvait avec raison écrire : « Poursuivis de ville en ville par la terrible accusation d’impiété et d’athéisme, ils n’ont point de demeure fixe sur la terre. Emportés par leur aveugle témérité, ils se livrent, pour ainsi dire, d'eux-mêmes, aux mains des juges et des Inquisiteurs ; ils languissent dans d’horribles cachots ; ils sont condamnés à faire amende honorable ,torturés, traînés au supplice.. ». Histoire de la Philosophie cartésienne, t. I, chap. I, Précurseurs de Descartes, p. 26).
qu’elle avait consacré, osa, le premier, à l’Université de Pise, s'élever contre la doctrine d’Aristote !,
Il ne faudrait cependant pas croire qu'Ortes recherchât volontairement la contradiction. Sa conception des diverses questions politiques, économiques ou philosophiques, il le constate lui-même à diverses reprises?, en est la seule cause. Elle apparaît, en effet, tellement différente de celles alors admises, que, de son aveu même, cela prend toute l'apparence d’un contre-pied systématique *. Mais, s’il discute, c’est qu’en conscience, il croit
1. — Ortes dit, à ce sujet, dans la Vita del Padre Guido Grandi : « Allora in quell’'Università non correva altra filosofia che quella di Aristotele, e l’impacciarsi con altri, che con questo autore si stimava materia di stato, invigilandosi attentamente da’ Presidenti, perchè si tenesser lontani, i sistemi moderni, che si riputavano indurre corruttela ne’ costumi, e sovversione nella Religione. Il Padre abbate Grandi… potè aver il vanto di rinegare, il primo di tutti, la servitù prestata a quello F'ilosofo in quella Università, con introdurvi la Filosofia libera », p. 17 et 18. Voir encore sur l'opposition à ses doctrines nouvelles que l’on suspectait de dévoyer la jeunesse (ibidem, p. 111, 114). Guido Grandi avait même fait un résumé pour ses élèves des Principia Philosophiae de Descartes. Désigné en 1707 par Cosme III comme son Mathématicien — titre accordé dans le passé à Galilée, Torricelli, Viviani — il obtint en 1714, à la mort d'Alexandre Marchetti, la chaire de Mathématique et la Surintendance des Eaux de la Toscane. Aussi est-ce dans ses cours de Mécanique, d'Hydraulique et d’Optique que l’on trouve la marque de son adhésion au Cartésianisme. En 1724 il fit paraître un poème latin, la Diacresis, accompagné de notes plus étendues et plus intéressantes que le texte, qui bouleversa les Jésuites, Aristote y étant démontré impie (Voir G. MauGain, Etude sur l’Evolut. intellect. de l'Italie, part IT, chap. II, p. 170 à 174. Et encore sur le P. Guido Grandi, part. I, chap VI, p. 116).
2. — Voir notamment Lettere sulla Relig. e il Govern. Lett. III, du 2 Décembre 1780. (Cusropt, ouv. cit., p. m., t. XXV, bp. 318 et suiv. et p. 343) ; Lett IV, précit. (CUsropr, ouv. cit., ibidem, p. 344 et suiv.) ; Lett. X, du 10 Mars 1781 (CUSTODI, ouv. cit, p. m., t. XXVI, p. 102) ; Dell’Inger. del Govern. nell Econ. Nazion. (Studi varii autogr. Marciana, It. class. XI, cod. CXXXV, fo 20 recto ; LAMPERTICO, Giam. Ortes e la Sciena. Econ. al suo tempo, Append. V, p. 342).
3. — « Destinato sempre a oppormi non per ispirito di contraddizione ma per amore di verità alle opinioni d’alcuni moderni sapienti. » Dei Fidecommessi, liv. I, chap. XX (CUSTODI, ouv. cit, p. m., t. XXVII, p. 156).
SA VIE, SON CARACTÈRE at
détenir la vérité et qu’il estime la devoir proclamer par tous les moyens. Il a le culte de la vérité. Il voudrait que l’on dise de lui, comme il le déclare dans un Sonnet à Zanotti :
« ..non perchè dotto e facondo Fù almen raro a’ suoi di perchè sincero » !
< La sincérité est ma qualité dominante, écrit-il un jour, elle supplée à mon défaut d'esprit. » 2. « Je suis, de par ma nature, incliné à la recherche du vrai », affirme-t-il encore dans sa lettre au sujet des Fidéicommis*, Et cet amour de la vérité, il le proclame jusque dans les épigraphes de ses ouvrages ‘ Tromper est la chose qu'il re-
1. — Alcuni Sonetti, Son. XLIX (Op. varie autogr., Marciana, It. class. IT, cod. CXXXVIII, fo 262 recto). C’est en envoyant un ouvrage à Zanotti qu'Ortes avait écrit le Sonnet en question. Il ne faisait en cela qu’imiter une fois de plus son maître Guido Grandi qui, mandant au P. Stecchi son ouvrage Degli Infiniti, lui écrivait également un Sonnet où il concluait :
Nè dirô vana fù la mia fatica Se alla mia penna unico scopo è il verro.
2. — Lett. IX, à Ciani, de Venise, 29 Août 1779. (CusTonr, ouv. cit, p. m., t. XXIV, p. 357). Voir encore à cet égard une Lettre du 27 février 1779 adressée de Venise à l’abbé Eusebio della Lena alors à Vienne où Ortes s'élève contre la partialité et l’égoïsme de tant d'auteurs fameux. (G. Caporin, Lettere di Giam. Ortes Venez. a Fr. Algarotti, Marciana, misc. 721, Opusc. n° 18).
3. — CusTonI, ouv. cit., p. m., t. XXVII, p. 375. Dans une Aria de son Essai sur la Philosophie des Anciens, il s’écrie :
Santa Dea Ragion verace
Cui son liberi i soggetti,
Tu consiglia i nostri affetti,
In disgombra i nostri error. Saggio della Filosof. deali Antichi…, part. I, p. 19.
4. — Voir par exemple Delle Scienze Utili e delle Dilett… (Custropnr, ouv. cit, p. m., t. XXIV, p. 114). Errori popolari. (Custontr, ouv. cit., p.m., t. XXV, p. 6) ; Prefaz. (ibid., p. 16). Lett. sulla Relig. e il Govern., Lett. VIII, du 27 Janvier 1781. (Custont, ouv. cit., p. m., t. XXVI, p. 65). Carlo de Franchis dans son étude sur Ortes (Giammaria Ortes, Un sistema di Economia Matematica nel 700, II, p. 31), commet donc une erreur lorsqu’au sujet de l’Epigraphe au Calcul sur la valeur des Opinions el sur les Plaisirs et les Douleurs, il croit Ortes ironique à l’égard du sérieux de ses œuvres. Il n’y a, en réalité, dans cette épigraphe,
doute le plus : : il est donc naturel qu’il apporte tous ses soins à ne pas se laisser berner ?, et qu’il s'efforce de détromper autant qu'il le peut *. Aussi, s’en prend-il à toutes les opinions qui lui semblent fausses, bien que, ce faisant, il déplaise à beaucoup ‘ Résolu — comme Descartes, mêcontent des docteurs — à ne plus chercher la science qu’en lui-même ou dans le grand livre du monde, il se soumet à la nécessité de « remonter toujours aux vrais principes » quelque lenteur dans son travail en puisse résulter ‘.
On conçoit donc qu’il rompe à l’occasion de rudes lances contre ses adversaires, lorsque leur ignorance ou leur mauvaise foi lui apparaissent exagérées. Alors, il les malmène avec cette violence des placides qui ont fini par perdre leur calme. En cela du reste se faisait sentir l’influence de Guido Grandi, lui aussi un redoutable adversaire S.
« chi mi sa dir s’io fingo ? », répétée du reste dans maints de ses ouvrages, que l’expression d’un scrupule de conscience sur la réalité véritable du système soutenu, et non point la manifestation d’un scepticisme inadmissible avec le caractère d’Ortes tel qu’il nous apparaît dans tous ses écrits.
I. — « Io… le dico il vero che non mi sento di lusingare o ingannare nessuno… ». Lett. sulla Relig. e il Govern., Lett. IV, précit. (CUSTODI, ouv. cit., p. m., t. XXV, p. 362).
2. — « Non sono il gonzo per lasciarmi infilare come verità quel che non è che errore o menzogna… » Læett. IV, à Ciani, de Venise, le 28 Janvier 1777. (CUSTODI, ouv. cit, p. m., t. XXIV, p. 341).
3. — « io non iscrivo per lusingare ma per disingannare ». Lett. XLVI, à Ciani, de Dolo, 24 juin 1785. (CUSTODI, ouv. cit.,
4. — « prevedo di dover dir cose che spiaceranno à molti per se stesse e spiaceranno anche à me perchè spiacciano agli altri ». Lett. sulla Relig. e il Govern., Lett. VI du 6 Janvier 1781. (CUSTODI, ouv. cit., p. m., t. XXV, p. 419).
5. — « Il motivo di questa lentezza proviene dal trovarmi quasi ad ogni passo in contraddizione cogli altri… ciô che mi astringe a ripigliare per mano bene spesso le cose medesime.. » Lett. IV, à Ciani, précit. (CusTont, ouv. cit., p.m., t& XXIV, p. 338).
6. — Ce qu'Ortes disait de Guido Grandi peut fort bien s'appliquer à lui-même : « Fù solito applicare à se medesimo quel simbolo di Pitagora riferito da Jamblico P. 2. de sect. Pythag. vas acetarium remove procul a te, interpretandolo del doversi ributtare gli acri ed aspri ingiuriatori. » (Vita del P. Guido Grandi, p. 132). A parcourir, il est vrai, la vie de
Et dans maints passages de l’œuvre d’Ortes on trouve de ces attaques vigoureuses où les épithètes sévères jaillissent dru, en traits aigus qui ne manquent jamais leur but.
C’est Fra Paolo qu’il fustige pour ses erreurs’. Ce sont les Economistes en général, ces Signori? incapables trop souvent de produire un livre bien étudié ; ces « Ignares des vérités économiques les plus importantes »°:; ces « charlatans » ‘ qui devraient plutôt rire de leur ignorance
Guido Grandi, on demeure stupéfait de voir le nombre, l’importance et parfois même la violence des discussions engagées. Tantôt, en matière de mathématiques, c’est contre Vitale Giordano, professeur de Mathématiques à Rome, et contre son élève Girolamo Tambucci. (Op. cité, p. 52, 54 et suiv.) ; tantôt, en matière littéraire, contre Alessandro Marchetti, professeur de Philosophie à Pise (Op. cit. p. 58, 59 ; 61 et 62) ; tantôt contre l'abbé Varignon (Op. cit., p. 76 et suiv.) ; tantôt contre Bernardo Tanucci, professeur de Jurisprudence à Pise, au sujet du manuscrit des Pandectes d’'Amalñi (Op. cit., p. 121, 124, 125, etc.), dispute qui dura plusieurs années, dévia sur le terrain politique. et se termina par la réconciliation de Guido Grandi et de Tanucci (Op. cit., p. 133). Voir dans A. LomMBarDt, Storia della Letteratura Italiana nel Settecento (t. III, liv. III, chap. I, $ XLIX, p. 100-101) des remarques sur cette dispute. On ne saurait sérieusement contester qu'il n’y ait bien eu là, pour Ortes, un exemple de ténacité intransigeante.
1. — « ebbe pochissima intelligenza e la ebbe distorta nell’una e l’altra di dette materie… (en matière de Religion et d'Economie). » Lett. sulla Relig. e il Govern.,, Lett. X, du 10 mars 1731 (CusrTopr, ouv. cil., p. m., t. XXVI, p. 104). Il répète ce même jugement quelques pages plus loin (Jbid., p. 125). Dans une autre de ses Lettres, il ajoute : « Passando.… dalla poca intelligenza e degli sbagli di F. Paolo in materia di Religione agli altri suoi in proposito di Economia Nazionale… » Lett. sulla Relig. e il Govern., Lett. XI, du 17 mai 1781. (CUSToDI, ouv. cit., ibid., p. 134). — Voir encore Infra, chap. IV, $ VI, p. 170 in fine, 171 et aux notes; chap. V, Des Fidéicommis, sect. II, p. 378, n. 4.
2. — Lett. IV, à Ciani, précit. (CustTopt, ouv. cit., p.m., t. XXIV, p. 340).
3. — Lettre au P. Zenobi Cateni. (LAMPERTICO, Giam. Ortes ouv. cit., ibid., p. 134).
4, — Lett. in propos. della Econ. Nazion., Lett. XXI, à G. Cesare della Somaglia, sans date. (Cusronr, ouv. cit., t. XLIX, suppl. p. 128). — Cf. encore son Opuscule sur l’Inger. del Govern. nellEconomia Nazionale, où il ne leur ménage pas ses critiques. (Studi varii autog., Marciana, It. class. XI, cod. CXXXV, f" 21 recto et suiv. — LAMPERTICO, ouv. cit, Append. V, p. 343 et suiv.).
que critiquer les systèmes nouveaux !. Ce sont surtout les Novellisti Letterari de Milan et de Florence, contre lesquels il nourrit une tenace rancune.….
Cela remontait à 1757, alors que, « pour le plaisir de publier des livres et d’avoir nom d'auteur »?, Ortes avait fait imprimer, avec quelques autres leggierezeze, son Calcul sur la valeur des Opinions. Les Nouvellistes accueillirent si mal cet Opuscule, écrit sans prétention *, qu’il en retira et brûla Iles exemplaires et se promit de ne plus rien faire paraître jamais * Et si, depuis, ces « petits lettrés », comme il les appelle, ne désarmèrent pas, et, à chaque occasion, lui décochèrent maïints sarcasmes, de son côté il ne les ménagea point et leur adressa cette lettre retentissante qu’il fit imprimer à la fin de ses Fidéicommis *, où il s'étonne dédaigneusement qu'ils parlent de ses ouvrages nullement destinés à être publiés‘, leur reproche de s’attarder à ses écrits « pour lui faire honneur », puisqu'ils y parviennent « plutôt mal » 7.
1. — « Ma perchè non ridon essi piuttosto di sè medesimi e della loro incapacità nel bene regolare l’economia nazionale… » Lett. in propos. della Econ. Nazion., Lett. XIX, de Venise, 9 septembre 1786. (CustTopt, ouv. cit., p.m.t. XLIX, suppl. p. 86).
2. — Lett. XXI précit. à Ciani. (CUSTODI, ouv. cit. p.m. t. XXIV, p. 390).
3. — « Il libercolo… è una freddura da non far conto, scritta
senza studio e più per capriccio che per sentimento. » Lett. XXI. (Custoni, ouv. cit, ibid. p. 389). Voir encore Lett. XXIV, du 23 décembre 1780. (CusToDI, ouv. cit., ibid., p. 396).
4 — « Ma parendomi poi questo piacere una caricatura, ne ho ritirato quasi subito tutti gli esemplari.…., e gli ho quasi tutti bruciati, con proposita di non più scrivere nè pubblicar libri. » Lett. XXI, précit. (Cusroni, ouv. cit., ibidem. p. 390). C’est donc à tort que Pecchio ne fait remonter qu'à la publication de l'Economie Nationale, c’est-à-dire en 1774, l’animosité d’Ortes contre les Nouvellistes littéraires. (Peccxio, Storia dell’Economia politica in Italia, trad. Gallois, p. 250).
5. — Copia di lettera scritta addi 29 Gennaio 1785 ai Signori Letterari di Firenze. (CustTont, ouv. cit. p.m., t. XXVII, p. 396 et suiv).