Infra, sect. III, $ II, p
pu s'établir et il en trouve l'explication dans une hypothèse que Beccaria reprendra plus tard. Il imagine des hommes tombés brusquement, et successivement, du ciel sur une île déserte où ils devront assurer leur subsistance ?. La division du sol entre les premiers occupants et les collaborations offertes par ceux qui surviennent par la suite, font naître les diverses catégories d’occupés : les propriétaires, les agriculteurs, les artisans, les marchands, les administrateurs, cinq ou plus exactement quatre classes distinctes, les propriétaires pouvant être, en définitive, considérés comme agriculteurs 5.
Ce processus historique de la répartition des classes, Ortes l’énonce dans une formule heureuse de son traité des Fidéicommis : « Les biens ne peuvent être acquis que par les occupations économiques seules : l’agriculture les produit, l’industrie les transforme, le commerce les répartit, le gouvernement les administre » ‘.
Mais quelle va être la raison de cette activité des occupés ? La nécessité de pourvoir à leurs besoins 5. Le be-
1. — Elementi di Econ. polit., part. I, chap. I, 8 VI (Cusront, OUD, Cit, DMX L VD 24).
2. — Econ. Nazion., liv. I, chap. II (CuSToDI. ouv. cit., p. m., CEST": 143)
3. — Econ. Naëzion., liv. I, chap. III (Cusrtont, ouv. cit., ibid., p. 49).
4. —Dei Fidecommessi, liv. I, chap. XVI (CUSTODI, ouv. cit, Dm: t'XXVIL "D 123);
5. — « le occupazioni ..dovranno .avere una ragione Oo un motivo necessario… senza il quale non sarà possibile che sian esse esercitate giammai. Ora un simil motivo non puô negarsi che non sia questo appunto, di provvedere ciascuno alla propria sussistenza.… y». Econ. Nazion., liv. I, chap. VIII (Custoptr, ouv. cit, p. m., t. XXI, p. 64, 65). Voir encore Lett. in propos. della Econ. Nazion., Lett. II (CUSTODI, ouv. cit., p. m., t. XXIII, p. 42 princip.). Il trouve une application de ce principe chez les Hollandais : « gli Ollandesi paiono invero più ricchi degli altri popoli perchè su pari terreni possedon più beni; ma... si trova che son altresi più degli altri poveri perchè sù quelle terre stesse tengono une popolazione e un bisogno di quei beni maggiore del bisogno degli altri. », Lett. à Marco Lastri (LAM- PERTICO, Giam. Ortes e la Scienza econ. al suo tempo, Append. II, p. 309). Enfin, dans une Lettre au P. Zenobi Cateni, il écrit : « la maggior attività delle nazioni non è tanto effetto delle grandi ricchezze in alcuni quanto della gran povertà negli altri. » (LAMPERTICO, ibid. p. 312).
soin est donc la cause, la raison suffisante de l’activité :. Mais cet aiguillon n’est pas le besoin particulier et naturel de chacun, c’est le besoin que l’on se crée soi-même, une sorte de besoin de destination, dont la satisfaction
exigera un superflu bientôt devenu par accoutumance une nécessité 5,
Cette activité sera elle-même régie par une loi fondamentale : chacun donnera aux autres l’équivalent de ce qu’il en aura reçu‘. Et cette équivalence ne résultera pas tant de la nécessité réelle ou de la quantité des biens, que de la convenance, de la qualité de ces biens, ou encore de l'opinion commune de cette nécessité ou de cette convenance *. De la sorte, Ortes pose la loi des Echanges‘.
1. — Lett. in propos. della Econ. Nazion, Lett. II, précit. (Cus- TODI, Ouv. cit, p. m., t. XXIII, p. 42). C’est exactement l’idée déjà exprimée par Verri, qui donne, comme stimulant exclusif de l’activité humaine, le besoin ou la douleur, Meditazoïinà sulla Econ. polit. $ I (Cusropt, ouv. cit., p. m., t. XV, p. 10 et 11). À noter que ce principe de raison suffisante — qu’Ortes vise expressément dans sa Préface des Erreurs populaires (CUSToDI, ouv. cit., p. m. t. XXV, p. 7) — est différent du principe philosophique de Leibniz : dans la théorie d’Ortes il n’est plus, en effet, question d'ordre spéculatif, mais d'ordre pratique c’est un principe justificatif de l’action, de l’acte économique.
2. — Par besoin, Ortes entend ce qui est nécessaire pour la subsistance, la prospérité, la santé, et non ce qui à trait au confort, à la volupté, au caprice. Econ. Nazion., liv. II, chap. XXII (CusTonr, ouv. cit., p. m., t. XXI, p. 213).
3. — Econ. Nazion., liv. IV, chap. V (CUSTODI, ouv. cit., P. M. tom. XXII, p. 28).
4. — « Questa legge… fondamentale e primaria di tutte le occupazioni permutate io dico esser questa, di dover tanto uno retribuir all’altro del proprio ufficio quanto da questo all’altro ne sia attribuito del suc. » Econ. Nazion, liv. I, chap. IX (Cus- TODI, oOuv. cit., p. m., t. XXI, p. 68). Plus loin, Ortes tirera de ce principe une conséquence au moins curieuse en ce qui concerne les rentes nationales communes : elles ne pourraient, dit-il, être en excès dans une occupation particulière quelconque sans provoquer, par suite de cette concordance réciproque, dans toutes les occupations, un excès égal à celui manifesté dans une branche déterminée de l'activité humaine. Econ. Nazion. liv. V, chap. XVI (Cusront, ouv. cit., p. m.,, t. XXII, p. 225 in fine et 226).
5. — Econ. Nazion., liv. I, chap. IX (CUSTODI, ouv. cit, p. m. t. XXI, p. 69).