Ibid., p
5. — On pourrait s'étonner de voir Ortes parler de la même masse de métal précieux sans tenir compte de la production minière. Mais il convient de rappeler qu’il à noté la tendance
nuer dans les pièces la quantité de métal précieux : c’est une justification de l’alliage !.
III. — La Monnaie fiduciaire. — Pour remédier au ralentissement des échanges provoqués par l’accaparement des métaux précieux, Ortes note qu'il a fallu recourir à la monnaie fiduciaire. Ce nouvel instrument d'échange, théoriquement comparable à l’ancien, puisque lui aussi signe de valeur, est cependant moins parfait parce que moins apprécié. Il ne peut être utilisé pour les échanges internationaux : c’est là un inconvénient grave en tant qu’équivalent des occupations ?. Cette infériorité provient du défaut de valeur intrinsèque de ce numéraire nouveau et de sa quantité indéterminée, ce qui le rend, en principe, impropre à équivaloir les biens déterminés par les occupations. Et pressentant peut-être les désastreuses conséquences de l'inflation, Ortes ne manque pas de dénoncer comme une utopie dangereuse la recherche d’accroissement du numéraire normal, au moyen du papier ou de toute autre matière vile *.
Malgré ces graves inconvénients Ortes reconnaît néanmoins l'utilité de la monnaie fiduciaire. Comme Genovesi *, il la juge parfaitement régulière à condition tou-
des métaux précieux à devenir de plus en plus rares par rapport aux échanges.
1. — Econ. Naëion., liv. VI, chap. XXII (Cusropt, ouv. cit.,ibid., p. 407). C’est ainsi, par exemple, qu’un sou pouvait contenir autrefois 1/40° d’or du sequin ou 1/20: d'argent de l’écu. Plus tard, par suite de l’accroissement du numéraire nombré, il ne peut plus contenir, à l'évaluation d’Ortes, que 1/440° d’or ou 1/220° d’argent : l’adjonction d’un métal non précieux permettra la transformation. De la sorte s’expliquerait la disparition des petites monnaies, vu l'impossibilité d’en pouvoir exprimer la valeur. Ortes fixe le rapport de l'or et de l'argent à 1/15° environ. (1bid., p. 411, 412). Carli avait proposé 1/14,5. De nos jours, Irving Fischer, pour stabiliser la valeur de la monnaie a lancé l’idée d'un « compensated dollar ». Cette tendance est partagée par de nombreux économistes, notamment Marshall, Walras, Jevons, Knapp.
2. — Econ. Nazion., liv. VI, chap. XXIII (CuSToDI, ouv. cit., ibid., p. 415).
3. — Econ. Nazion., liv. VI, chap. XXIII (Cusropt, ibid. p. 418).
4, — Lezioni di Econ. civ., part. II, chap. V, $ X, XI (CUSTODI, ouv. cit., p. m., t. VIII, p. 349, 350).
tefois qu’elle corresponde à des valeurs réelles, encaisse ou biens !.
IV.— L’Intérêt.— Il peut arriver, remarque Ortes, qu’un occupé ait consommé plus de biens que n’en comporteraient ses rentes, S'il ne veut pas déchoir de son état économique, il devra demander à un occupé, disposant d’une réserve inutilisée, le surplus qui lui est indispensable. Il deviendra son débiteur et devra payer intérêt’. Et cet intérêt est parfaitement légitime *. Prenant ainsi le contrepied des idées en honneur au xrrr° siècle, Ortes combat le vieux principe aristotélicien qui le condamnait ets’affirme, autant que Turgot, véritable théoricien du prêt à intérêt.
La rente donnée en échang= d’un prêt, se rattache, en effet, non pas à l'argent lui-même, objet du contrat et richesse imaginaire, mais aux biens, richesse réelle, dont il est la représentation. L’emprunteur demeurera, en un mot, une sorte d’occupé secondaire qui fera prospérer le capital du prêteur ‘; il suffira pour que tout demeure
1. — « .l’invenzion della carta segnata à danaro non esser poi sempre nociva e poter anzi esser utile; e potrà eziandio distinguersi quando sia l’uno o l’altro, essendo essa utile quando l’autore di essa possieda tanto danaro o tanti beni equivalenti quanto ei ne segni per quella carta ed essendo una tal invenzione nociva quando ei non possieda altrimenti un simil danaro… » Econ. Nazion., liv. VI, chap. XXIV (CUSTODI, ouv. cit., P. m. t. XXII, p. 419). Rappelons qu’à la Banque de Venise l’émission de la monnaie fiduciaire était limitée au stock monétaire.
2. — Econ. Nazion., liv. VI, chap. XXV (CusTont, ouv. cit. ibid., p. 429, 430).
3. — Signalons en passant l’erreur commise par Ingram qui présente Ortes comme hostile au prêt à intérêt (History of political Economy, p. 71).
4 — «E invero il danaro è dato à interesse o affinchè quegli che il riceve permuti in capitale di beni, sui quali poi occupandosi ei n’acquisti qualche rendita col migliorarli ; e allora ciô è come se fatta questa permuta dal proprietario del danaro medesimo, ei stesso in qualità di occupato primario facesse lavorare quel capitale di beni dall’altro à suo conto… Oppure il danaro dato a interesse à consumato da quegli al quale è ceduto in beni equivalenti… e allora ciô è come se quegli che il riceve cedesse tanto de’ suoi capitali di beni à quegli che il porge, sui quali beni occupandosi poi lui come occupato secondario ne traesse certa rendita. » ÆEcon. Nazion., liv. VI, chap. XXVI (Custoni, ouv. cit. p. m., t. XXII, p. 432 in fine,
équitable que l’intérêt n’excède pas la rente touchée par le débiteur et que les risques demeurent à la charge du créancier’. Et peut-être pourrait-on trouver dans cette conception l’origine de la théorie célèbre à laquelle M.Bômh-Bawerk attachera son nom ?2.
Au strict point de vue économique, l'intérêt cependant serait chose absolument irrégulière. Si l'argent prêté à intérêt est consommé par l’emprunteur en biens équivalents, il n’en tirera que de la perte puisqu'il perd la rente du capital des biens sur lesquels il assure son créancier. Si cet argent est échangé par le débiteur contre des biens sur lesquels il acquiert une rente en qualité d’occupé primaire, il y aura alors concours de deux occupés primaires et d’un occupé secondaire, d’où diminution au tiers du produit, normalement de moitié &.
Autre observation : l'intérêt de l’argent n’exige, contrai-
433 princip.). On trouve aux Manuscrits d’Ortes, tout au début du chap. XXVI, dans la partie qui avait été interdite par la Censure — Questo principio di Cap. non fù accordato alla stampa dai revisori — la confirmation plus catégorique encore de ce point de vue. L'intérêt est « chose très raisonnable et juste » parce que l’argent n’est que l’équivalent des biens, et le paragraphe censuré se termine ainsi : « a rendita richiesta per lo danaro prestato si consideri esser non propriamente del danaro ma dei beni equivalenti coi quali esso è permutato, dai quali soli à possibile pretender rendite, ma dal danaro non mai. » Studi varii autografi, Marciana It. classe. XI, cod. CXXXV, f° 66 verso.
1. — Econ. Naëzion., liv. VI, chap. XXVI (CUSTODI, ouv. cit. ibid., p. 434, 435).
2. — C’est du moins ce que soutient M. Carlo de Franchis (Giammaria Ortes, Un sistema di Econ. matemat. nel’ 700, XIV, p. 125). Si l’on retient qu’Ortes, en considérant, en somme, l'échange d’un bien présent contre un bien futur, n’a pas manqué de retenir la différence de valeur entre le bien présent et ce même bien à venir, on ne saurait sérieusement contester la réalité de cette source. Mais il apparaît encore que le capital, pour Ortes est productif dans les mains de l’emprunteur devenu occupé secondaire ; l'intérêt servi est, pour le prêteur, une sorte de participation à la productivité du capital : on ne peut plus, dès lors, être aussi affirmatif sur cette origine d’une théorie qui ne prend en considération, pour l'explication de l'intérêt, que le prix du temps.
3. — Econ. Nazion., liv. VI, chap. XXVII (CUSTODI, ouv. cit. ibid., p. 437, 438).
rement à la rente, aucune occupation du créancier. Il semblerait donc préférable à la rente elle-même. Il n’en est rien. Il ne faut pas oublier, en effet, que le rentier d'argent — les biens, nous le savons, s’échangeant contre toujours plus de numéraire — se trouvera, avec le temps, avoir en mains de moins en moins de rentes. Le rentier de biens, au contraire, se trouvera acquérir de plus en plus d’argent :.