Ortes ne se départira de cette hostilité à l'encontre
les importations et les exportations s’équilibrent de façon à conserver l'indépendance de l'Etat !, et que le commerce extérieur ne soit qu’un complément exceptionnel pour procurer à la nation ce que le commerce intérieur ne lui peut fournir’. Le commerce n’est utile que pour assurer une inégalité normale et indispensable de répartition *, mais à cette fin le commerce intérieur suffit, ct devrait, dans cette mesure, être seul protégé t,
du commerce, comme de l’industrie du reste, qu’autant que leur utilité lui paraîtra nécessaire pour justifier les fidéicommis (Infra, Des Fidéicommis, sect. I, $ II, p. 369 et n. 5).
1. — Lettre à Filippo Neri, précitée (LAMPERTICO, ouv. cit. Append. II, p. 300). On pourrait, peut-être, à bon droit, être surpris de cette exigence si l’on rapproche ce passage de la lettre à Filippo Neri d’autres parties de l’œuvre d’Ortes (voir par exemple, Supra, sect. II, $ III, p. 330, n. 1), où il semble voir dans cet équilibre un phénomène naturel. C’est ainsi notamment qu'il indique comme temporaire toute situation favorable pour l’Etat exportateur : la compensation devrait fatalement s'établir. Lett. in propos della Econ. Nazion., Lett. XXI, précit. (Cusroprz, ouv. cit, t. XLIX, suppl, p. 136). Les nations sont, à son avis, comme les individus, chacune recevra l'équivalent exact de ce qu’elle donne : Econ. Nazion., liv. II, chap. XVIII (Cusropt, ouv. cit., p. m., t. XXI, p. 191) ; Lett. in propos. della Econ. Naëzion., Lett. II, précit. (CUSTODI, ouv. cit., p. m.,, t. XXIII, p. 37); Errori popolari…, axiom. III, 11 (CUSTODI, ouv. cit., p. m., t. XXV, p. 86) ; voir enfin Lett. à Marco Lastri, (LAMPERTICO, OU. Cit., Append. II, p. 303).
2. — Riflessioni sulla Popolaz., prefaz. (Op. varie autogr., Marciana, It., class. II, cod. CXXXVIII, fo 113 recto ; CUSTODI, OU. CL DM, LC XEUIV, p.16):
3. — « Senza capitale di beni disugualmente distribuiti non puo avervi nazione….; e senza industria e commercio non puo avervi capitale di beni disugualmente distribuiti.… » Lett. in propos. della Econ. Nazion., Lett. II, précit. (CUSTODI, ouv. cit. p. m., t. XXIII, p. 51 in fine, 52 princip.). Voir Supra, p. 356 etrn: 1.
4. — Lett. XLVIII, à Ciani, de Venise, 24 Décembre 1785 (Cus- TODI, Ouv. cit, t. XXIV, p. 452). Lett. in propos. della Econ. Nazion., Lett. XXI, précit. (Cusropt, ouv. cit., t. XLIX, suppl, p. 152). Notons en passant, que pour Ortes comme pour Genovesi et Beccaria, le commerce n’est pas exclusif de la noblesse. Riflessioni sulla Popolar., chap. XXXII (Cusropr, ouv. cit., ibid. p. 240 in fine, 241 princip.). Il rangeait les nobles parmi les occupés, dans la classe des agriculteurs, des négociants ou des administrateurs. Econ. Nazion., liv. I, chap. III (CUSTODI, ouv. cit, p. m. t. XXI, p. 53).
CONCLUSION
Par leur principe autant que par leur tendance générale, les idées économiques d’Ortes donnent à son système tous les caractères d’une doctrine mathématique. De pure conception géométrique, les résultats offerts sont le fruit de rigoureuses déductions. Thèse chère à Descartes, Spinosa, Leibniz, et, plus tard, à Vilfredo Pareto et ses disciples. En somme dans la théorie d’Ortes, tout se ramène à une question de juste proportion et d'équilibre rigoureux, qu’il s'agisse de phénomènes sociaux ou de faits particuliers. On ne saurait nier, cependant, qu’elle présente, malgré tout, un réel intérêt.
Pour ingénieux qu’il soit, son Traité n’a guère été cependant —et ne pouvait être — retenu par les Economistes. Il est, en effet, bien difficile d'admettre avec lui la fixité quantitative des richesses communes des Nations, leur obligatoire et adéquate détermination au nombre des habitants, et, conclusion catégorique, l'impossibilité d’augmenter cette masse commune de biens. De même, on ne peut davantage et surtout prendre au sérieux sa conception, évidemment fausse, du quantum rigoureusement déterminé, et quasi immuable, des richesses existantes dans l'Etat ; non plus que sa tendance à faire partout et toujours, d’une façon absolue, la pauvreté contre-partie de la richesse, et de présenter comme un dogme intangible la distinction entre le nécessaire et le superflu, dont il exagère manifestement la portée autant que l’importance.
Mais à côté de ces erreurs, il y a dans l’Economie Nationale, des vérités dont nous sommes incontestablement redevables à Ortes. C’est lui, par exemple, qui, des tout premiers, érige le travail en facteur primordial et indispensable de la richesse ; énonce la loi de la division du Travail, celle du rerdement non proportionnel ; expose certaines idées heureuses sur les occupations, sur le mili-
tarisme, sur cette théorie ingénieuse et fort admissible en soi des Recherches communes. Il a eu le courage de se poser en défenseur de la sécurité et de la liberté économiques, et de parler en termes précis de l’inégalité de répartition des richesses et de son utilité quand elle est normale.
Ortes a vu, encore, le problème de la Monnaie sous tous ses aspects. Il s’est, à cet égard, révélé l’égal de Carli, son compatriote, ou de Galiani : il indique clairement la nécessité et le rôle du numéraire, son « alternativité », les avantages de la valeur nominale pour les échanges internationaux. Il a su, d’autre part, judicieusement préciser que la monnaie, malgré son équivalence aux biens, ne constitue point la richesse ; et, réduisant le phénomène de l’afflux de l’or dans une nation à son importance réelle, montré avec raison l’« absentéisme » sous un jour moins sombre. De même il explique d’une façon logique je renchérissement fatal et constant de la vie, ce problème de toujours, si le remède par lui préconisé ne semble pas, tant s’en faut, efficace. En matière d'impôt, il donne des indications concises et fondées que l’on aimerait rencontrer, au même degré, dans toutes ses démonstrations.
Enfin, incontestable mérite, Ortes a su envisager l’Economie tout entière, et non pas seulement telle ou telle de ses parties. Il ne l’a pas considérée comme simple art de gouvernement réservé à quelques-uns. Par cette notion d'ensemble, au moins aussi fortement que Génovesi et Verri, il affirma l'ampleur de cette science nouvelle, car dans les faits économiques épars, il a entrevu une véritable science.
Aussi, malgré ses imperfections et ses lacunes, malgré les erreurs de certaines déductions, l’arbitraire de certaines conclusions, malgré le défaut d’observation des faits — trop pénétré qu'était Ortes de cet esprit de système à juste raison critiqué par Necker — on ne pourrait sans injustice méconnaître tout c2 que l’Economie Nationale offre de sérieux et @e raisonnable : elle méritait donc de retenir l'attention.
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Des Fidéicommis
Nettement politique est la tendance de ce Traité des Fidéicommis !, divisé en deux Livres, l’un relatif à l’usage normal et théorique de ce mode spécial de transmission des biens, l’autre à son fonctionnement ainsi qu’aux effets d’une mise en pratique défectueuse de l'institution ?. Au long de son ouvrage, Ortes — contrairement à l’opinion générale au xvirr' siècle, affirmée en Italie avec vigueur surtout par Verri, Filangieri, Genovesi — va s’efforcer de démontrer une fois dé plus *, combien est déplorable la tendance de son époue à restreindre le patrimoine de l'Eglise, en invoquant le principe de la pauvreté
1. — Dei Fidecommessi à Chiese e Luoghi pi, in proposito del termine di Mani-morte introdotto a questi ultimi tempi nellEconomia Nazionale. Libri due. 1784. Les Fidéicommis, nous le savons, ont été publiés dans le t. XXVII, p. m.,, de la Collection des Scrittori classici italiani di Economia politica. C’est à cet ouvrage de Custodi que nous renverrons pour les références données au cours de notre travail.
2. — Voir Lett. XXXIII, précit., à Michele Ciani (CusTopt, ouv. cit, p. m., t. XXIV, p. 417) et aussi la Lettre sur les Fidéicommis (CusrTopi, ouv. cit., p. m., t. XXVII, p. 374).
3. — Il y reprend en effet, pour les renforcer, certains systèmes que nous avons déjà rencontrés, au moins pour partie, exposés soit dans l'Economie Nationale, soit dans les Lettres sur la Religion et le Gouvernement des Peuples, soit, surtout, dans les Erreurs populaires. Notons, à ce dernier point de vue, les quatre derniers axiomes :