‹ Giammaria Ortes Un Vénitien du SettecentoChapitre 38 sur 197 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'œuvre philosophique, religieuse, politique

Au point de vue philosophique, et surtout quant à sa méthode, Ortes, nous avons déjà eu l’occasion de le signaler en passant, se rattache au cartésianisme, qui, s’affirmant comme le modèle de la philosophie chez les modernes !, devait lui plaire particulièrement *?.

Sa philosophie apparaît, en eifet, conforme à celle définie dans la Préface des Princives : c’est la science de 1a sagesse ; elle implique, en même temps que la prudence dans les affaires, une connaissance précise de tout ce que l’homme peut savoir, tant pour la conduite de sa vie que pour la conservation de sa santé et l'invention de tous les arts : son but pratique est l’amélioration des conditions d'existence de l'Humanité.

Mais Ortes subit encore nettement les tendances du xvirI* siècle qui, « reniant le passé pour ne considérer que l'avenir »°, fait de la critique !a base même de la connaissance, Sous cette double influence on comprend qu’il soumette à l’examen de son intelligence les principes de la Philosophie et de l'Histoire, les fondements de la Morale et du Droit ; qu’il cherche aussi, volontiers, dans la réalité de l’expérience, un appui solide pour ses propres déductions.

1. — LÉON BRUNSCHVICG, OUT. cit. (pr. part., liv. II, chap. VIII, sect. À, p .127).

2. — Nous avons vu, du reste, qu’il avait étudié la philosophie cartésienne avec le Père D. Teodoro Marcolini. (Supra, ch. I, LD.

3. — G. NaïTaLt, Idee, Costumi, Uomini del Settecento (I pensiero storico italiano nel Settecento dopo G.B. Vico), p. 31.

Il est tellement pénétré de l’esprit philosophique et critique nouveau — représenté #n France par Diderot, en Allemagne par Lessing, en Italie par Baretti et qui se manifeste par des productions agréables et fantaisistes : — qu’il ne faut rien moins que sa foi religieuse pour l’arrêter, par la force impérative de dogmes respectés, sur une pente où sa raison ne manquerait pas de l’entraîner. Aussi nous apparaît-il tiraillé entre la Tradition et la Science qui, dans toutes les branches du savoir et de la vie sociale, bouleversait les croyances du Passé.

Nous examinerons successivement les idées d'ensemble exposées dans le Calcul sur la Vérits de l'Histoire ; dans le Calcul sur la Valeur des Opinions ; dans les Sciences utiles et agréables ; dans les Réflexions sur les Objets appréhensibles ; dans les Réflexions d’un Philosophe américain ?. Pour son Œuvre religieuse et politique, nous nous arrêterons à ses ouvrages sur 1àa Religion et le Gouvernement des Peuples, sur la Différence de la Religion catholique avec toutes les autres, Sur les Autorités de Persuasion et de Force, sur la Confession chez les Catholiques *, sur les Mémoires de la Cour de Berlin ‘.

1. — Voir T. Concart, IL Settecento, chap. VIII, Rinovam. della Lirica e della Satira. (Storia Letteraria d'Italia…., t. VIII).

2. — Ortes écrivit quelques autres ouvrages d’argument philosophique que nous n’examinerons pas parce qu’ils n’apportent aucune contribution intéressante à l’étude de son Œuvre. On peut citer à cet égard ses Definizioni per servire alla storia filosofica universale de’ nostri tempi da formarsi da ciascuno in particolare secondo l’essenziale delle sue cognizioni e quelle viste che gli riusciranno più nuove e più aggradevoli, comptant 10 feuillets manuscrits ; et un Dictionnaire de A à Z, commençant par le mot Accademia et se terminant au mot Zelo. Ce travail pourrait être une traduction du français avec quelques changements et adjonctions d’Ortes.

3. — Il est également quelques ouvrages d'argument religieux que nous négligerons parce qu’ils ne font que répéter ce qui est exposé dans d’autres traités mieux conçus et plus étudiés Parmi ces ouvrages, nous citerons : Dottrine de’ Primi XV secoli e dei tre ultimi ; Cosa sia Governo e Religione vera ; Immunità e livertà della Chiesa ; Come si verifichi la Religione e come si renda ingannevole e falsa; Sulle presenti novità fra à Catto-

4, — Il écrivit un autre opuscule, Della Scienza e dell’Arte

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