‹ Giammaria Ortes Un Vénitien du SettecentoChapitre 43 sur 197 · Si m équivaut à 6 et si dans la transcription eh · texte numérisé non relu

Si m équivaut à 6 et si dans la transcription eh

l'Histoire, après six transcriptions aura sa probabilité réduite à pl=1— < = de foi humaine. Calc. sopra la Verità…. (Marciana, 1bid., fo 7 verso in fine, 8 recto princip.).

2. — Il est intéressant de noter que Vico, un des plus énergiques adversaires de la tendance hypercritique qui aboutissait à la destruction de l'Histoire en général, se rapproche, cependant, par certains côtés, de la théorie d’Ortes. Visant les préjugés des savants et des nations au sujet du caractère et des faits de l’Antiquité, Vico établit, en effet, pour les combattre, des règles ou « dignités », qui rappellent les idola de Bacon. D'abord il signale le danger des magnifiques opinions sur la lointaine et inconnue Antiquité, et de cette tendance, générale à son époque, précisée par le mot de Tacite « Omne ignotum pro magnifico est ». En second lieu il met en garde contre la sotte vanité des nations, chacune se vantant d’avoir, avant les autres, fondé la civilisation ; de même contre la sotte vanité des savants qui prétendent que leur savoir est aussi ancien que le monde. Il rattache à ce dernier préjugé celui des influences de culture qu’il désigne comme étant celui de la succession des Ecoles chez les diverses nations. Il préconise, d'autre part, une méthode propre à procurer une documentation plus précise, une étude plus exacte des faits anciens, et qui porte surtout sur l’étymologie des langues,

façon suivante : toute la probabilité avec laquelle un fait historique peut être écrit : 1 — na + c de toute la foi humaine ; toute la probabilité 2vec laquelle ce même fait peut être lu : 1— na +c— mb +d+e:.

Ces données de principe posées, Ortes dans un paragraphe spécial fait une application de ses calculs?, par quoi il aboutit à cette conclusion * que la vérité de l’Histoire diminue, avec le temps, arithmétiquement et non géométriquement t.

celles-ci constituant le témoignage essentiel des mœurs des anciens peuples ; sur l'interprétation des mythes ou fables, sorte de science des peuples primitifs ; sur l’étude de ce qu’il appelle les « grands débris de l’Antiquité », c’est-à-dire les souvenirs conservés par les historiens et les poètes. Voir au surplus B. CROCE, La Filosofia di G. B Vico (Traduct. H. Buriot-Darsiles et G. Bourgin), XIV, Nouvelles règles pour l'Histoire des temps obscurs et fabuleux, p. 165 et suiv.

è 4 1 1= 1. — En chiffrant cette formule a==,c= 2, b=-, d= , =, Ortes arrive à ce résultat que toute la probabilité de l'Histoire écrite sera évanouie quand 1 égalera

0, ou quand 7 égalera 8—+., soit après 7 générations et ou après 236 ans et 8 mois, délai après lequel aucune histoire ne pourrait être écrite avec la moindre certitude. Si n égalait 1,

l'Histoire perdrait toute vérité quand, lue, 1 — mn 300 éga-

lera 0 ou quand m égalera 20 +, c’est-à-dire après 2088 an-

nées, 3 mois, 24 jours, 16 heures et environ 57 minutes du moment où le fait aura été vu et écrit. Calcolo sopra la Verità… (Marciana, ibid., f° 8 recto in fine, 8 verso princip.).

2. — Ces calculs n’offrent aucun intérêt sérieux. Nous ne nous y arrêterons donc pas. Nous nous bornerons à donner quelquesuns des résultats curieux auxquels arrive Ortes. Il en conclut, en effet, par exemple, que l’histoire d'Alexandre le Grand dans Plutarque ne peut être qu’un roman parce qu’elle n’avait plus la moindre probabilité historique 187 ans et 4 mois avant d’avoir été écrite. (Calcolo sopra la Verità.…., Marciana, ibid., f° 8 verso). De même, l’histoire de Jules César ne comporte pas la moindre vérité historique, car la créance que l’on pourrait en avoir avait disparu l’an 917 de notre ère, le 7 novembre, vers la 17° heure ! (Ibidem, f° 8 verso in fine).

3. — Sa conclusions est contraire à celle de Craig qu’il critique à cet égard. Calc. sopra la Veritä.… (Marciana, ibid., fo 9 verso).

4 — « E’ chiaro che la verità di qualunque storia dee decrescere non in proporzione geometrica, ma in proporzione aritmetica. » Calcolo sopra la Verità… (Marciana, ibid., f° 10 recto).

Ortes à nettement compris que les efforts multipliés, comme les méthodes d'investigation les plus rationnelles, l'examen des faits le plus sagement objectif, comme la volonté d’impartialité la plus sincère, ne sauraient écarter l'influence du caractère particulier et de la nature propre de l’auteur dans l'interprétation des événements ou l'étude des documents ; qu’il est à l'ordinaire pratiquement inconcevable — sauf certains cas heureux exceptionnels — de séparer l'observateur des choses observées, et l'Histoire elle-même de l'historien qui l'écrit.

Aussi dans l'impossibilité où i'on se trouverait de posséder une connaissance précise des événements survenus aux siècles révolus, recourt-on à des systèmes imaginaires, Ce souci de déterminer, avec les systèmes d’une époque, les événements du passé, apparaît d’ailleurs, aux yeux d’Ortes, aussi illogique que le serait la prétention de déterminer, avec les systèmes du présent, les évènements de l’avenir ‘. Il voit au surplus une preuve de l’insuffsance des systèmes historiques dans ce fait qu'ils donnent des événements survenus en des temps relativement proches une idée moins nette que de ceux déroulés dans le passé le plus lointain : ce qui ne se peut expliquer que par le rôle important de l'imagination. D'ailleurs les difficultés auxquelles on se heurte pour rapporter les faits des temps anciens se retrouvent aussi nombreuses quand il s’agit de préciser l'esprit en vigueur à ces mêmes époques.

A cet égard nos connaissances sont étroitement limitées. Nous n’ignorons pas, sans doute, que l'esprit du xvIII° siècle était caractérisé par la culture, cet «échange d'actions et d’expressions aimables par lesquelles bernant les puissants les faibles, et les faibles les puissants, ceuxlà supportent le mépris de ceux-ci, et ceux-ci la domination de ceux-là »?; sans doute nous savons qu'antérieurement dominait l'esprit de controverse caractérisé par les disputes, puis par les luttes entre les Peuples, et que, plus

1. — Calcolo sopra la Verità.… (Marciana, ibid., fo 10 verso). 2. — Calcolo sopra la Verità… (Marciana, ibid., fo 11 recto).

loin encore, régnait l'esprit de parti. Mais il nous est impossible de remonter davantage le cours des siècles — sept ou huit à peine, Au-delà tout serait illusoire par suite de l'impossibilité de rechercher et de déterminer l'Opinion dominante de ces époques: avec les tendances d’un esprit moderne °. Ortes ne pressentait donc en rien les admirables et patientes découvertes paléographiques et archéologiques qui, dès les dernières années du Xvirl° siècle, et, depuis, sans interruption, devaient, d’un passé millénaire, exhumer dans leur splendeur, raffinée ou barbare, les plus antiques civilisations.

On ne s'étonnera pas que cette accumulation d’arguments pour démontrer non seulement l'insuffisance de vérité mais encore l’inexactitude même de l'Histoire, détermine Ortes à ne fui accorder pas la moindre confiance, non plus que la moindre utilité dans la conduite des affaires publiques ou privées. Dans la diversité des idéaux qui, aux divers moments de leur évolution animent les Peuples, il faut en effet des mesures différentes dans des circonstances identiques. Voilà pourquoi pratiquer à une époque déterminée des mesures qui furent autrefois salutaires, peut être imprudence néfaste. Aussi Ortes estime-t-il due la seule Histoire qui puisse, à la rigueur, offrir un intérêt pratique, est celle — et la seule — qui se réfère au présent‘. L'étude de quelques compilations de faits anciens ne saurait en effet nous dorner la connaissance

1. — Calcolo sopra il Valore delle Opinioni. Infra, $ II, p. 106.

2. — « … non è di lieve impedimento ad investigare lo spirito de’ secoli scorsi, la propensione cke volgarmente si ha d’investigarlo col lo spirito del proprio. » Calc. sopra la Verità.… (Marciana, 2bid., fo 11 verso).

3. — « …dallo studio dell’antica istoria nessun utile puô ricavarsi nella condotta de’ pubblici e de’ privati affari moderni, come vien volgarmente creduto. Perciocchè secondo la diversità degl'idoli che in tempi diversi occupano l’immaginazione de’ popoli, si richiedono ripieghi diversi in occorrenze simili. » Calc. sopra la Verità… (Marciana, ibid., fo 12 recto).

4, — « Per me crederd che l’unica storia che faccia riuscir negli affari, sia quella delle cose presenti, e che quella delle passate non giovi, che a fugar l’ozio, e a pascer l’intelletto di immagini.. » Calc. sopra la Verità.… (Marciana, ébid., f° 13 recto).

d'événements jadis survenus, pas plus que l'observation d'une douzaine d'insectes au microscope, ou d'autant d'étoiles au télescope, ne suffit pour embrasser l'univers... C’est sur cette observation désenchantée — et sage — qu'Ortes conclut ce Calcul sur la vérité de l'Histoire où, à côté de formules artificielles et sans la moindre portée pratique, nous avons rencontré des observations rationnelles, déduites — géométriquement pourrait-on dire ! — de principes dont l'évidence ne saurait être contestée.

$ II. —— CALCUL SUR LA VALEUR DES OPINIONS ET SUR LES PLAISIRS ET LES DOYLEURS DE LA VIE HUMAINE

Le Calcul sur la valeur des Opinions ?, comme la plupart des ouvrages philosophiques d’Ortes, est de conception purement métaphysique, discutable et arbitraire. Pour Ortes, en effet, la métaphysique régit toutes connaissances *. On la retrouverait aussi bien dans l'équilibre de la pensée socratique que dans l’art de Phidias ou l'harmonie de l’épopée homérique. C’est la métaphysique qui déterminerait les rapports et proportions en toutes choses, préciserait leurs caractéristiques générales comme leurs particularités propres, ieur relativité comme leur absolu, leur indigence comme leur richesse. Elle est donc à la source même des arts et des sciences puisque le

1. — « Ecco quel che s’acquista coll avvezzarsi in gioventü ad esaminare il tutto geometricamente. » Calc. sopra la Verità.…. (Marciana, ibid., f° 13 verso in fine).

2. — Calcolo sopra il Valore delle Opinioni e sopra à Piaceri e i Dolori della vita umana. Venise MDCCLVII, Giamb, Pasquali. À la Marciana, il y a une copie de l'ouvrage, avec des corrections et des notes marginales d’Ortes. A la fin du Calcolo sopra il Valore… on lit : « Di Vienna questo di 15 Aprile 1756 ». A la fin du Calcolo sopra i Piaceri, on lit, également manuscrite, l'indication suivante : « Venezia nel mio studio in Corte del Zogia questo dî 3 Aprile 1754 ». Cet ouvrage à été imprimé dans le volume XXIV, p. m., de la Collection des Economisti classic. italiani de Custodi (p. 257 à 318). Nos références renverront à ce volume.

3. — Meneghelli note avec raison à ce sujet en parlant d'Ortes : « la metafisica vi tenga un seggio d’onore. » Elogio di Giam. Ortes venez. (Opere Scelte, t. III, p. 117).

Beau et le Vrai, leur objet respectif, ne seraient que la résultante de ces proportions idéales et de ces rapports harmonieux.

Parti de ce principe, Ortes cherche à déterminer, d’une part, la! valeur des Opinions : et, d’autre part, celle des Plaisirs et des Douleurs de la vie humaine ?. Mais il n’y a pas là calcul proprement dit, ainsi que le titre de l'ouvrage le laisserait supposer : tout au plus un raisonnement d’allure mathématique, où Ortes discute de la façon spécieuse qui lui est propre, catégorise Opinions, Plaisirs et Douleurs, étaye ses affirmations de rares formules, dont les chiffres, là encore, ne correspondent guère à la réalité.

L'homme, par sa nature, porté aux plaisirs des sens, est incité à vivre en société parce que, de la sorte, il pourra augmenter la somme de ses plaisirs #. Ainsi Ortes entrevoit l'importance du sentiment dans la vie sociale‘, dont Vilfredo Pareto étudiera plus tard les manifestations.

Or, les objets extérieurs étant la source de ces plaisirs, la tendance de chacun sera de s’en assurer la possession pour être arbitre de leur choix. De là tous les désordres 5.

Dans la société, il y aura lutte, er effet, les désirs des uns se heurtant fatalement aux désirs des autres, et la

1. — Calcolo sopra il Val. delle Opin. (CUSTODI, ouv. cit., p.m., 6. XXIV, p. :257 à 287).

2. — Calcolo de’ Piac. e de’ Dolor. (Custopr, ouv. cit. ibid.

3. — C’est également ce qu’il dit dans dans une de ses Lettres sur la Religion et le Gouvernement. Lett. VIII, du 27 janvier 1781. (CusrTopt, ouv. cit., p.m., t. XXVI, p. 43). C’est pour cela que, dans ses Réflexions sur les Rentes, Ortes préconise une modération de puissance des Nations qui correspondrait à la fin sociale des groupements humains : « Allora tutti s’occuperebbero liberamente e con sicurezza, purchè non fossero molestati da altre nazioni maggiori, o non fossero piuttosto essi stessi invasi da desio di ingrandirsi a somiglianza delle altre nazioni della loro maggiori. » Riflessioni sulle Rendite, XX. (Op. varie autogr., Marciana, It. class. IT, cod. CXXXVIII, f° 25 verso).

4. — Sur cette question voir Riflessioni di un filosofo amertcano di qualche secolo avvenire sopra i costumi degli Europei del secolo presente (Infra, $ V, p. 145 et suiv.) et Considerazioni di un filosofo moderno europeo sopra le Riflessioni d’un filosofo americano futuro sui costumi correnti d'Europa. (Infra, $ V, p. 155 et suiv.).

5. — Calcolo sopra il Val. delle Opin. $ I (CUSTODI, ouv. Cit., ibid., p. 260).

force de chacun devant, pour les réaliser, affronter la force des autres. C’est la différence entre ces forces antagonistes qui déterminerait le libre-arbitre individuel’. Cet antagonisme serait évidemment la violence elle-même sil n’y avait que deux, ou trois, ou très peu d'hommes en présence. Mais dans la société le nombre des antagonistes est immense, et, par suite, un équilibre spontané s’établira entre tous. De sorte que la force collective concourra ainsi à réaliser le plaisir particulier de chacun selon un motif Géterminé. C’est ce motif qu'Ortes appelle l’'Opinion?, à son avis aussi nécessaire à la société que la tendance du plaisir est inhérente à l’homme.

Dans le système d’Ortes, l’Opinion n’est pas, comme pour Platon, un des trois éléments — avec l’Entendement et la Science — de la connaissance rationnelle ; elle ne cherche pas dans l’ordre des choses sensibles l'application des idées de l’'Entendement et des notions de la Science. Elle est, sans plus, tout ce qui, dans la pensée, acquiert crédit auprès du jugement humain. Son prétexte est la Vertu — c’est-à-dire ce qui est juste, — ou le courage

1. — « …ogni uomo 8 costretto nella Società ad impiegare la sua forza e a temer quella degli altri, e che la differenza di questa forza da quella determina l’arbitrio di ciascuno sulla scelta degli oggetti piacevoli ». (CusTopr, ouv. cit., ibid., p. 261).

2. — « Questo motivo per cui la forza congregata di tutti si adopera più o meno a favor di ciascuno, à quello che io chiamo Opinione y». (CusTopi, ouv. cit., ibid., p. 262). Il s’en explique du reste tout aussitôt : « Per Opinione dunque io non intendo che quella qualità, la quale posseduta da alcuni in vario grado fa che tutti gli altri o sinceramente o simulatamente accordino, che quei tali non debbono soffrire la forza di alcuno per esser difesi dalla forza di tutti, e che per consequenza debbano à proporzione del grado al qual la possiedono arbitrar sulla scelta degli oggetti piacevoli. »y Calcolo sopra il Val. delle Opin., $ IL (CusToptr, ouv. Cit., ibid., p. 263).

3, — « …intendendo per virtù tutto ciô che è giusto e che perciô giovando a se giova anco agli altri.… y» Lettere sulla Religione e il Governo de’ Popoli. Lett. I, 5 février 1780 (CUSTODY, ouv. cit..p. m.t. XXWV, p. 265). Voir encore Lett. VII, précit. (Cusrtopnt, ouv. cit., p. m., t. XXVI, p. 27, 28, 32). C’est la même idée que l’on retrouve dans un feuillet manuscrit intitulé Calcolo de’ Vizi e delle Virtü, où il dit : « Il procurar …ciascuno i suoi interessi col contrastar gli altrui direttamente questo si chiama

de participer au bien-être, au plaisir d'autrui. Sa fin est l'intérêt personnel. Nous ne seconderons le plaisir des autres que si notre propre plaisir est déjà satisfait. De même toute épreuve que nous consentirons à supporter dans ce but n’aura guère d’autre raison que de nous éviter une peine plus grande. Ortes par cette prédominance de l'intérêt personnel — générateur de vices? — se rattache nettement aux philosophes partisans de la morale de l'intérêt personnel, par quoi il tend au pessimisme.

Les Opinions sont diverses, muitiples, comme les vertus qui leur servent de prétexte, ce qui serait une condition même de leur fin°. Par contre, elles sont les mêmes

vizio ; e il promuoverli senza questo contrasto… questo si chiama virtù ». Studi varii autografi (Marciana, It. cl. XI, cod. CXXXV, fo 35 recto in fine, et 35 verso princip.) Voir Infra, $ V, p. 149, nn, 2:00. 156, 1,2:

1. — « …tutte le molestie tollerate in conformità d’un Opinione si soffrono per l’interesse di evitar mali maggiori ; e nessuno si sacrificherebbe per il pubblico, se facendo altrimenti non temesse un’onta peggior del suo sacrifizio ». Calcolo sopra il Val. delle Opin., $ II (Cusropt, ouv. cit., p, m., t. XXIV, p. 265). Il précise dans un feuillet manuscrit sur le Calcul des Vices et des Vertus : « tutto l’impiego che noi prendiamo per altri sarà per convincere gli altri à s’impiegarsi per noi. » Studi varii autografi (Marciana, It, class. XI, cod. CXXXV, fo 35 verso).

2. — C’est ainsi que des sentiments altruistes, ou tendant à l'utilité générale, comme l'amour, la liberté, l'intérêt, l'équité, la gratitude, deviennent, renfermés sur un seul ou tendant au profit d’un seul, la haïne, l’oppression, l’avarice, l'injustice, l’ingratitude, d’où cette observation : « In somma qualsivoglia passione essendo virtù conservatrice fra tutti difusa, si cangia in vizio distruttore di tutti col contrarsi in se solo ». Rifless. sugli Oggetti apprens., chap. VII, n. 8, p. XXXI. Plus loin il dit dans le même sens : « se. nascono disordini, ciô non avviene che per quel bene, che dovendo procurarsi per se e per tutti com’ è possibile, si vorrebbe procurato per se a esclusione degli altri. » Ibid., chap. VII, n. 5, p. XXXIII. Voir encore Ibid., chap. VIII, NR9 AD EXT

3. — « Le Opinioni son diverse come son diverse le virtü o i pretesti di qui si valgono. E ciô perchè non essendo il loro fine che quello d’introdur distinzione fra gli uomini, se non ve ne fosse che una o se tutti fossero d’un’opinione, si resterebbe defraudati di quel fine e sarebbe lo stesso come se non ve ne avesse alcuna, o se si dovesse in conseguenza usar la forza reale per la scelta de’ piaceri… » Calcolo sopra il Val. delle Opin., $ II (Cusronr, ouv. cit., p. m., t. XXIV, p. 267 in fine, 268 princip.).

en tous temps et en tous lieux, comme les vertus, mais leur valeur respective est éminemment variable, Cette valeur n’est en réalité que la richesse qui permet de changer et d'acheter l’Opinion comme unñn produit quelconque.

Les richesses qui vont permettre ce troc sont celles que l’on possède, que l’on acquiert ou dont on dispose par le moyen des Opinions. Et Ortes établit la formule type qui permettrait de calculer toute Opinion : désignant par À la richesse que l’on possède ; par B la richesse que l’on acquiert ; par C celle dont on dispose par le moyen des Opinions, et par N le nombre des personnes qui se préva lent d’une opinion déterminée, la valeur de l’Opinion résulterait de l’équation suivante : PAPE '.

Quant à la valeur particulière de l’homme, elle augmentera avec ses richesses propres — dont l'acquisition est

le souci de chacun? — de telle sorte qu’en désignant par R ces richesses propres, la valeur: de tel ou tel homme A+B+C+R.

envisagé serait représentée par Ja formule :

Cette formule exprimerait pour Ortes non seulement la valeur de l’homme suivant l’Opinion, mais encore suivant la vérité. La richesse, au sens absolu, n’est rien en effet, par conséquent À, E, C, ne représentent rien, et la for-

mule devient = 0 : démonstration de l'égalité des

hommes entre eux, comme aussi affirmation pessimiste de leur valeur nulle .

Ortes, notant un fait évident, reconnaît qu’en tous lieux

1. — Custontr, ouv. cit., ibid., p. 270. Et ce lui est une occasion pour comparer la valeur respective de la noblesse, des commetcants, des soldats, des lettrés. D’après ses calculs, ces quatre catégories se trouveraient respectivement dans les rapports de 24 à 2, 3, 4. Calcolo sopra il Val. delle Opin., $ III (CusTont, ouv. Cit., ibid., p. 271 et suiv.).

2, — Cusront, ouv. cit., ibid, p. 275. Par cela encore Ortes se rattache aux pessimistes, et se met en contradiction flagrante avec lui-même (Supra, chap. I, p. 52, 53 et aux notes).

3. — « Vale à dire che secondo la verità ogni uomo equivale a ogni altro, e tutti vagliono egualmente nulla ». Calcolo sopra il Val. delle Opin., $ III (Cusront, ouv. cit., ibid., p. 2717).

il est une Opinion dominante, variable avec le temps : c’est celle qui détient la plus grande quantité de richesses !, Il explique du reste le mécanisme de ce changement.

L'Opinion dominante du moment serait insidieusement concurrencée dans l'esprit des hommes par une autre Opinion se développant en secret jusqu’au moment où elle aura recueilli elle-même assez de puissance pour s'affirmer au grand jour. Elle supplantera, alors, l’Opinion en faveur pour devenir, à son tour, dominante. Et Ortes déclare, autre manifestation de son pessimisme, aue d’ordinaire les hommes agissent suivant l’Opinion dominante sans en être pénétrés, et pensent conformément à celle qui tend à la supplanter, sans le déclarer ?.

Le prétexte de la vertu, par quoi l’Opinion cache sa fin égoïste, expliquerait ces changements : dès qu’une fin est révélée diverse du prétexte qui la justifie, il faut modifier celui-ci pour arriver à celle-là *. Ù

Dans cette succession d’Opinions dominantes, survenant à peu près tous les quatre siècles, Ortes voit une cause d’infélicité humaine. Les hommes nés pourvus de dons naturels à peu près équivalents vivent en des temps

1. — Calcolo sopra il Val. delle Opin., $ IV (CusToni, ouv. cit., ibid., p. 278).

2. — Ortes énumère quelles furent, à son avis, les Opinions dominantes successives : d’abord la Conquête qui atteint sa plénitude au temps de Scipion l’Africain ; puis le Luxe au temps d’Auguste surtout ; puis le Platonisme à l’époque de Constantin. Les Investitures suivent sous le règne de Léon III. Après elles, apparaissent les Factions, avec Grégoire VII; les Lettres avec Léon X ; le Loisir se substitue à ces dernières et c’est lui qui dominerait l'Italie du Settecento (CUSTODI, ouv. cit., ibid., p. 280).

3. — « Il pretesto della virtü, colla quale esse Opinioni sono in necessità di coprire il loro fine dell’ interesse, fa conoscere assai palesemente perchè nella società non possono lungamente sostenersi senza cangiare ; mentre subito che il fine è conosciuto diverso dal pretesto, à necessario cangiar questo per conseguir quello. » (CusrTont, ouv. cit., ibid., p. 280). Et Ortes énumère des prétextes des Opinions dominantes : c’est la Liberté pour la Conquête ; la Félicité pour le Luxe ; la Religion pour le Platonisme, les Investitures et les Factions ; la Connaissance pour les Lettres, enfin l'Ordre pour le Loisir.

et en des lieux où l’Opinion dominante correspond plus ou moins à leur talent ou à leurs prédispositions propres, ce qui leur vaut, suivant les cas, une existence agréable ou difficile. Tout se borneraïit, en définitive, à naître au bon moment et dans une région opportune :. Ce serait en somme la thèse chère à Voltaire « Monsù Volterre », comme l’appelait Ortes?, pour qui le secret du bonheur consiste dans la possibilité chimérique de choisir le temps de sa naissance.

Ainsi, pour Ortes, Ta vie sociale, source de plaisirs, implique l'adoption nécessaire d'Opinions diverses auxquelles, d’après son tempérament particulier, chacun se révèle plus ou moins apte *.

Pas davantage trace de calcul véritable dans le traité sur les Plaisirs et les Douleurs &e la vie humaine. C’est une autre pure dissertation tendant à démontrer que nos douleurs et nos plaisirs sont dans l’étroite dépendance de notre organisme. Aussi, dès l’abord, Ortes donne-t-il une définition physiologique de l’homme « amalgame d’os, de tendons, de muscles, de fibres, où circulent des fluides » {. Un équilibre harmonieux doit régner entre ces multiples éléments du corps. Mais il peut arriver — en fait il arrive à tout instant — qu’il y ait rupture d'équilibre soit par suite d’une tension anormale ou d’un relâchement des

1. — « Il merito di ciascuno non consiste che nell’ imbattersi a vivere in un secolo, e sotto a un clima, dove la sua specie di talento sia più accreditata. » (Custoptr, ouv. cit., ibid., p. 284).

2. — Note manuscrite figurant en marge de Ia p. 52 de l’exemplaire de la Marciana du Calcolo sopra à Giuochi della Bassetta e del Faraone.

3. — Calcolo sopra il Val. delle Opin., $ V. (CusTopr, ouv. cit., ibid., p. 287). Ù

4. — « Io trovo che l’uomo è un fusto d’ossa legate insieme per via di tendini, di muscoli e d’altre membrane, le quali non son che fibre diramate in più altre e tessute insieme d’altre fibre minori, e queste d’altre ancor minori in terzo grado e cosi sempre ; per le quali fibre o canaletti scorrono perpetuamente altrettanti fluidi o spiriti. » Calcolo de’ Piaceri et de’ Dolori, della vita humana, $ I. (CusTopt, ouv. cit., ibid., p. 288).

5. — L'amour, par exemple, est une cause de cette rupture d'équilibre, c’est ce qu’il dit dans un de ses Sonnets :

fibres provoquant des perturbations dans la circulation des fluides, soit, au contraire, par suite d’une circulation désordonnée engendrant une tension anormale ou un relâchement des fibres. C’est la cause de la Douleur qui, dans la théorie d’Ortes, comme dans la théorie leibnitzienne, apparaît normale puisqu’e]le est inhérente à l’existence d’un corps auquel notre âme est unie, de telle sorte que la conception d’un monde sans douleur apparaît comme une « absurdité morale >»! Le Plaisir ne serait autre chose que la récupération de l’équilibre un moment rompu ?. Et l'équilibre une fois réalisé, état éminemment instable, l’homme n’éprouvera la moindre sensation ni de plaisir et de douleur *.

Mais si l'apport mis en mouvement pour rétablir l’équilibre, dépasse la mesure exacte où son utilité est nécessaire et suffisante, le plaisir, un moment obtenu, dispa-

Vi giuro almo mio sol per la pudica

Fiamma dell amor mio che nel vedervi

Il sangue per le vene e per li nervi

Ogni spirto vital s’arresta e implica.

Alcuni Sonetti, Sonnet XI. (Op. varie autogr., Marciana, It. class. II, cod. CXXXVIII, fo 249 verso).

1. — BouTRoUXx, Leibnite. La Monadologie. (Philos. de Læeibnitz, Troisième moment, II, p. 114).

2. — «il corpo umano in tutte le sue parti esiga un grado di tensione o di muoto, turbato o sconcertato il quale ne nascono i dolori, e promosso o secondato il quale ne nascono i piaceri. » Calcolo de’ Piaceri e de’ Dolori della vita humana. (Cus- TODI, OUT. Cit., ibid., p. 289). Ces pertes et ces récupérations d'équilibre constitueraient suivant les parties de l'organisme où elles se produisent des douleurs ou des plaisirs différents faim, soif, migraine, oppression, etc, et cela aussi bien s'il s’agit de fibres d'ordre supérieur, siège des affections spirituelles. Calcolo de’ Piac. e de’ Dol., $ II (CustTonI, ouv. cit. ibid. p. 291). Dans une lettre écrite 24 ans plus tard à Ciani, Ortes soutient la même thèse. Il reconnaît cependant être à ce moment-là mieux à même d’en assurer la démonstration que lorsqu'il écrivit son Traité : « In ordine ai piaceri di qualunque natura essi sieno, io son sempre stato e sono anco al presente d’opinione ch’ essi non consistano che nella rimozione del dolore.. » Lett. XXV, de Venise, 3 février 1781 (CusrTopt, ouv. cit., ibid., p. 399).

3. — Verri devait reprendre cette thèse de l'équilibre dans son Discorso sull’Indole del piacere e del dolore. (Voir E. Bouvy, Le Comte Pietro Verri, chap. I, $ III, p. 34 et suiv.).

raîit à nouveau devant une douleur contraire à celle tout d’abord apaisée : la faim assouvie se changera, par exemple, en dégoût ou en indigestion !. D'ailleurs cet équilibre est dépendant des alternances judicieuses qui permettront aux fibres de jouer normalement, d’où le sommeil et la veille, la réflexion et la distraction...

Ces plaisirs et douleurs d’origine organique ne sont pas les seuls. Ils peuvent provenir encore de l'impression produite sur nos sens par des objets extérieurs, Ou par nos sens sur ces mêmes objets. Cette impression, si l’objet extérieur est inanimé, sera déterminée par la seule force de nos « esprits ». Par contre, si l'objet extérieur est animé l'impression sera déterminée var notre force combinée à celle de lobjet lui-même. C’est ce qu'Ortes appelle les douleurs et les plaisirs des sens.

Il n’est pas que ceux-là.

Quand nous nous trouvons en face d'objets animés, l'adaptation de notre force à la leur pour éviter une impression incommode ou désagréable, constitue d’après Ortes une sorte de «crainte» qui deviendra tantôt de la haine, tantôt du dédain, tantôt de la simulation ou de la compassion? : ce sont les douleurs et les plaisirs

1. — « Sicome.… i piaceri consistono nel restituire ai fluidi il dovuto grado di moto in essi diminuito, cosi se mediante quelli il moto sarà accresciuto oltre il dovere, si genereranno altrettanti dolori contrari ai suddetti. » Calcolo de’ Piac. e de’ Dol., $ II. (Cusront, ouv. cit., p.m., t. XXIV, p. 292). — Ortes revient, du reste, sur cette idée au $ V de son traité : « ….estinto questo (la douleur) tutto il di più che si volesse applicare di quel piacere va a male o genera il dolore contrario... » (CUSTODI, Ou. cit., ibid., p. 307).

2. — « se l’impressione da une parte per qualsivoglia sforzo non puô essere sostenuta dalla resistenza nell’altra, quel timore si chiama odio e sdegno, i cui piaceri contrari sono la vendetta e la crudeltà. Se l’impressione da una parte é sostenuta dalla resistenza nell’altra mediante qualche sforzo, quel timore si chiama simulazione à cui si rimedia col piacere della sopraffazione. Se finalmente l’impressione è sostenuta senza sforzo alcuno da una parte e dall’altra, quel timore si chiama compassione che si rimedia col piacere dell’amicizia. » Calcolo de’ Piac. e de’ Dolori, 8 III (Cusront, ouv. cit., ibid., p. 290 et 297). D'après Ortes, le deuxième cas serait le plus fréquent, d’où résulte la simulation.

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d’Opinion. Ils auront pour équivalent la possession d’un morceau de métal qui donne le plaisir de la richesse remède à la pauvreté, équivalent elle-même de toutes les douleurs d’Opinion. Qui possède ce métal aura une situation privilégiée !.

Ortes observe, d'autre part, que douleur et plaisir n'étant qu’une espèce de mouvement produit par l’impression des objets extérieurs, le souvenir de ces objets réveillera également en nous une sensation de plaisir ou de douleur : c’est de là que dérivent plaisirs et douleurs d’'Imagination.

Quelle serait la nature exacte des plaisirs et des douleurs ? Nos désirs sont des besoins et ces besoins sont des douleurs ?. Provenant d’une bonne ou d’une mauvaise tension de nos fibres, et du mouvement des fluides, favorisés ou empêchés, qui y circulent, toute douleur ou inquiétude aura toujours quelque chose de positif, contrairement au plaisir, simple résultat de la disparition de la cause positive de la douleur. C’est la raison pour laquelle les mêmes objets ne procurent pas chez chacun, en tous temps ni en tous lieux, un plaisir identique, ce qui ne manduerait pas de se produire s’il s'agissait d’une sensation positive *.

1. — « chi più abbonda… di quel metallo equivalente di tutte le opinioni debba temer o simular meno degli altri e soverchiarli colla forza e colla beneñficenza, e chi ne abbonda meno debba temere o simular più degli altri riconoscendosi misero o grato » (CusTopt, ouv. cit., ibid., p. 299). Ortes a, du reste, noté cette soif de richesse dans son Calcul sur la Valeur des Opinions. (Supra, p. 105, n. 2). Il signale encore cette tendance dans ses Lettres sur la Religion et le Gouvernement des Peuples (Cf. Lett. XI, du 17 mars 1781 ; CUSTODI, ou. Cit., p. m., t. XXVI, p. 145). |

2. — C'est ce qu'Ortes exprime dans une formule lapidaire : « Ogni desiderio poi è un bisogno e ogni bisogno è un dolore. » Calcolo de’ Piac. e de’ Dol., $ IV. (CUSTODI, ouv., Cit., p. m. t. XXIV, n. 306).

3. — « …ogni dolore o inquietudine qualunque è sempre qualche cosa di positivo ma non cosi il piacere, consistendo quello nell’eccesso o nel difetto di tensione o di moto, e questo nella semplice rimozione di quell’eccesso o di quel difetto. » (CUSTopr, ouv. cit., ibid., p. 305).

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