Voir Supra, chap. IL, 1, p
2. — LÉON BRUNSCHVICG, Ouv. cit, pre. part., liv. II, chap. X, sect. B, p, 136.
3. — Léon BRUNSCHVICG, ouv. cit, pre. part. liv. III, Chap. X, sect. B, p. 207.
4. — LÉON BRUNSCHVICG, OU. cit. prem. part., liv. II, chap. VIII, sect. C, p. 139.
5. — Ortes avait déjà abordé cette idée dans ses Riflessioni sugli Oggetti apprensibili (chap. XIII, $ II, p. LXVIII, LXIX ; chap. XX, $ III, p. CIX) qui sont de 1775.
6. — En cela Ortes se rapprochait de Leibnitz qui, dans la première forme de sa doctrine, démontre qu’il est en nous certaines idées qui ne nous viennent point des sens ; il soutiendra, au contraire, dans la seconde, que toutes les pensées et actions de l’âme lui viennent de son propre fonds. Voir E. BOUTROUX, Leibnitez, La Monadologie. (Philos de Leïibnitz, second moment, I,
pour dissiper cette équivoque dangereuse que les sciences ont été instituées :.
Cette donnée péremptoirement affirmée, Ortes met en garde, cependant, contre l'efficacité absolue du remède proposé. Dans les Sciences, en effet, comme dans toute action humaine, l'intelligence et l'imagination concourent. Il pourra donc y avoir confusion entre le vrai de l'intelligence et le faux de l'imagination ?. Il advient par suite fréquemment que l’on raisonne avec l’imagination et que l’on imagine avec l'intelligence ‘. Grave inconvénient, en vérité, car, du fait de l'imagination, l’utile des Sciences perdra son caractère de réalité {, et la prédominance, dans les Beaux-Arts, de l'intelligence, leur enlèvera en grande partie la possibilité de distraire. Il faut donc laisser à chacune de ces deux facultés sa prédominance dans le domaine qui lui est propre‘, de telle sorte que l'intelligence prévale dans les Sciences proprement dites, et que l'imagination l’emporte dans les Beaux-Arts’, contrairement à la pratique courante.
1. — « À questo fine furono istituite le scienze, intese in effetto a distinguere il vero dal falso… » Delle Scienze Utili…, prefaz. (Custonr ouv. cit., p.m., t. XXIV, p. 115). Voir encore chap. I. (CusTopI, ouv. cit. ibid., p. 130).
2. — « Se poi… intelletta e immaginazione confondono i loro uffici… allora le scienze producono effetto contrario a quello al quale furono istituite e si rendono imposture, per le quali il falso si rappresenta per vero dall’intelletto e il vero dall’immaginazione si rappresenta per falso. » Delle Scienze Utili.…, prefaz. (CusrTopt, ouv. Cit., ibid., p. 117).
3. — « vi han moltissimi che ragionando coll’immaginazione si danno à credere di ragionare coll’intelletto, e che fingendo coll'intelletto danno a credere, e credono essi stessi, di fingere coll’immaginazione… » Delle Sciense Utili…, prefaz. (CUSTODI, ouv. cit., 1bid., p. 118).
4, — Delle Sciense Utili…, chap. XVI, (CUSTODIr, ouv. ci. t. XLIX, suppl, p. 257).
5. — Delle Scieneze Utili…, chap. XVII (Studi varii autografi, Marciana, It. class. XI, cod. CXXXV, f° 67 verso; CUSToD), ouv. cit., t. XLIX, suppl. p. 262).
6. — Delle Scienze Utili…., chap. XVII (Studi varii autografi, Marciana, ibid., fo 68 recto et verso ; Cusropt, ouv. cit., ibid. f* 264, 267).
7. — Delle Scienze Utili…, chap. V (CUSTODI, ouv. cit., P. M. t. XXIV, p. 145). ;
8. — Delle Scienze Utili…, chap. XVIII. (CUSTODI, OUv. Cik., t. XLIX, suppl, p. 270).
Ortes va précisément rechercher comment cette équivoque peut naître, se développer, et comment on la doit éviter : le problème est ainsi posé.
La distinction des Sciences en Utiles et Agréables est courante. On n’observe pas assez cependant, condition effective du bonheur humain’, que cette utilité et cet agrément peuvent être vrais ou faux, réels ou imaginaires.
Sous le bénéfice de cette observation générale, Ortes, avec sa précision habituelle, détermine ce qu’il convient d'entendre par Sciences Utiles et par Sciences Agréables *.
Les Sciences Utiles comprendraient toutes celles par quoi s’acquièrent les connaissances effectives et réelles * : Théologie, Morale, Politique, Physique, Jurisprudence, Economie. Les Sciences Agréables, par contre, comprendraient toutes celles — Eloquence, Poésie, Musique, Peinture, Beaux-Arts en général — qui ont pour objet d’imiter, en la modifiant soit en bien soit en mal, la nature ellemême *. Quant au critère propre à les distinguer, il serait
1. — « …distinzione… necessaria, giacchè dall essere quell utile e quel diletto vero o falso dipende altresi tutta la vera o falsa felicità umana.. » Delle Scienze Utili…., Ragion. (CUSTODI, OUAIS D M, tt XXEV D 123):
2. — Malebranche, dont Ortes n’est pas sans subir l'influence, avait, lui aussi, dans le VIt de ses Entretiens de la Métaphysique, distingué deux ordres de sciences : « Les sciences exactes telles que sont l’Arithmétique et la Géométrie ;… et, d’un autre côté, la Physique, la Morale et les autres sciences qui dépendent souvent d'expériences et de phénomènes incertains. »
3. — « Per Scienze Utili s’intendono generalmente quelle, per le quali s’acquistano cognizioni effettive e reali di qualunque specie e sù qualunque oggetto divino, umano o naturale sia presentato dai sensi alla mente.… » Delle Scienze Utili.., chap. I (Cusrtopr, ouv. cit., ibid., p. 125). C’est ce qu’il dit encore dans ses Riflessioni di un filosofo americano… (Op. varie autogr., Marciana, It. class. II, cod. CXXXVIII, f” 47 verso, 48 recto et verso). Injfra, $ V, p. 153, 154 et aux notes. Voir également Considerazioni d’un filosofo moderno europeo… (Marciana, ibid. f” 60 verso et 61 recto).
4, — « Per Scienze Dilettevoli s’intendono generalmente quelle che si dicono imitar la natura, ma che nell’ imitarla rappresentano alla mente gli oggetti con espressioni che li migliorano o peggiorano nella loro specie.… » Delle Scienze Utili…., chap. I. (Custropi, ouv. cit, p. m., t. XXIV, p. 125 in fine, 126 princip.). Voir également Riflessioni di un filosofo americano… (Op. varie
des plus simple : dans les premières, l’Utile, l’emporterait sur l’Agréable ; dans les secondes, l’Agréable sur l’Utile :.
Quand on observe, en effet, le monde extérieur, les objets nous apparaissent non point tels qu'ils sont en réalité, mais modifiés, transformés pour le plus grand plaisir des sens. C’est la fin même des Beaux-Arts qui charment plus qu'ils n’instruisent?, contrairement aux Sciences dites Utiles qui instruisent l'esprit plus qu'elles ne charment les sens. A cet égard, la Géométrie apparaît à Ortes comme le prototype des Sciences Utiles *, tandis que la Poésie lui semble parfaitement symboliser les Beaux-Arts. Il observe cependant avec raison qu’il n’y à pas opposition entre les Sciences Utiles et les Sciences Agréables, qui s’enchevêtrent même si intimement que leur démarcation est insensible #.
Recherchant le mécanisme de l’acquisition des connaissances, Ortes est amené à distinguer le rôle des deux facultés que nous savons y participer : Intelligence, Imagination.
L’Imagination prend connaissance des objets tels que nos sens les révèlent, c’est-à-dire — et nous retrouvons ici l'influence de Malebranche 5 —— différents de ce qu’ils
autogr., Marciana, It., class. II, cod. CXXXVIII, f* 51 verso, 52 recto).
1. — « …dover nelle prime (les Sciences) prevalere l’utile al diletto e conseguir questo a quelle, laddove nelle seconde (les Beaux-Arts) il diletto dee prevalere all’utile ed esser questo à quello consecutivo. » Delle Scienee Utili…, chap. V (Custoptr, ouv. cit., p. m., t. XXIV, p. 146 et 147).
2. — « le …cognizioni sono esagerate, quali son quelle delle bell’arti, dette dilettevoli perchè più dilettano i sensi e meno istruiscon le menti. » Delle Scienze Utili…, chap. I, (CusTont, ouv. cit., 1bid., p. 129).
3. — « ….prenderô per esemplare di tutte la geometria, come quella che di tutte de scienze è la più utile e più perfetta e che puô applicarsi a tutte le altre… » Delle Scienze Utili… (CUSToDI, ouv. cit., ibid., p. 130).
4 — « …listruzione stessa non vada disgiunta dal diletto, il qual diletto cosi è compagno e contemporano all'istruzione medesima... » Riflessioni sugli Oggetti apprensib., chap. XVIII, n. 3, p. XCVI.
5. — FRANCISQUE BOUILLIER, Histoire de la Philos. cartés. t; II, chap. III, Causes de nos erreurs, p. 44 et suiv.
sont en réalité. L’Intelligence, second stade, les examine, les compare à ceux qu’elle connaît déjà, et, suivant le résultat de cet examen, les accueille ou les rejette !. Bref le rôle de l’Imagination est de tromper l’homme ‘en lui présentant les objets autres qu’ils ne sont, tandis que celui de l’Intelligence est de le détromper en corrigeant les erreurs de l’Imagination?. Aussi, conclusion bien conforme à l'esprit d'Ortes, l’homme doit-il se défier de l’Imagination, cette « folle, disait Malebranche, qui se plaît à faire la folle »', mais ne saurait trop apprécier l’Intelligence « qui lui permettra de se rapprocher du vrai et d'échapper à l’erreur » 4. L’Imagination est cependant indispensable puisqu'elle fournit les matériaux sur lesquels l’Intelligence pourra s'exercer par le moyen des Sciences dites Utiles ‘. On peut noter, en passant, que le rôle de l’imagination, ainsi précisé, rattache Ortes aux principes de la philosophie du xvirr siècle qui, avec les péripatéticiens, les gassendistes, les jésuites, combat, tout entière, ce qu’elle appelle la ridicule, la grande et dangereuse chimère cartésienne des idées innées telles, du moins, qu’elle les voulait comprendre, malgré les efforts de Descartes pour dissiper l’équivoque et le malentendu.
1. — Ortes se rapproche en cela de Vico qui, dans la Scienza Nuova, démontre que, des sens à la base, on monte à la fantaisie, pour arriver à la raison.
2. — « L’indole e l’ufficio dell’immaginazione è quello d’ingannar l’uomo con figurargli gli oggetti non quai sono, ma quai potrebbero e spesso ancora quai non potrebbero essere. E l’indole e ufficio dell’'intelletto è quello di correggere gli errori dell’immaginazione e di disingannare l’uomo, con fargli apprendere gli oggetti quai sono in se stessi. » Delle Scienze Utili…, chap. II (CusTont, ouv. cit., p. m., t. XXIV, p. 132).
3. — Ve Entretien métaphysique. Voir FRANCISQUE BOUILLIER, Hist. de la Philos. cartés., t. II, chap. III, Causes de nos erreurs,
4. — Delle Scienze Utili…., chap. II (CUSTODI, ouv. cit., p. m., ÉXXIV, D: 133):
5. — C’est ce qu’il dit encore dans ses Riflessioni sugli Oggetti apprensibili, chap. XII, n. 2, p. LXI ; chap. XX, p. CVII. 6. — Descartes, en effet, à maintes fois soutenu que par
idées innées il n’entendait pas des idées toujours présentes à notre pensée. Ce ne sont pas « des idées représentées dans quelque partie de notre esprit, comme un grand nombre de vers dans un manuscrit de Virgile, mais elles y sont en puissance
Mais comment l’Intelligence s’exerce-t-elle ? Elle va d’abord accepter les connaissances fournies par l’Imagination, et, dans ce premier moment, elle sera trompée par les données des sens. Puis, second moment du travail intellectuel, l'esprit sortira de l'erreur, de cette « sphère de l'erreur et des ténèbres » dont parle Malebranche :, pour procurer la connaissance réelle. Par conséquent cette connaissance serait négative et indirecte?. Toute investigation aura de la sorte pour point de départ le doute, qui, comme dans la méthode cartésienne, dépouillera l'esprit des préjugés, des prénotions.
Intelligence et Sciences Utiles sont donc étroitement unies comme sont unies Imagination et Sciences Agréables qui visent à présenter, modifiés, les objets extérieurs°. Par conséquent deux domaines bien distincts, mais connexes, et interdépendants‘. Double expression d’une même âme, moments divers, mais solidaires, de 12 pensée humaine, il y aura entre eux d’étroits rapports : à défaut de ce concours de l’Intelligence et de l’Imagination, celle-ci condition de celle-là comme elle l’est
comme les figures dans la cire. »y (Œuvres inédites de Descartes, FOUCHER DE CAREIL, p. 65). L’innéité propre à certaines idées n’est donc rien de plus, d’après Descartes, que la disposition naturelle ou la faculté que nous avons de les produire ; elles sont en puissance dans notre propre fonds et passent de la puissance à l’acte par le développement naturel de notre nature pensante, sans le concours des sens ni de la volonté.
1. — FRANCISQUE BOUILLIER, Hist. de la Philos. cartés., t. II, chap: IV, Dieu unique acteur, p. 66.