‹ Giammaria Ortes Un Vénitien du SettecentoChapitre 48 sur 197 · IV. — RÉFLEXIONS SUR LES OBJETS APPRÉHENSIBLES · texte numérisé non relu

IV. — RÉFLEXIONS SUR LES OBJETS APPRÉHENSIBLES

Cédant à la vogue de la poésie philosophique que Pope avait mise à la mode en Angleterre, et qui comptait de

1. — « la felicità umana magzgiore alla quale mediante esse scienze possa l’uomo aspirare sia la comune.… per cui s’ei non è perfettamente sapiente e felice si trova almen lungi da ignoranza e da infelicità. » Delle Scienze Utili…, chap. XXII (CusTont, ouv. cit. p. m., t. XXIV, p. 256).

2. — Delle Scienèe Utili…., chap. III. (Cusront, ouv. cit, ibid., p. 138).

nombreux et fervents admirateurs en Italie, Ortes traduisit le célèbre Essai sur l'Homme. Cette traduction n'offre aucun intérêt spécial’. Elle a été du moins l’occasion, et la cause, d’un ouvrage d’Ortes sur les Objets appréhensibles?. Dans la Préface de ces Réflexions, il explique qu'ayant adopté pour sa traduction une méthode ‘ toute différente. de celles en usage, il a cru devoir en rendre compte. Aussi de simple Préface, ses observations se sont-elles insensiblement développées jusqu’à devenir

1. — Saggio sopra l’Uomo, diviso in quattro lettere d’Alessandro Pope, transportato dalla poesia Inglese nell’'Italiana, 1771, in-4, sans nom de lieu, ni d’imprimeur. — Il existe à la Marciana un exemplaire collationné et corrigé par Ortes. Cet ouvrage de Pope eut au xvirr siècle une vogue extraordinaire en Italie. Mal traduit par Guzzi, Chiari, parodié par Chicoria, imité plus ou moins par tous ceux qui l’avaient lu ou feignaient de l'avoir lu, il tenta Ortes. Séduit par les doctrines exposées, il traduisit les quatre Lettres du poète anglais traitant de l'Homme relativement à l'Univers, à lui-même, à la Société, au Bonheur. Nous n’examinerons pas cette traduction — qui eut deux éditions, une à Venise, en 1757; l’autre à Florence, en 1767 — parce qu’elle n’est pas une œuvre originale d’'Ortes non plus, du reste, qu’un de ses meilleurs ouvrages, sans mériter toutefois la sévérité de Lampertico : « Fatto stà che versi più stentati, più informi rare volte straziarono gli orecchi italiani : e se per la traduzione dello stesso poema fù flagellato dalla Frusta il Chiari, non parmi che da simile stregua potesse l’Ortes aver campo à salvarsi. » (Giam. Ortes e la Scienza econ. al suo tempo, p. 36).

2. — Riflessioni sugli Oggetti apprensibili, sui costumi, e sulle cognizioni umane, per rapporto alle lingue, MDCCLXXV, in-4, sans nom d'auteur, d'imprimeur, ni de lieu. — Il existe à la Marciana (Rari, 327) un exemplaire des Riflessioni au frontispice duquel Ortes a écrit : « Confrontato col Ms e corretto dall’Autore. » A la dernière page, CXXIX, se trouve de la main d’Ortes la mention « Addî 12 Agosto 1775, Venezia », et le tout est signé « Io G. M. Ortes ». Dans l’ouvrage, il est des mentions ou des corrections marginales manuscrites : par exemple, Chap: NTI ES MNT Sp XII TRAD ENVIES IV SD EX CIRE: chap. XIX, $ VI, p. CV. Au chap. XX, après le $ III, p. COX, doivent être ajoutés deux paragraphes manuscrits portés en fin de l’ouvrage. De ces Rijlessioni, il faut rapprocher des Lettres spéciales écrites par Ortes pour la défense de son Livre : Lettere di Venezia ad un amico di Firenze del di 23 Marzo 1776 (Antologia di Firenee, N° XLV, 1776, Maggio) ; l'ouvrage compte XXII chapitres :

I : Oggetti apprensibili origini della favella, p. 1. — II : Della somiglianza e disomiglianza degli oggetti apprensibili, p. 5. — III : Oggetti come appressi diversamente, p. 10. — IV : Oggetti come nominati per la stessa favella, p. 14. — V : Oggetti come

L'ŒUVRE PHILOSOPHIQUE, RELIGIEUSE, POLITIQUE do

un véritable traité sur la meilleure facon de traduire :. Il est d’ailleurs assez naturel qu’Ortes — dont l’œuvre reflète les grands mouvements d'idées de son époque — se soit lui aussi attaché à la traduction comme à l'origine des Langues, problèmes les plus en honneur et les plus débattus au xvirr* siècle.

Au cours des développements qui vont suivre, des rapprochements précis permettront de constater combien le fameux Essai sur la Philosophie des Langues de Melchiore Cesarotti, paru quelques années après les Réflexions ?, renferme de remarques déjà judicieusement notées par Ortes.

Ortes commence par définir le langage. C’est la faculté, pour l’homme, de communiquer à ses semblables les impressions que les objets extérieurs ont pu faire sur son

nominati per favelle diverse, p. 18. — VI : Della diversità possibile de’ costumi, p. 22. — VII : Della contrarietà impossibile de’ costumi, p. 28. — VIII : Costumi creduti contrarj non son

comuni, p. 34. — IX : Delle stabilità e istabilità de’ costumi, p. 42. — ZX : De’ costumi espressi per la stessa favella, p. 49 — XI : De’ costumi espressi per favelle diverse, p. 54. — XII : Delle cognizioni reali e delle apparenti, p. 60. — XIII : Cognizioni apparenti più pratiche delle reali, p. 67. — XIV : Imperfezione della favella sulle cognizioni reali, p. 73. — XV : Imperfezione della favella motivo dell’eloquenza, p. 77. — XVI : Eloquenza come nociva alle cognizioni reali, p. 82. — XVII : Dell’eloquenza sulle cognizioni apparenti, p. 88. — XVIII : Dell’eloquenza sulla cognizioni reali, p, 94 — XIX : Delle traduzioni dell una all altra favella, p. 100. — XX : Epilogo e conclusione, p. 100.

1. — De telle sorte qu'il n’y à plus en réalité aucun rapport entre l’Essai sur l'Homme et sa Préface devenue totalement étrangère à la traduction entreprise. Par contre, de l’avis de son auteur lui-même, ses Réflexions ne seraient pas sans utilité. « ….ô giudicato… di stendere tutto ciô che sul detto proposito di lingue, e di cose per esse espresse mi si presentava alla mente, in un Trattato completo, e inteso a questo espressemente ; il quale cosî non a più che fare colla traduzione suûdetta, ma à molto che fare per quanto mi sembra colle maniere di pensare sugli studj, sulle cognizioni umane, sugli affari comuni e sulla Religione medesima.. » Rifless. sugli Ogg. apprens., Avviso al Lettore.

2. — Le Saggio sulla Filosofia delle Lingue fut publié à Padoue en 1785, et réimprimé à Vicence en 1788 avec une adjonction : Ragionamento all’ Arcadia. Nous renverrons, pour les références, au vol. I des Œuvres de Cesarotti, éditées à Pise en 1800.

esprit, et qui serviront de base à son intelligence '. Le langage ainsi défini, désignant par des mots ou des sons divers ces impressions ou images et ces objets, permettra à chacun de transmettre aux autres les aspects et les combinaisons que les objets ont suscités en !ui. Mais — ce qui explique les recherches d’ordre psychologique qu’Ortes tentera — ces images et impressions combinées et communiquées au moyen de la parole sont intimement liées aux sentiments dont elles sont la source ?. En somme la Philologie, pour Ortes comme pour Vico*, embrasse non seulement l’histoire des langues ou des littératures, mais aussi l’histoire des idées et des faits, et même de la philosophie et de la politique.

Les diverses impressions faites sur le cerveau pourront être désordonnées ou confuses : on se trouvera alors en présence d’une sorte de folie. Elles pourront, au contraire, être rassemblées et combinées mais sur les seules apparences d’un petit nombre d'objets particuliers : elles seront alors génératrices d'erreur. Enfin, groupées avec discernement, basées sur l'observation d’un grand nombre d'objets, ne se contentant plus des simples apparences, elles permettront de réaliser la vérité, ou raison commune * On se trouverait donc en présence de trois degrés de conception : la folie, l'erreur, la vérités.

1. — « La favella nell’uomo è quel dono ch’egli à di comunicare ad altri le immagini presentate al suo cervello dagli oggetti esterni, e quivi combinate in più modi dalla facoltà intellettiva.… » ÆRifless. sugli Ogg. apprens., chap. I, $ I, p. 1. C’est le processus que nous avons vu dans les Sciences Utiles et Agréables. (Supra, 8 III, p. 117, 118).

2. — Rifless. sugli. Ogg. apprens., chap. I, $ II, p. II in fine, III princip.

3, — Par Philologie, Vico n’entend pas seulement, on le sait, l'étude des mots et de leur histoire ; mais les mots étant associés aux idées des choses, il entend l’histoire des choses, d’où le philologue ne doit ignorer ni les guerres, ni les paix, ni les alliances, ni les voyages. Il doit être au courant du commerce, des coutumes, des lois, des monnaies ; il doit connaître la géographie et la chronologie, bref tout ce qui concerne la vie humaine. Voir au surplus B. Croce, La Filosofia di G. B. Vico (Traduct. H. Buriot-Darsiles et G. Bourgin), II, La seconde forme de la Gnoséologie vichienne, p. 33.

4. — Rifless. sugli Ogg. apprens., chap. I, $ IL, p. III et IV.

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