‹ Giammaria Ortes Un Vénitien du SettecentoChapitre 71 sur 197 · Cf. Supra, chap. III, 8 IV, p. 135 et n · texte numérisé non relu

Cf. Supra, chap. III, 8 IV, p. 135 et n

4, — Cesarotti concluait du reste : « la lingua scritta dee aver per base l’uso, per consigliere l’esempio, e per direttrice ia ragione… » Saggio sulla Filos. delle Lingue, part. I (Opere, &. I, p. 35). Cela était loin de la faire dépendre de ce qu’il appelait avec quelque dédain le « Tribunal des Grammairiens » (Jbid. p. 34).

5, — Supra, chap. III, $ IV, p. 142 et aux notes.

ques » et s’embrigadât, pour la restauration des Lettres italiennes, parmi ceux qui luttèrent le mieux contre la gran fanciullagine du Siècle :.

1. — Bien que ce soit question familière à tous les italianisants, il n’est peut-être pas inutile de rappeler ici brièvement le rôle, l'influence et les tendances de l’Arcadia au cours du Settecento. Pour répondre à la ferveur intellectuelle de la seconde moitié du xvir* siècle, les gazettes italiennes, trop souvent éphémères, les réunions privées, les Académies particulières étaient notoirement insuffisantes. Il vint alors à l’idée de quelques bons esprits de fonder une grande association littéraire pour rayonner sur l'Italie entière et régir le style, comme la Crusca, à Florence, régissait la langue. C’est ainsi que, sous la haute protection du Pape Innocent II, l’Arcadia fut créée à Rome, l'an 1690. Elle se développa d’abord rapidement et compta parmi ses membres Clément XI, qui venait de ceindre la tiare ; la reine de Pologne, son fils ; les princes de Bavière, de Toscane, de Parme; le duc de la Mirandola ; quarante-six cardinaux ; des centaines d’évêques, d’archevêques, de prélats; toute la noblesse italienne et celle d’outre-Alpes. Mais cette réaction originelle contre la rudesse du Seicento tourna vite à l’exagération.

Il ne suffit pas, en effet, de combattre le mauvais goût dans les mots. Il faut encore le bannir des idées. Or, le meilleur moyen de réagir contre des idées fâcheuses est de leur en substituer de nouvelles, préférables. A cet égard, l’Arcadia faillit à la tâche entreprise. Elle porta tous ses efforts sur les vocables. Elle remit en honneur la poésie idyllique de Théocrite et, avec elle, toute la mollesse et la mièvrerie d'expression, caractéristiques de la vieille société italienne. Elle provoqua, sans plus, un dilettantisme facile ; imagina des thèmes et des motifs impersonnels et collectifs ; édicta des canons que personne n’osait contredire. Il en résulta l’uniformité de la pensée, du style, des mots, preuve d’indigence et d’'infériorité. Avec les plus louables intentions, elle exténua l’Art en pastorales sans couleur. Elle instaura la pédanterie. Elle fut hostile à toute nouveauté. Elle se cantonna dans les images classiques. Les déités, les bois, les fleuves, la Mythologie entière connurent une vogue aveugle, exclusive de progrès et d'indépendance. L’imitation fut reine. Elle suffisait à tout et tenait lieu de tout. Métrique eti mémoire, ou mieux mémoire et métrique, voilà les vraies — et les seules — qualités du poète arcadien. La fantaisie créatrice est tarie, mais demeure une esthétique traditionnelle et immuable. La veine artistique n’est plus générosité, ardeur, force, liberté, mais formalisme, correction, minutie. C’est le triomphe de l'artificiel, même dans les paysages dont la solitude et le silence, devenus à la mode comme au temps d'Horace — Amat nemus et fugit Urbem — sont décrits avec les clichés habituels sur les bosquets, les sources, les troupeaux, le son des cloches, les chants de voix alternées… Aussi, après une période de vie intense, l’Arcadia, dès 1725, déclina. Le classicisme de Parini et de Monti rejetait des Lettres italiennes sa virtuosité harmonieuse et languide. Et ni Rolli,

Adversaire de l’Arcadia, Ortes ne l'était pas moins de l’Académie de la Crusca, comme du reste des Académies en général !, si nombreuses en Italie au xvirr siècle, non point parce qu’elles étaient dépourvues de toute utilité ?, mais parce qu’elles avaient trop tendance à aduler leurs généreux Mécènes*. Sa théorie, si rationnelle, de l’évolution des langues ne pouvait guère, en effet, se concilier avec les règles impératives de la Crusca .

ni Métastasio, ni Frugoni, ni Algarotti, ni Bettinelli ne purent éviter cette issue. Au surplus, sur la fondation, le but et les progrès de l’Arcadia, voir : l’Arcadia del canonico Gio Maria Crescembeni, custode della medesima Arcadia di nuovo amopliata e pubblicata, in Roma 1711; l’Arcadia de Morei, dans Le Tre Arcadie, ovvero Accademie Pastorali di Messer Jacopo Sannazzaro, del canonico B. Menzini, del sig. Abate Michele Giuseppe Morei, raccolte per la prima volta, Venezia 1745 ; plusieurs opuscules réunis à la suite de l'ouvrage de Crescimbeni La Bellezza della volgar Poesia, in Venezia MDCCXXX.

1. — Sur les Académies agraires, voir LAMPERTICO, Giam. Ortes e la Scienza econ. al suo tempo, p. 171 et suiv. 2. — « le Accademie son utili per congregare i Letterati

affinchè si riconoscan fra loro, e in tal guisa sian riconosciuti della nazione e sian ad essa utili.… » Delle Scienze Utili e delle Dilett., chap. XXII (Op. varie autogr., Marciana, It. class. IT, cod. CXXXVIII, fo 266 verso ; CusTopt, ouv. cit. t. XLIX, suppl, p. 289).

3. — « nelle presenti Accademie di Letterati, il cui studio principale è quello di adulare i loro Mecenati anche ne’ lor difetti per ritrarne maggiori pensioni, ed essere pure per ciô che per esse non si consegua l’effetto suddetto di rendersi le scienze più rispettabili al popolo e più utili alla nazione. » Delle Scienie Utili e delle Dilett., chap. XXII, (Op. varie autogr. Marciana, ibid., fo 266 verso ; Cusropt, ouv. cit., t. XLIX, suppl, p. 290).

4. — Les grands écrivains italiens du xv*° siècle, comme Dante, Pétrarque, Boccace, étaient Toscans. Au xvr siècle, le Cardina! Bembo, latiniste de beau talent et italianisant aussi pur que les Maîtres du siècle précédent, soutient que la perfection de la langue italienne réside dans ce qu’il appelle la foscanità. Cette théorie, combattue par Balthazar Castiglione et Machiavel — ce dernier se plaçant au point de vue florentin — prévalut. Florence fut alors considérée comme le berceau de la langue italienne, et l’Accademia della Crusea fondée. Elle exerça, désormais, une véritable tyrannie sur la langue. Au xvint siècle, la lutte reprit. Gravina, fondateur de l’Académie des Arcades, proteste contre la prédominance imposée du Toscan. Girolamo Gigli suit son exemple. Reprochant aux florentins « de tenir boutique de la langue et de forcer les autres à acheter du pain moisi

Par ces remarques d’ensemble on comprendra mieux la place, modeste peut-être, mais effective, qui revient à Ortes dans le perfectionnement de la langue italienne. Il s’est toujours efforcé de suivre scrupuleusement les principes que nous venons d'exposer. C’est à eux, du reste, qu’il doit ces qualités réelles que nous rencontrons dans ses écrits, qu'ils soient scientifiques, philosophiques, économiques, historiques, juridiques: ou plus spécialement littéraires. Partout il s'exprime avec clarté. Parfois sa démonstration est lente, pénible, mais, à bien prendre, ce n’est pas tant affaire d'exposition et de termes, qu’exigence d’idées et de raisonnement. C’est cela qui rend son < mélange » malaisé à digérer ?. D'ailleurs, dans ses ouvra-

tandis qu’ils ont à vivre largement chez eux », il oppose à la Crusca le Vocabolario cateriniano — de Catherine de Sienne — qui fut brûlé par le bourreau. Le branle est donné. Le Caffé, à Milan, sape l’autorité de la Crusca. Bettinelli et Algarotti mènent à leur tour le combat. Cesarotti, avec son Essai de la Philosophie des Langues (1785) invoque l'autorité de du Bellay et de Montaigne pour défendre l’évolution linguistique, et formule son fameux axiome : À cose nuove, parole nuove. Voir, au surplus, Saggio sulla F'ilos. delle Lingue, part. IV (Ovpere, t. I, p. 199 et suiv.). Sa tendance, comme il le précise dans sa Lettre au Comte Napione est, en effet, « di toglier la lingua al despotismo dell’ autorità, e ai capricci della moda e dell’ uso, per metterla sotto il governo legittimo della ragione e del gusto… » (Opere, t. I, p. 291). Cf. également le Saggio sulla Filosofia del Gusto all’ Arcadia di Roma, (Opere, t. I, p. 301 et suiv.). Baretti luimême prend part à la querelle. Voir Discussioni letterarie, $ $ IV, V, VI, La Frusta letteraria e scritti di Giuseppe Baretti, vol. II, p. 360 et suiv.

1. — Les conceptions juridiques d’Ortes, éparses dans son œuvre sont trop peu coordonnées, et surtout trop peu importantes pour justifier une étude spéciale. Indiquons simplement qu’il considérait le raisonnement comme la condition essentielle de la responsabilité ; qu’il était partisan de la diversification des lois suivant les climats et les races (Rifless. sulla Popolaz., chap. VI, CusTopr, ouv. cit., p. m,., t. XXIV, p. 47 in fine et 48 ; Chap.XT, ibid., p. 75 et suiv.). Dans une Lettre à Ciani, il indique la façon, à son avis la meilleure, de terminer « sûrement, rapidement et économiquement » les procès : c’est de recourir aux cas de conscience. Mieux vaudrait, d’après lui, recourir à un théologien qu’à une foule de procéduriers qui pillent le plaideur. Il reconnaît, toutefois, que ce procédé n’est guère de pratique courante. Lett. XXXVI, du 28 février 1784 (CUSTODI, ouv. cit., ibid., p. 427 et 428).

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