‹ Giammaria Ortes Un Vénitien du SettecentoChapitre 74 sur 197 · I. — LES LAMENTATTONS DE JÉRÉMIE PROPHÈTE · texte numérisé non relu

I. — LES LAMENTATTONS DE JÉRÉMIE PROPHÈTE

I.— Le poème des Lamentations de Jérémie? est écrit en versi sciolti, fort usités au xvirr° siècle, non rimés et hendécasyllabes, correspondant à nos vers français de dix pieds, le onzième pied comprenant la syllabe muette finale 4 Ces sortes de « Lamentations » étaient très à la

1. — Nous donnerons cependant une analyse succincte de la quatrième — Manlius Capitolinus — (Infra, p. 287, n. 3).

2. — I Treni di Geremia Profeta, ridotti in versi italiani. (Opere varie autogr., Marciana, It. class. II, cod. CXXXVIII, f* 210 à 219, recto et verso). Le folio 220 porte, de la main d’'Ortes, la mention : « Dal mio studio in Calle del Carro, in di 9 Agosto 1751 ». Ce serait donc une exception à ce qu’il dit dans son Avis au Lecteur précédant ses Sonnets, où il affirme que tous ses vers auraient été écrits avant 1750. (Voir Infra, II, p. 210, n. 4). Ce poème compte 552 vers divisés en cinq chapitres. Le chapitre I (f* 210 recto à 212 recto) compte 136 vers ; le chapitre II (f* 212 verso à 214 recto) 125 vers ; le chapitre III (f°° 214 verso à 216 verso) 134 vers ; le chapitre IV (f* 217 recto à 218 verso) 97 vers ; le chapitre V qui porte le titre : Orazione di Geremia Profeta (fo 219 recto et verso) 60 vers.

3. — En 1758 était publié à Venise les Versi sciolti di tre eccellenti moderni scrittori.

4. — La césure des hendecasyllabes italiens se place non seulement après le quatrième pied comme en français, mais après le sixième ad libitum. La syllabe précédant la césure est toujours fortement accentuée. L’hendecasyilabe est le vers de

mode en Italie dans la deuxième moitié du Settecento:. Ortes semble, du reste, avoir réalisé dans ses Treni moins une œuvre poétique qu’un écrit politique lui permettant d’exalter ses rancœurs et ses regrets de la décadence de Venise.

On ne peut, en effet, n'être pas frappé de certains rapprochements surtout quand on connaît les sentiments d'Ortes, sa fierté du passé de la Dcminante, son attachement à sa Patrie, l'immense contraste qui existait entre ses idées et celles de la société vénitienne frivole et dissipée de son temps.

C’est ainsi que les premiers ver: révèlent son amertume profonde. Venise, comme la Jérusalem du Prophète, « jadis pleine de peuples et de richesses », gît repliée sur elle-même. Comme Jérusalem, elle à naguère « imposé sa seigneurie puissante sur maintes provinces »°. Et l’on comprend que ce passé d’orgueii et de force comparé à la situation diminuée présente provoque le désespoir d’Ortes, sinon de Venise qui s’accemmodait parfaitement, dans les plaisirs d’une décadence dissipée, de ne connaître plus que « des jours de calamité » et « l’universel massacre de ses antiques espérances » #,

la Divina Commedia, du Rolando Furioso, de la Gerusalemme Liberata. Toutefois, dans les poèmes classiques, les vers sont rimés.

1. — C’est aïinsi que Visconti Carlo publia deux ouvrages à ce sujet : Treni sive Lamentationes et Oratio ac Prophetia Jeremiæ Profetæ justa sensum ad litteram ex varis Expositoribus illustratæ usque ad caput XVI; — Li Treni, ossiano Lamentazioni di Geremia coll orazione iradotta in italiano ad litteram del medesimo, 1774.

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