‹ Gianmaria Ortés: Économiste Vénitien 1713-1790Chapitre 101 sur 155 · Des différentes catégories de numéraire · texte numérisé non relu

Des différentes catégories de numéraire

Ortes distingue trois catégories de numéraire : le numé-

raire compté (danaro computato); le numéraire effectif.

(danaro effethivo); le numéraire nombré ({danaro numerato). Le premier équivaut à tous les biens possédés, il représente le capital national 1. Le second est constitué par la monnaie circulante; et sa quantité varie, notamment avec la rapidité

de circulation du numéraire ?. Enfin, le dernier constituerait.

la commune mesure à l’or et à l'argent’. Le numéraire «nombré » offrirait cette particularité d'augmenter sans cesse, d’abord parce que les biens s’échangent contre toujours plus de numéraire effectif, ensuite parce que ce numéraire effectif — ou les métaux précieux qui le représentent — étant limité, l'accroissement de la numération de l'argent est mévitable. A compter toujours plus d'argent pour payer les mêmes biens, on arrive bientôt à l’équivalence exacte, et, comme il n’est plus possible de les échanger contre davantage de métal précieux qui fait défaut, on les échange contre un plus grand nombre d'unités monétaires, nombrées sur ce même métal #.

Opérations artificielles sur les monnaies. — L'Alliage. — L'accroissement du numéraire nombré met précisément dans

1. Econ. nazion.,‘liv. VI, chap. XIX (Cusropti, ibid., p. 388, 389).

2. Econ. nazion., iv. VI, chap. XX (Cusropi, 2bid., p. 394). — Ortes estime que l’or et l'argent peuvent être échangés jusqu’à six fois dans l’année. Il évalue le métal précieux non monnayé, part importante du numéraire effectif, au double environ du métal monnayé (ibrd., P. 399). :

3. Econ. nazion., Liv. VI, chap. XXI (Cusropt, 1bid., p. 400). 4. Ibid, p. 402. à

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l'obligation de recourir à des opérations artificielles sur la monnaie. Elles ne sont donc pas toujours arbitraires, mais souvent nécessaires, vu l'impossibilité dans laquelle on se trouve d’accroître sur la même masse d’or ou d'argent ! le nombre d'unités monétaires sans diminuer dans les pièces la quantité de métal précieux : c’est une justification de l’alliage ?.

La monnaie fiduciaire. — Par suite du retrait pré-signalé

de la circulation d’une partie des métaux précieux et des:

difficultés d'échange qui en résultent, on a dû recourir à du numéraire différent : le cuivre, le papier. Ce nouvel instrument d'échange, théoriquement comparable à l’ancien, puisque lui aussi signe de valeur, est en fait moins parfait que

l’autre, parce que moins apprécié, et ne peut guère être uti-

lisé pour les échanges internationaux. C’est là, d’évidence, 4 \

un inconvénient grave en tant qu'équivalent des occupations 3. L 5 P

Cette infériorité provient du défaut de valeur imtrinsèque de ce numéraire nouveau, et de sa quantité indéterminée, ce qui le rend en principe impropre à équivaloir des biens déterminés par les occupations. Voilà pourquoi Ortes considère comme une utopie la recherche d’accroissement du numé-

1. On pourrait s'étonner de voir Ortes parler de la même masse

. d: métal précieux sans tenir compte de la production minière. Mais

il convient de rappeler qu’il a noté la tendance des métaux précieux à devenir de plus en plus rares PAT rapport aux échanges (supra, 3, Le un . Econ. nazion., liv. VI, chap. XXII (Cusropt, ibid., p. 407). — C? Le ainsi, par exemple, qu'un sou pouvait contenir autrefois 1/40 d’or du sequin ou 1/20 d'argent de l’écu. Plus tard, par suite de l’accroissement du numéraire nombré, il ne peut pus. contenir, à l'évaluation de Ortes, que 1/440 d’or ou 1/220 d'argent : l’adjonction d'un métal non précieux permettra la transformation. De la sorte s “expliquerait la disparition des petites monnaies, vu l'impossibilité d'en pouvoir exprimer la valeur. Ortes fixe le rapport de l'or et de l'argent à 1/15 environ (ibid., p. 411, 412). Carli avait proposé 1/14,5. 3. Econ. nazion., Liv. VI, chap. XXIIT (Cusropt, ibid., P. 415).

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raire normal par la monétisation du papier ou de tout autre matière vile 1.

Cette valeur fiduciaire ainsi créée n’est point sans utilité cependant aux yeux de Ortes. Il la considère, comme Genovesi?, parfaitement régulière lorsqu'elle représente des valeurs réelles, encaisse ou biens #. Dans le cas contraire, tout numéraire à seule valeur nominale serait nuisible, d’après lui, au numéraire réel, entraînérait une diminution des occupations. Il est vrai que cette éventualité ne lui semble guère pouvoir se produire que lorsque l'échange de la vraie monnaie contre la monnaie fictive deviendra difficile par suite de l’excès de cette dernière. Pressentant en un mot l'avantage de la circulation fiduciaire, il ne s’attarde guère, par prudence, qu'aux seuls dangers qu’elle présente.

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