De l’Intérét
Il peut arriver, remarque Ortes, qu'un occupé ait consommé plus de biens que n’en comportaient ses rentes. S'il ne veut pas déchoir de son état économique, il devra demander à un occupé disposant d’une réserve inutilisée le surplus qui lui est indispensable. Il deviendra ainsi débiteur, et devra payer intérêt 4.
Cet intérêt, dit Ortes, contrairement à Aristote et aux théoriciens du xrtre siècle, est parfaitement légitime 5. L’argent est, en effet, l'équivalent de biens ou de terres produc-
Econom. nazion., Iv. VI, chap. XXITT (CusroDi, sbid., p. 418). Part. I, chap. I, $ 11, 1, supra, p. 24, note 8.
Econ. nazion., iv. VI, chap. XXIV (Cusropt, ibid., p. 419). Econ. nazion., Liv. VI, chap. XXV (Cusropi, 5bid., p. 429, 430). . Nous signalons en passant l'erreur commise par Ingram, .qui présénte Ortes comme hostile au prêt à intérêt (History of political Economy, p. 77).
SOUERRS AD EE
LES IDÉES i7i
üves de biens. Or, la rente demandée en échange d’un prêt se rattache non pas à l'argent lui-même objet du contrat et richesse imaginaire, mais aux biens, richesse réelle dont il est la représentation. L’emprunteur, en un mot, avec l'argent à lui confié deviendra une sorte de secondaire faisant prospérer le capital d’un primaire !. Il suffira, pour sauvegarder l'équité, que l'intérêt n'excède pas la rente touchée par le débiteur, et que les risques soient à la charge du créancier ?.
Au strict point de vue économique, l'intérêt, cependant, serait chose absolument irrégulière. Si l’argent prêté à intérêt est consommé par l’emprunteur en biens équivalents, il n’en tirera que de la perte puisqu'il perd la rente du capital des biens sur lesquels il assure son créancier, occupé primaire. S1 cet argent est échangé par le débiteur contre des biens sur lesquels 1l acquiert une rente en qualité de primaire, il y aura alors concours de deux occupés primaires et d’un secondaire, d’où diminution au tiers d’un produit normalement de moitié ?.
Autre remarque: l'intérêt de l'argent n’exige, contrairement à la rente, aucune occupation du créancier. Il semblerait donc préférable à la rente elle-même. Il n’en est rien. Il ne faut pas oublier, en effet, que le rentier d'argent — les biens, nous le savons, s’échangeant contre toujours plus de numéraire — se trouvera, avec le temps, avoir en main de moins en moins de rentes. Le rentier de biens, au contraire, se trouvera acquérir de plus en plus d'argent *.
1. Econ. nazion., liv. VI, chap. XXVI (Cusropi, 2btd., p. 432, in fine, 433, princip.).
2. Tbid., p. 434, 435. j pl à 3. Econ. nazion., liv. VI, chap. XXVII (Cusropt, 2bid., p. 437,
4. Econ. nazion., liv. VI, chap. XXVIII (Cusropt, ibid. P. 444).
172 GIAMMARIA ORTÉS
$ 11. — De l'Impôt.
Comme la plupart des Économistes ses contemporains, Ortes n’a pas négligé la question de l’impôt. Il en parle incidemment au sujet du surenchérissement de la vie, mais il aborde directement la question dans deux lettres à G. Cesare della Somaglia ? et à Michele Ciani ?.
Le principe de l'impôt, partie des rentes particulières donnée au souverain pour l'utilité de la nation #, est juste, dit-il, tant qu'il a pour but de récompenser l’administration de la justice et l'observation des lois 5. Dans ce cas, l'impôt ne peut être que consenti par le peuple, et le souverain n’aura aucune gêne pour rendre compte de son emploi: le consentement commun est en effet la caractéristique de l'utilité générale 6.
L'impôt devient au contraire illégitime et condamnable quand il touche les charges économiques de la nation que l'État croit à tort devoir assumer’. Les primaires suffisent en effet largement pour répondre aux exigences communes #. C'est en ne voulant pas l’admettre que le gouvernement,
1. Lelt. in propos. della Econ. nazion., lett. XV, précit. (Cusropt, p. m., tom. XXIII, p. 238 et suiv.).
2. Lett. XXI, précit. (Cusropt, tom. XLIX, suppl., p. 141 et suiv.).
3. Tre Lett. a Michele Ciani, lett. ITT, 29 août 1778 (CusroDt, p. m., tom. X XIII, p. 359 et suiv.).
4. Tbid., p. 360. À rapprocher de la définition de Galiani, part. I, chap. 1 $ 11, 1, supra. p. 23.
5. Lett. in propos. della Econ. nazion., lett. XXI, précit. (CUSTODI, tom. XLIX, suppl, p. 141, in fine, et 142, princip.),
6. Cf. part. I, chap. II, $ 11, C, supra, p. 86, note 6.—C’est encore ce qu'il dit dans ses Riflessioni sulla Popolaz., chap. XVII, Drincip. (CUSTODI, p. m., tom. XXIV, p. 106).