‹ Gianmaria Ortés: Économiste Vénitien 1713-1790Chapitre 3 sur 155 · LE MILIEU POLITIQUE ET ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

LE MILIEU POLITIQUE ET ÉCONOMIQUE

les cargaisons, emmènent les équipages en esclavage. Les succès brillants des galères vénitiennes, toscanes ou génoises ne parviennent point, parce qu'isolés, à refréner l’audace des forbans.. Et l’on est réduit à élever des tours de veille sur les rivages pour signaler la venue des pirates et permettre aux populations de s'enfuir vers l’intérieur des terres avec leurs biens les plus précieux. Les ports eux-mêmes, devenant un danger, sont ensablés ou fermés par ordonnance royale.

Des famines terribles, causes de violents désordres, éclatent fréquemment. La cupidité des accapareurs — surtout pour les grains — se donne libre carrière, ameute la colère populaire... et les gouvernements n'interviennent guère que si des taxes rémunératrices les en doivent récompenser.

La vileté des prix, l’absence de liberté qui entrave le travail, le défaut de concurrence dû à la mainmise rigoureuse des corporations sur les diverses branches des arts et des métiers !, découragent toute activité industrielle. Le manque

| de capitaux se fait d’ailleurs lourdement sentir et les rares privilégiés qui en pourraient disposer sont réduits, par les lois prohibitives du prêt à intérêt, à conserver leur numéraire improductif dans leurs coffres. Quelques juifs, qui tentent timidement de faire fructifier leurs richesses, paient souvent cette audace du prix de leur fortune et du bannissement.

Les finances sont dans un état déplorable. C’est le régime de l'arbitraire. Les latifondi, cause inévitable du non-rendement des terres, constituent aussi la plus criante des iniquités. Alors que les quelques toises laissées aux vilains sont

1. Elles vont jusqu’à prohiber l'entrée des étoffes, l'achat des bijoux étrangers. Le gouvernement de Marie-Thérèse s'occupe même des dépenses des funérailles; exige que, durant les six semaines du deuil, les femmes ne changent que deux fois de costume; condamne à trois traits de corde ou à une amende de 50 sequins l’emploi dans la con-

À : ml fection des perruques de fils d'argent ou de fer en guise de cheveux !..,

grevées de, censives, de décimes, de gabelles, de charges de toutes sortes, la très grande majorité, pour ne pas dire la

totalité, des grands domaines ecclésiastiques ou nobles sont,

francs d'impôts. Ils ne payent aucun tribut à la Commune ou à l’État. Ils jouissent des immunités les plus larges. La capitation elle-même, qui devrait frapper tous les sujets, apparaît comme une prime à l’oisiveté, puisque dans certaines régions quiconque vit noblement, c’est-à-dire sans rien faire, en est exempt. Et le poids entier des taxes retombe sur les pauvres qui sont découragés du travail, tout bénéfice Jeur échappant pour alimenter le Trésor. Voilà pourquoi chez la plupart des Économistes italiens du siècle, Galiani!, Filangieri”, Genovesi *, Verri* notamment, l’un des soucis dominants est l’établissement d’un équitable système financier.

On le voit donc, tout s’opposait à la prospérité économique : concentration des terres aux mains d’'incapables; tyrannie

rigoureuse des maîtrises; manque de concurrence; défaut de :

technique industrielle, de procédés chimiques et mécaniques; lois restrictives de la production et de la consommation; absence de liberté commerciale, d'égalité civile ; charges fiscales

considérables; monopoles nombreux et vexatoires; supersti-.

tions enracinées ; incapacité et prodigalité des maisons royales et dirigeantesÿ. «(Dans aucun temps, comme le dit Zanellaf,

la parole n'eut à combattre une bataille aussi glorieuse et plus féconde en utiles triomphes pour le genre humain. »

Tnfra, AI 1 p 4145823, 0010:

Infra, XI, ï, p. 15, n. PA22 40: INT A NT TD 28 An M + Infra, 1,2 pen à . Cf. à titre documentaire le tableau que Nr Genovesi du royaume de Naples : Lezioni di Economia civile, part. I, chap. XXII (Cusropr, p. m., tom. VIII, p. 211 et suiv.).

6. Storia della letteratura italiana della meta del Settecento ai giorni nostri, p. 62. I

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LE MILIEU ET LE PERSONNAGE Hat

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