‹ Gianmaria Ortés: Économiste Vénitien 1713-1790Chapitre 51 sur 155 · Tbid., p · texte numérisé non relu

Tbid., p

Ta Ibid. P- 275.

LE MILIEU ET LE PERSONNAGE 8r l'enfant ne donne son estime qu'à ceux-là seuls qu'il en reconnaît dignes pour les voir estimés et aimés des autres1. Le moyen le meilleur d’assurer ce résultat, de permettre en même temps aux maîtres d'accomplir leur tâche comme il convient, serait de les prémunir contre toute pression dans leur enseignement, c'est-à-dire de les mettre sous la dépendance exclusive de la nation pour l'utilité de laquelle les jeunes générations sont instruites ?, en un mot, dans

le système de Ortes, de réserver aux religieux le rôle d’éducateurs ?.

Psychologie, Physiologie. — Ortes s'applique surtout à rechercher en psychologie les causes déterminantes des phénomènes sociaux. C’êst ainsi qu'il donne à la déformation naturelle des populations nationales une double cause psychologique : la crainte, l'ambition #, — et, à ce dernier point de vue, il signale l'influence du physique sur le moral.

1. Delle scienze utili e delle dilett…., chap. XX (Cusropt, tom. XLIX, suppl., p. 276. de

2. C'est pour cela que Ortes s’insurgeait contre la pratique qui allait se généralisant à Venise à son époque, de confier l'éducation des enfants à des précepteurs dépendant étroitement du père de famille.

3. Le gouvernement, en effet, d’après Ortes, doit assumer la charge de l'éducation. Or, dans le gouvernement, comme nous le vérrons (infra, p. 87), il v a deux autorités, l’une de raison, l’autre de force. La première persuade, la seconde impose. C'est donc celle-là qui devra régner dans les Écoles; par conséquent, les religieux, ministres de cette autorité de raison, devront avoir la charge d'instruire les jeunes. (Chap. XXII) (Cusroni, 1bid., p. 203, 204). — Sur l'éducation, voir encore le chap. XXIV (ibid., p. 299) et la curieuse lettre que Ortes écrivit à Marco Lastri, lettre rapportée dans LAMPERTICO (op. cit, p. 161) et citée partiellement plus loin (part. II, chap. I, ect iSir:B,:p'132, note 3): 1e

4. Riflessiont sulla Popolaz., chap. 1X (CusrTopi, p. m., tom. XXIV, p. 09) ; ie à

CR TAES il passare gli uomini dalla ragione all ambizione non è che effetto di un sangue più fervido che bolle nelle lor vene e d'uno spirito più pronto che scorre net loto nervi. » (Lett. sulla Relig:e il Gotern.., lett. XIV, précit.) (CUSTODI, p. m., tom. NN pen)

82 GIAMMARIA ORTES

__ Nous venons d'indiquer, et il convient de le rappeler ici,

son étude de la psychologie de l’enfant. Dans son Ragionamento sur les sciences utiles et agréables, à chaque instant -on rencontre des observations pénétrantes, curieuses parfois, intéressantes toujours, comme lorsqu'il parle notamment de l'imagination, de son rôle vis-à-vis de l'intelligence 3 ou disserte de la félicité humaine ?.

Les considérations d’ordre physiologique lui sont tout aussi familières, et il suffit pour s’en convaincre de lire son curieux ouvrage sur les Plaisirs et les Douleurs. D’après son système, plaisirs et douleurs dépendraient de la plus ou moins grande extension des fibres, mortes ou vives de notre organisme, de leur nombre, de la plus ou moins abondante circulation qui s’y fait, tout se résolvant, en définitive, dans une question d'équilibre ? : il reprend en somme la théorie de Montaigne, Cardan, Locke, Leïbnitz, Hume, sur la nature du plaisir et de la douleur.

Politique. — Si l'influence politique de Ortes ne fut pas considérable, elle méritait cependant de produire quelques fruits. Il eut, en effet, des idées heureuses, souvent osées, qui rachètent ses contradictions. Pour Ortes, le Gouvernement des peuples, la Religion et l'Économie nationale constituent trois grandes idées — fre argumenti — qui semblent n’en former qu'une seule, tant elles s’enchevêtrent et se pénètrent dans

1. CË. Delle scicnze utili e delle dilett., chap. IL (Cusroptr, p. m., Feu XXIV, p.131); Chap. XI (ibid., p. 181); chap. XIX (sbid., p. 213). Chap. XXVIIT (Cusropi, ibid., p. 237): chap. XXIX (ibid., P. 243) chap. XXX (ibid., p. 250).

. Cf. par exemple Calcolo de’ nie e de” Dolori..…., $ 1 (Cusropi, p. 7 tom. XXIV, p. 288 et suiv.); $ 11 (2bid., p. 291); $ 1v (ibid. P. 304 et suiv.); $ v (2brd. D1309 "ST0; — Verri devait reprendre la même thèse dans son Discorso sull’indole del piacere e del dolore (Bouvy, ouv. cit., chap. I, $ 1, p. 34 et suiv.).

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son esprit et dans son œuvre !. Dans la vie des nations opprimées et tourmentées par l'ignorance de leur vrai bien, dans la prédominance des classes privilégiées, il puise un stimulant toujours nouveau pour son génie et son courage. Conduire le peuple à la civilisation par le moyen des progrès matériels, tel fut le but politiquement envisagé.

A son avis, le gouvernement le meilleur — et cette idée devrait être tout

ne lui est pas absolument personnelle ?

à la fois démocratique et aristocratique ? : il le désigne du qualificatif barbare de « democratistocratico » *.

En politique, Ortes préconise surtout la liberté, ce « sentiment général et inhérent à la nature humaine »?. Dans la guerre de l'Indépendance américaine, il se déclare nettement pour elle: «Je suis né républicain, écrit-il, et je suis ecclésiastique de profession f.» Et il ajoute: «.… € percio poco persuaso delle massime delle corti correnii. »

La liberté, d’après lui, est le stimulant le plus actif du bonheur national ?, de l’accroissement des biens, de la popu-

r. Dei Fidecommessi (Lett. ai Novell. Letter. di Firenze, précit.) (CUSTODI, p. m., tom. KXVII p. 399).

2. Cf. F. Mario PAGano, Saggi politici dei principi, progressi e decadenza delle società, saggio V, chap. XV, XVIT.

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