‹ Gianmaria Ortés: Économiste Vénitien 1713-1790Chapitre 67 sur 155 · Infra, B, 1, p- 103 et Suiv · texte numérisé non relu

Infra, B, 1, p- 103 et Suiv

TO2 GIAMMARIA ORTES

clusion catégorique, à diverses reprises énoncée : l’impossibilité d'augmenter cette masse commune de biens, indépendante de toute initiative privée, la distribution des richesses entre particuliers étant œuvre absolument différente de la distribution effectuée en économie nationale 1. Une autre: tendance caractéristique de son ouvrage, c’est son obstination à démontrer l’équivalence exacte et la contre-partie nécessaire de la richesse et de la pauvreté ?. Mais ces erreurs pratiques sinon théoriques et quelques autres encore, il les a rachetées, nous le verrons, par des qualités réelles, des idées neuves, facteurs puissants de progrès.

Œuvre politique bien plus qu'économique, le traité Des Fidéicommis constitue exclusivement un essai de justification des privilèges de l’Église et du temporel ecclésiastique. Nous aurons par la suite l’occasion de vérifieren détail combien insuffisante et fragile est l'argumentation présentée, au prix de quelles contradictions, malaisément — et inutilement — Ortes s’acharne à soutenir une thèse injuste et par avance condamnée.

Enfin, les Réflexions sur la Population ont pour objet la recherche des moyens propres à réaliser dans l’État une population capable par son développement approprié, d’assurer, avec une puissance normale, la prospérité nationale. Les causes efficientes par Ortes indiquées comme seules susceptibles de maintenir adéquate cette progression désirée dénotent chez lui une clarté de conception et une largeur de vues qui le classent, cet apologiste obstiné de certaines iniques restrictions médiévales du droit de propriété, parmi les esprits les plus libéraux de son siècle.

1. Part. IT, chap. I, sect. I, $ Int, 1, infra, P. 140 et\141; 2, D. 143, Princip.; 3, p. 143 et suiv.

2. Nous savons qu'il avait spécialement écrit sur cette question un opuscule intitulé : Della eguaglianza delle vichezze e della povertà nel comune delle nazioni. :

B. NorioN ET MÉTHODE DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE D'APRÈS ORTES. — 1. L'Économie politique dans le système de Ortes. Son but. — Pour Ortes, l'Économie politique ou plutôt, comme il l'appelle, l'Économie nationale !, est l’art d'améliorer les substances nécessaires à la vie, de les rendre plus utiles et plus agréables, ce qui, d'après lui, serait la façon de quiconque de l’envisager et de la définir ?. Il se rapproche donc de Verri et surtout de Beccaria ?, maïs il restreint, tout au moins dans l'expression sinon dans la réalité, le but assigné à l'Économie politique par les Napolitains et notamment par Genovesit. — De cette définition il convient de rapprocher ce qu’il écrit plus tard, dans son opuscule sur l'Ingérence du Gouvernement, lorsqu'il dit — contrairement aux principes communément admis 5 — que le but vers lequel on doit tendre ne peut être autre que d'assurer une meilleure

1. Cette expression, dans son esprit, doit marquer que le gouvernement n’a rien à voir en Économie et qu'il s’agit de l'intérêt de tous et non de quelques-uns. — C'est en 1774 que Ortes employa l'expression « Économie nationale », communément usitée en Allemagne, parce qu’exprimant clairement le système’ de protection douanière que les disciples de List opposent à celle du « libre-échange », caractéristique de la politique économique de ‘Smith et des Anglais. — D'après Cossa (Introduzione allo studio dell Economia politica, p. 70), ce serait là une expression défectueuse, comme celle d’« Économie du peuple », qui impliquerait l'erreur «de rapporter les phénomènes de la science pure aux personnalités supposées économiques de la nation et du peuple, au lieu qu'au contraire elle doit étudier les faits multiples et réels auxquels donnent lieu les relations spontanées de commerce qui naissent parmi les différentes économies individuelles ou collectives,… même en dehors de toute influence ethnique ou politique ».

>. «Per Economia io intendo quel che intende ciascuno, cioè l’uso migliore da farsi delle sostanze necessarie, utili e piacevoli agli usi della vita... » (Econ. nazion., Disc. prelim., X) (Cusropt, p. m., tom. XXI, p. 28).

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