LIBERTÉ, TOLÉRANCE. REPRESSION
Dans cette monographie de la prostitution, j'ai, Monsieur le Préfet, dépeint les endroits ou j'avais vu, entendu, tout ce gibier de Saint- Lazare. J'ai atténué les horreurs de certains tableaux. Il en reste suffisamment pour permettre de juger le mal, si profond que l'œuvre de la police ne peut plus l'arrêter, encore moins le détruire.
Ce travail documentaire démontre aussi que la répression, en matière de débauche, est devenue illusoire. Les agents se heurtent à d'incessantes difficultés, et il faudra certainement adopter de nouvelles dispositions, si l'on veut que V immoralité réglementée vive encore. Son organisation semble aujourd'hui surannée, dangereuse, inutile, coûteuse, et l'impuissance de l'autorité, au point de vue de la morale et de la salubrité publiques, est un fait matériel ; elle n'a plus aucune action efficace sur les filles. Les passages, les squares, les jardins restent inter-
dits à la police et les agents ne doivent pas pénétrer chez le-î cabaretiers et chez les logeurs, connus pour favoriser habituellement la prostitution, sans la présence d'un magistrat de Tordre judiciaire. Les prostituées parlent comme les citoyens, de liberté individuelle, de violation de domicile, et ne consentent à suivre les inspecteurs que sur la vue d'un mandat d'amener.
Lorsque sur un ordre impératif, il s'agit d'entrer dans le domicile des filles se livrant aux racolages par les fenêtres, il ne reste plus d'autre moyen que celui d'en briser la porte. J'ai voulu le prouver, en racontant les faits et gestes de cette femme de la rue de la Victoire. La force publique l'ayant saisie et mise dans l'engrenage administratif, elle en est sortie plus indépendante que jamais, après avoir traversé les nombreux rouages qui le font mouvoir. Les emplacements défendus aux racoleuses sont justement ceux où elles se réunissent, et elles ne respectent pas plus les marches des églises, que le trottoir faisant face aux entrées des écoles laïques. Les poursuites contre les proxénètes se ralentissent, et cependant leur nombre va toujours en augmentant.
En 1855 on comptait 84 condamnations.
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La maîtresse de tolérance, pour se soustraire à une hiérarchie policière trop compressive, métamorphose sa maison en brasserie àfemmes, cabaret ou garni. Si son ancien établissement à la plus légère infraction était fermé, sa nouvelle industrie fonctionne librement, et les servantes remplaçant les filles ne subissent aucun examen sanitaire. La mère et la fille ne pouvaient se prostituer ensemble dans une maison tolérée, cela est possible chez les tenancières de brasseries qui, à leur tour, non contentes d'exploiter les prostituées, reçoivent ouvertement les mineurs des deux sexes. La prostitution monte, monte sans cesse, atteint des proportions considérables ; elle épouvante les célébrités médicales qui voient s'aggraver et s'accroître les maladies vénériennes, dont certaines variétés disparues de France depuis près d'un siècle, reviennent terriblement menaçantes pour la santé publique. Tout cela tient à ce que la débauche s'exerce partout avec licence. Filles soumises, insoumises, suivent le même mouvement d-e résistance, elles se moquent de la réglementation et c'est sur les instances des agents du service des mœurs qu'elles viennent maintenant à leurs visites. Ces mêmes agents, en conllit perpétuel avec les prostituées, hésitent à sévir, ayant conscience de leur intervention arbitraire qui repose sur des règlements modifiés selon le temps, la saison, le jour et la volonté des chefs qui les dirigent. Une raison sérieuse s'ajoute encore au peu de zole qu'ils déploient. Les filles de débauche mises en état
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d'arrestation sur des points interdits^ étant de suite relaxées^ se promènent le lendemain aux mêmes endroits et narguent les Inspecteurs, afîn de leur bien faire comprendre le peu de respect qu'ils leur inspirent. L'inégalité des punitions est des plus criantes. Qu'on en juge : Une fille soumise et une insoumise sont arrêtées pour le même motif et à la même heure. Qu'arrive-t-il ? La fille soumise sera punie de huit à dix jours de prison, tandis que l'insoumise obtiendra sa liberté. Une prostituée surprise à sa fenêtre est frappée de vingt-quatre heures de détention ; une autre ramassée sur la voie publique séjournera six jours à Saint-Lazare.
Il y a, je le sais, la Commission où elles peuvent adresser leurs réclamations. Quel est son rôle? Si on diminue la peine, c'est un blâme infligé au chef de bureau administratif; si on la maintient, elle devient inutile, et si on Taugmcntc, elle cesse d'être une garantie pour les filles. En résumé, on restreint le nombre de ces dernières par des punitions trop fortes et trop réitérées.
Les prostituées rigolent, comme elles disent, à cette commission. Les unes, comme remer-> ciments, s'appliquent leur pouce sur le nez et agitent les doigts tout en lançant quelque grosse ordure, les autres lèvent leurs jupes bien haut pour mieux faire la révérence au président.
Souvent on y fait comparaître les a,gents, et des surprises se produisent : celle- ci , par exemple. Les filles soumises ne doivent
pas racoler sur la voie publique en taille, en cheveux ou dans des toilettes de nature à se faire remarquer. Très peu se conforment à ce» prescriptions et recherchent les costumes excentriques pour mieux se disputer les hommes. Ces tenues par trop affichantes motivent Tarrestation. Sachant, par expérience, qu'elles seront sévèrement punies, elles dressent leur bonne ou une camarade à les tirer d'embarras. On apporte au Dépôt de modestes effets et elles les endossent à la place de ceux qui sont par trop tapageurs. Alors le président et les membres de la commission s'étonnent de les voir ainsi vêtues, contrairement à ce qui est mentionné sur l'ordre de consigne. Les agents confus balbutient aux demandes posées par le président» ils ne comprennent rien à cette transformation, et reçoivent un blâme pour n'avoir pas eu l'intelligence de discerner le véritable caractère des toilettes.
Je disais : « Les filles soumises venant contraintes et forcées à leurs visites demî-mensuelles reconnaissent qu'elles ont intérêt à mettre de côté les formalités de l'administration, puisque, par le seul fait de leur inscription, elles sont, à fautes égales, plus sévèrement punies que leurs congénères. » En effet, tout est privilège et avantage pour l'insoumise, et elles le reconnaissent si bien, que la plupart tendent à s'affranchir. Elles cessent alors de remplir les servitudes sanitaires, se cachent et rentrent, au moins pour la moitié^ dans la catégorie des filles soumises disparues. Cette
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dénominalion est d'autant plus erronée que les prostituées, après trois mois de disparition, perdent la qualité de filles soumises i^onri^Tendre celle d'insoumises ; en cas de nouvelles arrestations sur la voie publique ou ailleurs, elles doivent être conduites en présence d'un magistrat. Si l'inscription est difficile, ce qui est loin d'être prouvé, la radiation est, dit-on, facile; mais encore, en droit, faut-il le mariage ou la tenue d'une maison publique, et en fait une enquête favorable avec certificats de travail honnête à l'appui. N'est-il pas étrange de voir le mariage figurer sur la même ligne qu'une maison publique et donner les mêmes droits, enlever les mêmes charges, réhabiliter, en un mot, une femme ! Etre mariée ou maîtresse de tolérance, voilà le pinacle de la fille soumise. Alors elle recouvi'e sa liberté, presque sa considération sociale. D'ailleurs, il faut ajouter que si les filles soumises perdent de leur vogue, c'est au peu de confiance qu'inspirent les examens du dispensaire préfectoral qu'on peut l'attribuer. Sans doute l'exécution manque de minutie et laisse souvent à désirer.
Voici, à ce sujet, la lettre d'une victime de cette négligence :
« Monsieur le chef,
» Le 13 de chaque mois, je me promène quai de l'Horloge, où j'attends à la sortie du bureau médical une fille soumise à ma convenance. Je
vois le visa officiel posé sur sa carte et je me rends à son domicile, certain de ne courir aucun risque. Mon erreur est grossière, car les visites ne suppriment pas la maladie et ne garantissent personne, et les partisans de la prostitution libre s'appuient sur cet argument pour défendre leur système. Je vous signale, en conséquence, le médecin qui a visité la fille J..., rue du ..., n° ... Il est myope ou bien cVst un àne.
» B..., » Place du ..,, n" ... »
On comprend la fureur de ce réclamant trompé dans son plan amoureux, après avoir abrité son union passagère sous la garantie des autorités médicales et administratives. Ce que le médecin avait diagnostiqué bon, était affreusement mauvais, la fille amenée au dispensaire en a fourni la preuve. Le docteur, pour excuse, déclara avoir ce jour-là opéré plus de quarante visites à l'heure et que ces visites ne pouvaient être faites que sommairement.
Lorsque les filles ont des doutes sur leur santé, elles emploient toutes sortes de ruses pour ne pas venir à leurs visites. Moyennant une somme d'argent, elles passent leur carte à des amies et celles-ci se font examiner au lieu et place des titulaires. Il résulte d<e cette substitution de personne qu'une fille soumise peut se trouver atteinte d'une maladie syphilitique grave bien que sa carte porte le visa du dispen-
saire constatant qu'elle a été visitée la veille. Cette fraude ost rarement découverte, attendu qu'elle se pratique par les filles isolées, ayant une certaine aisance, et qui habitent les grands quartiers. Elles font leur commerce avec réserve, une clientèle d'hommes vient les voir k domicile, et cette raison ne les oblige pas à faire trottoir. N'étant jamais arrêtées, elles sont peu connues et c'est ce qui explique pourquoi elles peuvent aisément se substituer les unees aux autres. Celles qui trompent ainsi l'Administration savent qu'à la fin de chaque quinzaine, il y a au bureau médical agglomération de filles, ce dont elles profitent pour mieux atteindre leur but. Malgré cela la sûreté publique a tout à redouter de la prostitution clandestine et beaucoup moins à craindre de celle qui est officielle.
On estime annuellement à plus de quinze mille les enfants mort-nés du fait de la syphilis des parents. N'est-ce pas là le véritable fléau de la dépopulation en France qu'il faut arrêter dans sa marche ascensionnelle ? Mais l'Autorité affaiblie, découragée, n'ose plus engager sa responsabilité ; elle se dérobe, la peur l'envahit en haut comme en bas, et de nos jours mieux vaut être braconnier que gendarme et souteneur qu'agent des mœurs.
La police paraît vivre à la petite semaine, comme les ministres. C'est pour cela qu'elle a des soubresauts d'intervention qui amusent quelquefois le public et les filles par un sauvequi-peut général amenant la tranquillité pour le
lendemain. Je veux parler de la méthode des razzias^ dont elle se sert à t^rt et à travers. A tort, parce que le chef actuel de la .police municipale punit, révoque l'agent qui procède à l'arrestation d'une fille insoumise isolée en dehors des conditions réglementaires ; et lui-même^ sous prétexte à' épuration^ ordonne des rafles absolument irrégulières et antihumaines. A travers, parce qu'au lieu de ne.
saisir que les filles débauchées, on met brutalement la main sur d'honnêteà femmes. C'est la chasse, la battue ramenant le gibier en gros à la suite de scènes scandaleuses et regrettables. Je ne veux citer aucun exemple, mais les fautes commises devraient incomber non aux intermédiaires, forcément obéissants, mais à celui qui impose une aussi répugnante besogne. On ne fait, du reste, que déplacer le mal sans apporter le remède ; et les administrateurs improvisés, soucieux de leur popularité évitent les razzias sur les grands boulevards à cause des dangers qu'elles amènent, et ce sont les filles pauvres, besoigneuses, habitant les quartiers excentriques, qui peuplent constamment la prison de Saint-Lazare. Avec celles-là, les réclamations deviennent inutiles, leurs protecteurs ne représentant aucune surface.
Qu'on y prenne garde, l'opinion publique a de grandes faiblesses et de terribles réactions ; elle paraît vouloir ne plus supporter aucun acte arbitraire, elle réclame la suppression des abus et leur remplacement par des réformes simples rationnelles, faciles et justes. Parmi ces réfor-
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mes, figure la suppression de l'usage abusif de règlements concernant la débauche, reconnus incomplets, impraticables, puisqu'ils sont toujours en contradiction avec les ordres verbaux. On est écœuré de voir la police passer son temps à combattre ce qu'elle autorise, et le public a peine à comprendre qu'elle défende à droite ce qui est permis à gauche.
Que d'hommes d'Etat, jurisconsultes, moralistes, philosophes, économistes, administrateurs, médecins, ont cherché sans succès les moyens de combattre la prostitution ! On pourrait former une bibliothèque avec la collection des livres, brochures, publications, fascicules, rapports, parus sur cette éternelle et vivante question à laquelle s'intéresse également la Presse grande et petite, car il n'existe pas un journaliste qui ne lui ait consacré quelques pages.
Le résultat de ces collaborations disparates n'ajamais pu jusqu'ici fournir un travail homogène, pratique, apportant la solution du grand problème social encore à trouver. Pendant ce temps la débauche, avec ses dangers pour la santé publique, augmente en proportion des volumes écrits par ses adversaires et ses partisans.
Les défenseurs acharnés des racoleuses veulent, en vertu des grands principes qu'ils invoquent à chaque instant comme une panacée, la liberté sans limite, c'est-à-dire l'indifférence du gouvernement à l'égard de la prostitution. Pour eux, l'homme et la femme étant libres de disposer de leur corps, se prostituer ne constitue
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pas un délit. Chaque fille aurait le droit de faire de la débauche sans formalités préalables. Ces réformateurs ont : oublié de dire si , sous ce règne honteux de la femelle, rempoisonnemont ne deviendra pas général. Tout arrive aujourdliui, et Tavenir nous réserve peut-être celte entière liberté du vice doublé par Tindépendance de la crapule, œuvre de négation morale et religieuse.
Les adversaires obstinés des racoleuses exigent à leur tour, au nom de la santé publique, une réglementation encore plus sévère , afin d'arriver à supprimer les excès et les scandales de la prostitution clandestine. Pour eux, l'ennemi est là et non dans la prostitution réglementée, puisqu'il est établi médicalement que sur cent insoumises arrêtées plus des deux tiers sont des mineures reconnues malsaines, et que, sur le même nombre de soumises, il n'y en a pas dix de contaminées.
La major'ité des noalades en traitement à l'hôpital du Midi sont des victimes de la prostitution libre.
Dans les avis donnés au pouvoir administratif, chacun propose sa solution. Des signataires expriment le désir de conserver, d'étendre les maisons de tolérance, tandis que d'autres demandent leur fermeture immédiate, la police ne devant plus se rendre la complice de l'immoralité en favorisant de pareilles industi*ies.
Dans une brochure imprimée en 1878, je relève cette idée, émanant d'un cerveau égalitaire, qui propose comme remède la conscrip-
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tion pour les femmes. Les mauvais numéros (pairs ou impairs) serviraient d'instruments de plaisir aux riches et aux pauvres.
A Paris, depuis 1884, le Conseil municipal refuse de voter le budget de la Préfecture - de police, son intention est de maintenir ce vote tant que l'organisation actuelle du service des mœurs subsistera. Il exige sa suppression, considérant que la prostitution n'est ni un crime, ni un délit, non plus que la syphilis. Au cours des discussions, certains conseillers, voulant établir le peu de valeur de ce service, se sont emparés des filles soumises rencontrées malades, pour accabler de reproches le Préfet de police. Celuici a riposté en établissant, à son tour, que les filles insoumises créaient un danger public, permanent, par l'empoisonnement qu'elles disséminent dans la population.
Pendant cette lutte vive, incessante, des défenseurs de la prostitution réglementée et des partisans du système de la prostitution libre, l'Académie de médecine, au milieu de ce joli gâchis, semble prendre le rôle de grand conseil de la santé publique, tout en restant sur son terrain, celui de l'hygiène sociale. Sans esprit de parti, elle comprend sa mission et mêle les sciences médicales aux travaux des législateurs. Son initiative aussi sage qu'utile et légitime, a déjà servi à la préparation des grandes lois organiques, comme celle de Vinstructton pu-bliqu€y de l'armée y de la protection des enfants en bas âge, de Ualcoolisme, ce fléau de l'espèce humaine. Elle vient do terminer ses
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discussions sur la fièvre typhoïde, les égotits, V assainissement de Paris et de son fleuve, et on doit reconnaître qu'au moins chez elle, il n'existe pas de médiocrités. Tous ces honorables membres, après avoir analysé le mal, ont démontré avec conviction et talent, le péril. Consultés sur la grande question de la syphilis, ils ont consacré de nombreuses séances à Tétude des problèmes aussi multiples que variés composant le pénible sujet de la prostitution. La discussion sur la prophylaxie de la syphilis a été supérieurement conduite par M. Alfred Fournier, Tun des membres les plus éminents de r Académie. La commission composée de MM. Bergeron, Le Roy de Méricourt, Léon Le Fort, Léon Colin, avait pour président M. Ricord, le maître parmi les maîtres en pareille matière. Son élève, M. A. Fournier, a rédigé le rapport au nom de ladite commission. A sa science profonde, reconnue, respectée de toute l'Europe, M. Fournier joint des qualités de vrai philosophe, d'homme délicat, rempli de tact, de douceur et d'indulgente pitié dans ses relations avec les malades. Personne n'a plus complètement étudié que lui, la syphilis, d'abord à Phôpilal de Lourcine, où il a introduit d'excellentes et pratiquies réformes, puis ensuite à Saint-Louis.
L'Académie de médecine, après avoir entendu les remarquables discours et les observations de MM.Laborde, Brouardel, Léon Le Fort, Gavarret, Proust, Légouest, Dujapdin-Beaumetz, Larrty, Trélat, Th. Roussel, Hardy, Féréol, Vidal,
Gustave Lagneau, Jules Rochard, Worms, a confirmé les conclusions de son savant rapporteur.
Ces hommes compétents ont, soit dans Tarmée comme M. Colin , soit dans la marine comme M. Le Roy de Méricourt, soit dans les hôpitaux comme M. Ricord, observé toutes les classes de la société ; n ''ayant pas la puissance de faire des lois, ils peuvent par des conseils techniques, et sans sortir de leurs attributions, en indiquer le caractère et Fesprit aux législateure.
Dans sa séance du 3 avril 1888, T Académie a émis les vœux suivants relatifs à la prophylaxie publique de la syphilis. Je reproduis ce document en raison de son importance et de sa valeur.
(( I. — L'Académie appelle l'attention de l'autorité sur les développements qu'a pris la provocation sur la voie publique, dans ces dernières années notamment, et en réclame une répression énergique.
» IL — Elle estime qu'il y a nécessité manifeste d'assimiler à cette provocation de la rue divers modes non moins dangereux qu'a revêtus, surtout de nos jours, la provocation publique, à savoir : celle des boutiques ; — celle des brasseries dites à « femmes » ; — et, plus particulièrement encore, celle des débits de vins,
» IlL — Elle signale à l'autorité d'une façon
non moins spéciale la provocation qui rayonne autour des lycées, des collèges, et qui a pour résultat l'excitation des mineurs à la débauche.
» IV, — Ces divers ordres de provocation ayant pour conséquence la dissémination des maladies syphilitiques, l'Académie réclame des pouvoirs publics une loi de police sanitaire réglant et fortifiant l'intervention administrative, en particulier à l'égard des mineures, et permettant d'atteindre la provocation partout où elle se produit.
» V. — La sauvegarde de la santé publique exige que les filles se livrant à la prostitution soient soumises à l'inscription et aux visites sanitaires.
» VI. — Si l'inscription n'est pas consentie par la fille à qui l'Administration l'impose, elle ne pourra être prononcée que par l'autorité judiciaire.
» VII. — Toute fille qui sera reconnue, après examen médical, affectée d'une maladie vénérienne, sera internée dans un asile sanitaire spécial.
» VIII. — Les filles inscrites seront soumises à une visite hebdomadaire, visite complète et de date fixe.