LA DÉBAUCHE
Marchands de Vins
Vous n'ignorez pas, Monsieur le Préfet, que de tous temps la prostitution a trouvé ses principaux auxiliaires dans les tavernes, auberges et cabarets.
De nos jours, la taverne est devenue brasserie ; l'auberge, maison meublée ; l'ancien cabaret s'est transformé en café, restaurant, débit de vins, bouillon, crémerie.
Parmi ces industriels, les marchands de vins, restaurateurs, crémiers, entrent le plus dans l'existence des pauvres gens ; ils reçoivent, nourrissent une quantité de petits employés, un grand nombre d'ouvriers et d'ouvrières. Beaucoup d'entre eux sont de rudes travailleurs, ayant la conscience en repos et
rendant de réels services à cette clientèle honnête, laborieuse, tranquille, qui forme le fond de la population parisienne.
Que leur importe la liberté absolue des débits de boissons ? n'étant jamais en défaut, ils aiment et respectent Tautorité. Les autres ne se contentent pas de yevëer à boire, de servir à manger, ils facilitent le jeu, Tivresse, et offrent un sûr asile aux prostituées et à leurs souteneurs.
Après le décret du 29 décembre 1851, la Préfecture était parvenue à supprimer chez les marchands de vins le cabinet noir, servant à faciliter la débauche. Avec ce réduit fumeux, sale, auquel on accédait péniblement par un escalier tournant, obscur, le propriétaire réalisait d'assez gros bénéfices, il doublait aux clients amateurs le prix des consommations et imposait un franc d'entrée pour les frais d'éclairage, représenté par une bougie ou une chandelle.
Depuis l'abrogation de ce décret (18 juillet 1880), le marchand de vins, en reconquérant son indépendance, s'est multiplié, et son premier soin a été de réinstaller non pas le cabinet noir, mais la chambre de passe, cette fois bien éclairée, garnie d'un lit-cage, qu'il prépare aux racoleuses moyennant quatre francs l'heure.
Le premier quart d'heure est fixé à un franc cinquante centimes.
Chaque centre de prostitution a maintenant ses marchands de vins, hôtels, restaurants attitrés, établissements spéciaux, difficiles à attein-
dre, car ils échappent aux lois et défient l'action de la police.
Lorsque les tenanciers de ces débits deviennent locataires principaux d'immeubles, ils s'empressent de convertir les logements en chambres meublées, et l'un d'eux a pris cette enseigne, appropriée à son commerce : « Aux enfants du hasard ».
Le quartier de Grenelle, par son voisinage avec les casernes de l'Ecole militaire, de Babylone, du Gros-Caillou, a une très grande importance au point de vue de la prostitution.
Le général gouverneur de Paris, préoccupé de l'hygiène et de la salubrité des troupes, consigne aux militaires les établissements publics reconnus malsains et où le service est rempli par des servantes beaucoup plus nombreuses que ne l'exige l'aspect des maisons.
A part quelques exceptions, les marchands de vins-logeurs des rues Frémicourt, Cambronne, Croix-Nivert, occupent, en qualité de bonnes, des filles soumises et insoumises, qui racolent du matin au soir sur le pas des portes. Toutes sont affublées du costume de servante ; cela leur donne une apparence d'honnêteté et attire les soldats amoureux du tablier blanc.
La femme d'un débitant de l'avenue de Lowendal avait, parmi ses domestiques, une nièce, jolie blonde, ayant eu des passions suivies de malheurs ; chaque soir, elle se plaçait avec elle sur le trottoir, en face de la porte d'entrée de la maison^ et invitait les amateurs à entrer.
Les agents voulurent intervenir en l'engageant à cesser un pareil racolage. Voici sa réponse ; elle est caractéristique : « J'ai le droit de servir d'enseigne à ma bibine. Ma nièce est majeure et tient lieu A'allumeuse, si vous m'...nuyez, regardez mon homme assis derrière le comptoir... Est-il assez solide? Croyez-moi, passez votre chemin et f...ichez-nous la paix. »
Aux environs des Halles, se trouvent des débits de vins, des crémeries, autorisés à rester ouverts la nuit; cela est utile, nécessaire, humain, pour le nombreux personnel en activité et les travailleurs de la terre qui viennent souvent de fort loin apporter leurs fruits, leurs légumes à Paris. Ces braves gens, surtout l'hiver, avec le prix d'une consommation, se reposent en paix dans ces asiles ; mais il existe d'autres maisons où se réunissent les filles et les personnes débauchées.
Les cabinets situés au premier étage ne servent qu'à faire des passes ; ils sont garnis de chaises longues et de petits pouffs-crapauds qu'on n'a pas l'habitude de voir dans les restaurants* honnêtes. Ces cabinets particuliers constituent le plus clair des bénéfices réalisés par les patrons.
La généralité des marchands de vins-logeurs recevant des filles en passe est hostile à l'autorité. En cas de recherches, presque tous cachent, facilitent le départ des individus sans aveu et des femmes de mauvaise vie. A l'occasion, ils leur délivrent des quittances de loyer et des certificats de complaisance et sans aucune
espèce de scrupule ils se prêtent à tout et vont même jusqu'à signer des plaintes collectives contre les agissements scandaleux des filles et de leurs souteneurs.
Au cœur de Paris, rue Saint-Sauveur, les habitants ont adressé une sérieuse réclamation. Il s'agissait de filles racolant des élèves et des apprentis pour les entraîner dans certains hôtels et cabarets de la rue.
Les réclamants disaient. Quel spectacle pour nos fils? Que fait la municipalité? Que fait le député? Que font les conseillers municipaux et les citoyens faisant partie des comités en relations avec les élus? — Occupez-vous, Monsieur le préfet, de la situation, elle mérite d'être examinée. Agissez au nom de la liberté de circulation, rendue difficile, au nom du commerce de détail entravé, au nom surtout de la morale publique. Pour détruire cette vennine, fermez les hôtels et cabarets interlopes des rues Saint- Denis, Grenéta, Réaumur et Saint-Sauveur.
Six hommes, sous la conduite d'un brigadier, furent mis à la disposition du commissaire de police du quartier.
Les surveillances commencèrent et l'on constata en effet, que les filles par groupes s'adressaient particulièrement aux jeunes gens. L'une d'elles emmena un enfant et lui fit boire un verre d'eau-de-vie chez un liquoriste.
Au moment où les agents allaient opérer un coup de sifflet retentit. Toutes les filles disparurent et allèrent se réfugier chez les débitants de boissons.
La fille soumise qui avait bu avec le jeune apprenti fut appréhendée par un inspecteur des mœurs; mais celle-<;i Tentraîna dans un cabaret dont le titulaire referma la porte, le verrou poussé il dit à Fagent : « Je -vous connais, espèce de crapule, si vous ne lâchez pas cette femme
néf ugiée chez moi, je vous casse la g » Et s'ar-
mant d'une bouteille vide, il tira le vçrron, ouvrit la porte et ajouta : « Filez vite et ne vous retournez pas. »
Des scènes à peu près identiques se passèrent chez ses autres confrères; et cependant tous avaient approuvé, signé la plainte demandant, une épuration énergique dans Tintérêt de la famille et da la morale outragées.
Crôxneries
Il ne s'agit pas ici des crémeries installées dans les rues tranquilles, sortes de petits re»-taurants à bon marché, utiles auxhumblets, aux.
f)auvres, où Ton sert souvent, faute d'argent, e veuf, c'est-à-dire l'œuf solitaire, ainsi que le qualifiait Charles CoUgny.
Ces crémeries sont respectables, respectées, et ne ressemblent en aucune façon à celles des quartiers populeux, avec le chocolat suspect et le petit noir à dix centimes fabriqué avec du vieux marc de café.
Si quelques ateliers de femmes, par les niau*»
.vais lexemples, les conversations orgueilleuses, servent d'antichambre à la prison de Saiift- Lazare, Ton peut dire que les crémeries^ achalandées de voleurs à l'étalage , de filles et leurs associés, perdent les jeunes ouvrières paresseiMes et amies du plaisir. Elles y font leur apprentissage, et plus d'une vierge sans amour est devenue fille demère le rideau de cotonmide dissimulant à peine un endroit dépourvu pourvu de lit.
Certaines actrices en renom ayant aujourd'hui hôtel, chevaux, voitures ont eu, à la crémerie, pour commensaux et premiers amants, des souteneurs camelots.
CaiéSHBrasserieB
Sur la ligne des boulevards de la Bastille à la Madeleine, on compte une centaine de cafésbrasseries dont la moitié sert de refuges aux racoleuses. Les dispositions locatives de ces établissements ne permettent pas toujours aux filles de s'y prostituer, néanmoins plusieurs d'entre eux possèdent des sous-sols et des chambres meublées.
Les sous-sols doivent être fermés à deux heures du matin ; en apparence ils le sont, en réalité les clients boivent, fument, jouent toute la nuit et l'on y voit de singulières choses.
La scène suivante vous édifiera :
La fille Aimée, connue par sa vie fantasque et ses cheveux rouges, s'est étendue sur le billard dans un costume primitif ; avec une pancarte sur laquelle on lisait : « A vendre sans... garantie ». Cet appel au plaisir, mis aux enchères, fut adjugé pour la modique somme de six francs à un jeune provincial, et le garde du corps, qui s'était improvisé commissaire-priseur, lui dit en la lui livrant : « Vous allez vous appauvrir en vous enrichissant d'une bonne... cocotte. »
Les chambres meublées contiguës aux cafésrestaurants sont louées à de riches particuliers qui viennent s'amuser à Paris ou aux jeunes gens des clubs désireux, à la sortie des théâtres, de passer, après souper, quelques heures avec leurs maîtresses. Les propriétaires n'y reçoivent pas le premier venu et les chambres ne sont occupées que par des personnages connus, discrets et habitués de la maison.
Le livre de police existe pour la forme, car il ne mentionne que des noms fantaisistes, parmi lesquels dominent les Durand, Martin, Dupont, Lefèvre et Gauthier.
Restaurants de nuit
Le vin, le jeu, les filles, la maladie et l'adultère, voilà ce qui constitue le fond des cabinets particuliers. En dehors du luxe et des prix de consommation, ils se ressemblent tous.
Le marchand de vins des faubourgs reçoit sur un lit-3age les filles dépeignées, sales, et débite sa boisson ordinaire au prix de deux francs la bouteille, tandis que les restaurateurs des boulevards offrent aux filles méthodiquement garnies de fard, des sièges capitonnés, et vend un louis sa tisane de Champagne.
Ce monde, composé d'industriels, de racoleuses, est souverainement malpropre.
Il y a quelques années, l'un de vos prédécesseurs voulut, Monsieur le Préfet, prendre des mesures répressives en retirant les permisssions de nuit aux maîtres de ces établissements nocturnes, mais des individualités appartenant à la politique, aux arts et aux lettres, empêchèrent la réalisation de ce projet.
Les hommes de science seuls furent d'un avis contraire.
L'enquête demandée était instructive; je me souviens de l'effet qu'elle produisit en haut lieu. Elle indiquait que, vers deux heures du matin, les racoleuses du boulevard n'ayant pas trouvé d'amateurs dans les cafés cherchaient encore sur la voie publique à cAaryer au rabais, tout en se rendant aux abords des maisons où l'on soupe. Ces endroits sont reconnaissables par la présence à la porte du chasseur classique, souteneur curieux et spécial en son genre.
Les restaurants qui ont le monopole des soupers présentent le spectacle de l'immoralité la plus complète. Il ne faudrait pas croire qu'on va toujours dans ces établissements pour man-
102 LA POLICE PV^RI^lEflNE
ger, c'est là une question secondaire ; on s'y rend plutôt pour s'abandonner à tout ce que la luxure peut imaginer. Dans les cabinets surtout, la bestialité, l'abrutissement y laissent des traces, depuis les glaces rayées par les diamants que les filles y essayent, en gravant des dessins obscènes, jusqu'aux débris de vaisselle que les noceurs entassent dans les caisses des pianos en les arrosant de Champagne.
La clientèle masculine se compose en partie d'étrangers. Grecs, Anglais, Espagnols, Roumains, Orientaux. On y rencontre aussi àes étudiants qui traversent les ponts pour boulotier leurs frais d'examens, les fils de famille venus à Paris manger d'avance leur patrimoiae, les dépensiers dont le bonheur consiste à gaspiller une grosse somme à la fois, -les maléquiUbrés menant la vie à outrance et qui se ruinent bêtement, salement.
Quant aux femmes, eUes manquent rarement un souper : ce sont les vjraies soupeuses, des spécialistes.
Ces filles se font payer leur addition par l'homme le plus ^ris ; elles mangent à toutes les tables, une côtelette par ci, un radis parla, chippent un 'verre de vin plus loin et se composent un repas complet, léger supplément à la modeste portion qu'elles prennent pour la forme.
Les vieilles se font offrir à souper par une jeune amie, en quêtant près des beaux mesneur^ l'argent qu'elles ne peuvent plus obtenir par :1e racolage.
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On rit, chante, boit, crie, «e dispute, tout se canfond, c'est le tapage, le tumulte, la confusion ; les femmes se cotent ouvertement, c'est une exposition de chair humaine : on peut voir et tâter la marchandise. Autant les racoleuses chorégraphiques des bals sont sèches, maigres, autant la vraie soupeuse est bouffie, molle.
Viande de seconde catégorie^ disent les viveurs.
Le prix des soupers varie, et Thabitué paye moins cher que le soupeur d'occasion perdu au milieu de ces aliénés des. deux sexes.
La femme qui a soldé sa dépense fait repasser une seconde fois l'addition à l'homme qu'elle a levé et va en toucher le montant au comptoir. C'est autant de gagné.
Les soupeuses se recrutent parmi toutes les catégories de filles. Le restaurant de nuit «ert de dernier refuge à celles qui n'ont rien trouvé à frire au café, au théâtre ou au bal. C'est raussi la pierre de touche des prostituées, qui viennent là pour sonder les ressources de leurs clients en jetant, loi*squ'ils paient, un coi^p 'duQBil<ourieux dans leur porte-^monnaie.
En dehors du groupe des soupeuses d'occa?jsion, il y.a un type particulier qui ne travaille qu' en .mangeant .
tCette soupeiMie, rentrée chez elle vers cinq heures du matin, dort toute la journée; île soir elle se contente d'un bouillon, et après •avoir iprocédé à une longue toilette, cherché •dès-effets de lumière, elle arrive vers dix heures auirestaurant comme une poupée sortie d'une boîte.
La véritable soupeuse en entrant sonde la salle du regard, toise les soupeurs et cherche si sa place habituelle est libre : c'est le point important pour elle d'être assise à une table savamment choisie, où le jeu des glaces, qu'elle a étudié, lui révèle ce qui se passe dans tous les sens; cela facilite son travail. L'entrée au restaurant de cette soupeuse est une opération complexe, car elle cherche toujours à se faire remarquer. Avec ses fripes traînantes, elle s'avance à pas lents, joue nonchalamment de l'éventail et va se placer à son poste d'observation. Elle enfonce son bouquet dans le goulot d'une carafe, jette sur la table chapeau, vêtement, éventail, et quand le garçon a mis tout en ordre, la soupeuse à vendre ou à louer se décide à s'asseoir.
Le garçon, qui connaît ses goûts, ses habitudes et la clientèle, lui sert de reporter : il la met au courant de la situation en lui racontant que M. X... est parti la veille avec une femme ; qu'il avait du poignon (argent) et a payé double l'addition ; qu'enfin cette nuit les cabinets s'emplissent de sujets sérieux,
La soupeuse, pendant cette conversation, remet en place ses bagues, astique ses boucles d'oreilles avec le revers de son gant, s'assure que rien n'est dérangé dans son corsage, enlève enfin délicatement le noir qui a coulé dans le coin de ses yeux et passe le bout de son mouchoir sur ses ongles. Elle est décidément installée et attend à son poste les propo» sitions en mangeant des hors-d'œuvre.
Le menu fretin des petites soupeuses procède avec moins de science; il s'éparpille à toutes les tables et se fait blaguer, éplucher, par les anciennes filles.
Les nouvelles recrues, favorisées, sont invitées à se restaurer, tandis que les autres se font servir, en attendant mieux, un plat bon marché, et une demie d'ordinaire, cela leur revient à trois ou quatre francs.
C'est à ces soupers que se révèle l'origine commune de ce genre de femmes. Peu d'entre elles savent boire, manger et tenir une fourchette. La plupart versent du vin à côté des verres ou par dessus les bords, mettent les coudes sur la table et les doigts dans la sauce.
Vers deux heures du matin, l'animation croît, les marchés se dessinent, chacun commence à être fixé sur le dénoûment, et les parties carrées s'organisent.
On vous demande au cabinet n°..., dit le garçon à la soupeuse modèle, l'une de ses protégées, si le client s'en rapporte à son goût.
La privilégiée quitte amis, souper, pour se rendre à cet appel, les voisins sourient, car ils comprennent, les voisines crèvent de jalousie et pour se venger, dévoilent les spécialités d'une rivale qu'elles auraient bien voulu remplacer. Devenir femme de fond ou de horsd^œuvrCy mettre les chemises luxueuses de l'établissement quand on n'est pas manchotte, cela constitue toujours une excellente affaire; et puis, il est si avantageux de disparaître ainsi, que les soupeuses, sans attendre qu'on les
demande, vont faire le coup des cabinets en rôdant à la porte de ces petits réduits où s'ébattent les raffinés de la débauche qui n'auraient pas assez de liberté d'action dans la salle commune.
Vers cinq heures, le chasseur annonce l'arrivée des voitures et c'est lui qui tend la main pour éviter une glissade, une culbute aux heureux imbéciles emmenés par les filles et qu'elles ont eu le soin de griser le plus possible afin de mieux les dépouiller.
Les rangs des soupeuses s'éclaircissent, et sur les banquettes des refusées il ne reste qu'un rebut de filles engageant les derniers abrutis à venir chez elles à condition de solder le mon-, tant de leurs dépenses.
Le maître d'hôtel, l'âme de 3e genre d'établissements, cravaté de blanc, fin comme un diplomate, empêche les maladresses, évite les indiscrétions qui pourraient -surgir au sujet des actes se produisant dans les cabinets particuliers.
Celui dit des « adultères » a toute sa sollicitude ; il sait ce qu'on y fait, il devine ce qu'on y dit ; avec son air froid, il aide, facilite toutes les relations. Il connaît la femme donnantrendez-vous à son mari dans l'établissement même 011 elle va se livrer à S4)n amant ; pendant que le brave homme lit le journal au salon du rezdéchaussée, cette bonne épouse est installée au cabinet des prédestinés.
A l'heure convenue, elle se rafraîchit par une couche de poudre de riz, passe par une porte
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de derrière et vient rejoindre son mari qui, le cas n'est pas rare, la trouve plus jeune, plus gaie, plus aimable que de coutume.
Il suffit de lire les journaux judiciaires pour
se convaincre de la réalité de ce dernier fait:
On se rappeUe ce prince de Grenade, surpris par ce mari jaloux dans Je cabinet particulier d'un restaurant de la rive gauche ; la femme n'a pu s'échapper qu'en prenant le costume d'un- marmiton de l'établissement.
Parmi les exemples de ce genre, celui-là suffit, il est de notoriété publique et je maintiens que les restaurants de nuit, dont la plupart représentent une valeur de plus d'un million, servent de points d'origine à bien des chantages, duels, suicides et assassinats;
Salleer foraines
Les plus beaux marchés de chair à plaisir se tiennent dans les promenoirs de ces établissements où l'on exhibé tout un monde de saltimbanques, tels que clowns, géants, nains, gymnastes, dompteurs d'animaux, charmeuses de serpents, acrobates, athlètes et femme torpille.
Pendant que les maillots bigarrés, plus ou moins remplis, se démènent sur la scène foraine, des filles aux allures cavalières, vnt, viennent, racolent et profitent de Tagglomé-
ration du public pour se laisser faire des attouchements interdits au bal le moins respectable.
Les promeneurs, le cigare aux lèvres, font leur choix dans cette foire de \énus à la cote, plus commodément que sur la place publique.
On y entend prononcer à haute voix des propos de ce genre ;
— Je suis veuve ce soir. Viens-tu ?
— As- tu de la braise, je ne... travaille pas à Tœil. Epatant ce lupanar, il y a jusqu'à des tantes. — Je remplirai mes obligations professionnelles.,.
Ou encore ceux-ci :
— Je l'ai balancé carrément. Celle-là, mon cher..., deux louis, mais... très chic... du nanan.
— Soirée perdue... impossible de trouver...
même à l'heure.
Les filles de comptoir boivent avec les hommes, surtout celles employées aux buvettes des galeries, et les premières loges d'avantscène servent au besoin de « cabinet de passes ».
Les prostituées inventent tous les moyens de racolage.
Voici le dernier : Elles se mettent en loterie en plaçant dans les encoches d'un bout de bois semblables aux tailles en usage chez les boulangera des billets au nombre de dix. La plus jeune circule avec cette taille à la main et place les billets en disant : A vingt sous la jolie boîte à ouvrage. Un seul numéro indique le
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nom, le prénom, Tâge, l'adresse et Theure de la livraison. L'heureux gagnant ou le détenteur du billet peut s'offrir à bon marché une maîtresse encore trop coûteuse.
Bals
Avec Markowski, de son vrai nom Mayer (Joseph), mort de misère dans l'hôtel de l'Eure, rue du Vertbois, a disparu le lanceur de filles dans les bals de Paris.
Un vrai type, ce juif, sujet polonais, ayant porté son art à un si haut degré de fantaisie que M. Pierre Véron l'a baptisé de « danses vivantes ».
En dehors de ses salons interlopes, où toutes les femmes galantes de l'Empire ont passé, il a fondé une quantité considérable de bals, et celui de la« Grenouillère » est resté célèbre ave 3 sa musique endiablée.
Les habitants sédentaires de Bougival, Chaton et Croissy en conservent encore la triste mémoire. Plusieurs jeunes filles ont disparu, et la mère de l'une d'elles est morte sur le coup en apprenant le départ de son enfant, enlevée par un valseur connu.
Les autorités de Seine-et-Oise passaient leur temps h prescrire -des enquêtes au sujet de fœtus trouvés en Seine, entre les deux ponts, et, chose grave qui ne s'était jamais produite ,
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deux enfants ayant vécu, l'un six semaines, l'autre deux mois, ont été ramassés, à une année de distance, sur les berges, non loin du bal de la « Grenouillère ». Les petits corps, carbonisés, avaient pour enveloppes des serviettes-éponges.
Markowski disait, en parlant du quadrille des Lanciers : « Voilà mon plus beau titre de gloire. » En était-il réellement l'inventeur? On lui a contesté cette paternité. En mourant, à l'âge de soixante ans , il n'a laissé que des dettes, après avoir remué des millions; quinze personnes suivaient son convoi.
Les bals qui passent pour être les mieux tenus n'en sont pas moins des établissements où les filles viennent pratiquer le racolage dans toute sa brutalité ; on peut dire aujourd'hui que c'est là leur unique raison d'être.
Les racoleuses énumérées au chapitre précédent s'y rencontrent.
Les bals des environs de la place Maubert et de certains boulevards extérieurs ont leurs pierreuses, Grenelle, ses servantes de l'amour militaire, et Montmartre ses filles tirelires. Celtes dépourvues de pantalons relèvent leurs jupes pour lancer la jambe à la hauteur de la tête. Il y a en dehors de ces diverses catégories la prostituée faisant son commerce au son de la musique, et qui se rend directement au bal vers dix heures du soir. C'est la fille professant le plus profond mépris pour les galvaudeuses payées comme leurs cavaliers pour danser en épatant le public.
Ces individus forment une variété curieuse de souteneurs. Avec leurs belles moustaches, leurs jolis yeux, ils semblent créés à Tusage particulier des filles galantes. Les nuances sont nombreuses et vont se dégradant.
Dans les bals de faubourgs, les souteneurs ou goujons arrivent vêtus de longues blouses et coiffés de la traditionnelle casquette de soie dissimulant des cheveux plaqués, tandis]qu'aux bals à la pose les dos-verts imitent le gandin par une mise élégante, des cheveux frisés et un chapeau à la mode. La plupart de ces derniers se disent artistes capillaires et exercent la profession si bien caractérisée de M, Alphonse, Ce sont eux qui fournissent les clodoches chargés d'animer la danse. Plein d'ardeur, ils s'agitent au milieu de la foule qu'ils doivent mettre en train. Le feu sacré du métier brille sur leurs physionomies fatiguées par la débauche. Ces espèces de maîtres de ballet conduisent exclusivement les danses compliquées. Si un quadrille s'organise, on les voit gesticuler pour mettre chaque roupie à sa place, ils vont, viennent, se multiplient et font sentir leur supériorité aux habitués du bal qui les applaudissent. Avant que le premier coup d'archet se fasse entendre, le souteneur, ou plutôt le clodoche en renom, toise le cercle formé autour de lui, dégourdit ses jarrets par quelques mouvements gymnastiques, remonte sa culotte, consolide son chapeau et le voilà parti enflammant l'enthousiasme de la galerie par ses cavaliers seuls, ses grands écarts, excitant sa
danseuse, qu'il félicite du geste sur sa rémoulade, son prcsentez-armCy enlevant enfin les bravos, les hourras des appréciateurs d'un travail composé de gestes furieux, de mouvements excentriques, d'entrechats périlleux exécutés avec conviction et sans la moindre glissade.
Les filles lancées, les cocottes qui honorent encore, comme elles le prétendent, les bals, restent assises au-dessous des jets de gaz, non loin des entremetteuses et de l'inévitable bouquetière.
Au café, les veinardes s'installent avec l'inonnu et les ;7;yo/e2/sgs fument en donnant libre oours à leur amour immodéré pour les liqueurs fortes.
Si des mères imprudentes amènent leurs enfants dans ces endroits, où la morale n'a pas élu domicile, les propriétaires de bals en profitent en les laissant circuler et danser; il arrive alors des scènes qui tournent parfois au tragique, comme celle qui vient d'avoir lieu non loin du cimetière Montparnasse.
En sortant du bal, un apprenti tourneur sur bois, âgé de seize ans, a ouvert son couteaupoignard et s'est précipité sur une fillette venant d'entrer dans sa quinzième année. Celleci est tombée mourante dans les bras de sa mère.
Ce précoce assassin, fanfaron de débauche, s'est écrié au moment de son arrestation :
Pourquoi donc qu'elle n'a pas lâché sa maman pour coucher avec moi?
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Hôtels garnis
Les maisons meublées, comme les établissements de marchands de vins, ne servent pas tous de lieux d'asiles aux honnêtes gens, aux voyageurs ; et parmi les industriels qui viyent exploitant la prostitution, celui tenant la première place est le logeur à la nuit désigné par les souteneurs et leurs complaisantes moitiés sous le nom de marchand de sommeil.
Sur dix mille hôteliers, un bon tiers ne reçoit que des malfaiteurs.
Les quartiers Bonne-Nouvelle et Saint-Gervais sont principalement ceux où les maîtres d'hôtels louent des chambres aux filles moyennant cinq ou dix francs par jour, avec l'autorisation de ne commencer les signaux d'appels que vers le soir et d'une façon discrète.
Aux environs de la Bourse, près des passages Jouffroy, Verdeau, des Panoramas, des hôtels connus reçoivent des filles âgées de moins de quinze ans, et les propriétaires arrivent à réaliser une cinquantaine de francs par journée, rien qu'avec le produit des passes.
La police, difficilement armée, reste impuissante malgré les plaintes successives qui lui parviennent contre les maisons meublées, repaires de filles, de souteneurs, où la misère coudoie le vice, où le criminel s'entend avec la
prostituée, où l'enfant tue Tenfant, à Texemple de Lemaître, qui n'ayant pas seize ans, assassinait en plein jour, dans une chambre garnie du boulevard delà Villette, le jeune Schoëner, âgé de six ans, qu'il venait de racoler sur la voie publique.
Le tableau est vulgaire, mais ce qui lui donne un triste intérêt, c'est l'âge des couples en-^ fantins que l'on voit quotidiennement venir se réfugier dans ces chambres de hasard ouvertes k tout le monde.
L'autorité, lorsqu'elle veut agir, est faible, timide ; après avoir enjoint aux filles soumises d'abandonner les garnis pour se mettre, soit en leurs meubles, soit en maison de tolérance, elle recule en présence de l'attitude prise par les logeurs et la mesure reste sans effet. Les racoleuses reprennent leurs anciennes habitudes, se voyant soutenues, protégées par ceux pour qui elles sont une source de revenus à laquelle ils ne veulent pas aisément renoncer.
Avant de procéder à une visite de garnis, les agents doivent s'assurer que les titulaires facilitent habituellement la débauche. Pour éviter des surveillances coûteuses, inutiles, ils se laissent racoler, conduire par les promeneuses d'amour et en quelques heures ils sont ramenés cinq et six fois de suite chez le même hôtelier. Mais il est interdit aux inspecteurs de pénétrer dans la maison, sans l'assistance du Commissaire de police et un mandat du Préfet. Il faut aller requérir ce magistrat et à son arrivée le flagrant délit exigible, nécessaire aux pour-
suites, que lui seul peut établir, a depuis longtemps disparu.
Le mal est profond, indiscutable, et provient de l'instabilité ministérielle rejaillissant sur la Préfecture de police.
L'unité de direction manque, comme la suite dans les idées de réforme, et insensiblement on arrive à la négation de l'autorité.
Voitures de place
Les marchands de vins et logeurs mécontents de certaines visites, ne manquent pas d'opposer aux agents la partialité de la Préfecture, surtout quand celle-ci leur porte préjudice.
— Pourquoi, disent-ils, tolère-t-on les fiacres aux stores baissés qui font un si grand nombre d'heureux par jour? Ces industriels ignorent que l'hospitalité ambulante des voitures est considérée, au moins en cours de marche, comme lieu privé; mais il est toujours, prudent d'y rester convenable.
Sous l'empire, un individu fut surpris en société criminelle avec un petit garçon. Grâce à la bienveillance de M. Piétri, l'affaire resta sans suite, et le coupable, qui eût payé cet instant d'oubli de tout son sang tint parole]||et
tâcha de se faire tuer pendant la guerre. Son héroïque conduite lui valut des honneurs auxquels il ne s'attendait pas, et il occupe aujourd'hui une situation politique honorable.
Sous la République, un spirituel député, futur ministre des beaux-arts, après un flirtage des mieux conduits, laissa dans une voiture de place son portefeuille et le tutu (1) de sa... promeneuse.
Le cocher déposa les deux objets à la Préfecture de police et reçut une large récompense.
L'heureux député refusa le tutu et reprit son portefeuille, bourré de lettres signées par ses électeurs réclamant la réalisation de promesses trop vite oubliées.
Elles sont nombreuses les histoires de ce genre. La plus drôle est arrivée à une diva d'opérette qui avait pris l'habitude de donner des audiences privées dans des fiacres. Chaque soir, vers huit heures, une nouvelle voiture, aux stores baissés, stationnant rue Albouy, intriguait les commerçants.
On pinça les amoureux. L'homme, un étranger appartenant au meilleur monde, fut interdit par l'ouverture de la portière, mais l'artiste s'écria en véritable gamin de Paris : « Pendant le lever de rideau, je m'entraîne, et crac... ça déraille. »
— Pourquoi choisir une voiture, répliqua l'agent ?
(1) Petit pagne en mousseline protégeant ce que le jupon d'une danseuse ne peut toujours couvrir.
— C'est vrai, on y est si mal.
Arrivée au théâtre, la chanteuse raconta au commissaire de police de service sa mésaventure, compliquée par la perte d'un billet de cinq cents francs.
— J'avais, dit-elle, mis cette somme dans une partition de musique , et celle-ci a dû rester sur la banquette du fiacre, dont je n'ai pas le numéro, mais il est entre les mains des agents.
Le lendemain, l'actrice recevait à domicile, avec la partition de la « Fille de Madame Angot, » le billet perdu.