‹ Gil Blas. IntrodChapitre 141 sur 277 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

furieux qui m'agitaient. Don Pompeyo, continuat-il, cessons de nous haïr l'un l'autre. Passons même plus avant; soyons amis. — Ah! seigneur, m'écriai-je, j'accepte avec joie une proposition si agréable. Je vous voue une amitié sincère ; et, pour commencer à vous en donner des marques, je vous promets de ne plus remettre le pied chez dofia Hortensia, quand elle voudrait me revoir. — C'est moi, dit-il, qui vous cède cette dame ; il est plus juste que je vous l'abandonne, puisqu'elle a naturellement de l'inclination pour vous. ■ — ■ Non, non, interrompis-je; vous l'aimez. Les bontés qu'elle aurait pour moi pourraient vous faire de la peine; je les sacrifie à votre repos. — Ah ! trop généreux Castillan, reprit Radzivil en me serrant entre ses bras, vos sentiments me charment. Qu'ils produisent de remords dans mon âme ! Avec quelle douleur, avec quelle honte je me rappelle l'outrage que vous avez reçu ! La satisfaction que je vous en ai faite dans la chambre du roi me paraît trop légère en ce moment. Je veux mieux réparer cette injure ; et, pour en effacer entièrement l'infamie, je vous offre une de mes nièces, dont je puis disposer. C'est une riche héritière, qui n'a pas quinze ans, et qui est encore plus belle que jeune. »

« Je fis là-dessus au prince tous les compliments gue l'honneur d'entrer dans son alHance me put inspirer, et j'épousai sa nièce peu de jours après. Toute la cour félicita ce seigneur d'avoir fait la fortune d'un cavalier qu'il avait couvert d'ignominie, et mes amis se réjouirent avec moi de l'heureux dénouement d'une aventure qui devait avoir une plus triste fin. Depuis ce temps, messieurs, je vis agréablement à Varsovie; je suis aimé de mon épouse, et j'en suis encore amoureux. Le prince de Radzivil me donne tous les jours de nou-

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veaux témoignages d'amitié, et j'ose me vanter d'être assez bien dans l'esprit du roi de Pologne. L'importance du voyage que je fais par son ordre à Madrid m'assure ^e son estime. »

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