CHAPITRE VIII
Quel accident obligea Gil Blas à chercher une nouvelle condition.
Telle fut l'histoire que don Pompeyo raconta, et que nous entendîmes, le valet de don Alexo et moi, bien qu'on eût pris la précaution de nous renvoyer avant qu'il en commençât le récit. Au lieu de nous retirer, nous nous étions arrêtés à la porte, que nous avions laissée entr'ouverte, et de là nous n'en avions pas perdu un mot. Après cela, ces sei^eurs continuèrent de boire ; mais ils ne poussèrent pas la débauche jusqu'au jour, attendu que don Pompeyo, qui devait parler le matin au premier ministre, était bien aise auparavant de se reposer un peu. Le marquis de Zenette et mon maître embrassèrent ce cavalier, lui dirent adieu, et le laissèrent avec son parent.
Nous nous couchâmes pour le coup avant le lever de l'aurore, et don Mathias, à son réveil, me chargea d'un nouvel emploi. « Gil Blas, me dit-il, prends du papier et de l'encre pour écrire deux ou trois lettres que je veux te dicter ; je te fais mon secrétaire. — Bon ! dis-je en moi-même, surcroît de fonctions. Comme laquais, je suis mon maitre partout ; comme valet de chambre, je l'habille ; et j'écrirai sous lui comme secrétaire : le ciel en soit loué ! Je vais, comme la triple Hécate, faire trois personnages