‹ Gil Blas. IntrodChapitre 145 sur 277 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Jérôme, où j'aperçus don Lope de Velasco qui l'attendait de pied ferme. Je me cachai pour les observer tous deux ; et voici ce que je remarquai de loin. Ils se joignirent, et commencèrent à se battre un moment après. Leur combat fut long. Ils se poussèrent tour à tour l'un l'autre avec beaucoup d'adresse et de vigueur. Cependant la victoire se déclara pour don Lope : il perça mon maître, retendit par terre, et s'enfuit, fort satisfait de s'être si bien vengé. Je courus au malheureux don Mathias ; je le trouvai sans connaissance, et presque déjà sans vie. Ce spectacle m'attendrit, et je ne pus m'empêcher de pleurer une mort à laquelle, sans y penser, j'avais servi d'instrument. Néanmoins, malgré ma douleur, je ne laissai pas de songer à mes petits intérêts. Je m'en retournai promptement à l'hôtel sans rien dire ; je fis un paquet de mes hardes, où je mis par mégarde quelques nippes de mon maître ; et quand j'eus porté cela chez le barbier, où mon habit d'homme à bonnes fortunes était encore, je répandis dans la ville l'accident funeste dont j'avais été témoin. Je le contai à qui voulut l'entendre, et surtout je ne manquai pas d'aller l'annoncer à Rodriguez. Il en parut moins affligé qu'occupé des mesures qu'il avait à prendre làdessus. Il assembla ses domestiques, leur ordonna de le suivre, et nous nous rendîmes tous au pré de Saint-Jérôme. Nous enlevâmes don Mathias, qui respirait encore, mais qui mourut trois heures après qu'on l'eut transporté chez lui. Ainsi périt le seigneur don Mathias de Silva, pour s'être avisé de lire mal à propos des billets doux supposés.

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