‹ Gil Blas. IntrodChapitre 146 sur 277 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Quelle personne il alla servir après la mort de don Mathias de Silva,

Quelques jours après les funérailles de don Mathias, tous ses domestiques furent payés et congédiés. J'établis mon domicile chez le petit barbier, avec qui je commençais à vivre dans une étroite liaison. Je m'y promettais plus d'agrément que chez Melendez. Comme je ne manquais pas d'argent, je ne me hâtai point de chercher une nouvelle condition ; d'ailleurs j'étais devenu difficile sur cela. Je ne voulais plus servir que des personnes hors du commun ; encore avais- je résolu de bien examiner les postes qu'on m'offrirait. Je ne croyais pas le meilleur trop bon pour moi, tant le valet d'un jeune seigneur me paraissait alors préférable aux autres valets !

En attendant que la fortune me présentât une maison telle que je m'imaginais la mériter, je pensai que je ne pouvais mieux faire que de consacrer mon oisiveté à ma belle Laure, que je n'avais point vue depuis que nous nous étions si plaisamment détrompés. Je n'osai m'habiller en don César de Ribera ; je ne pouvais, sans passer pour un extravagant, mettre cet habit que pour me déguiser. Mais, outre que le mien n'avait pas encore l'air trop malpropre, j'étais bien chaussé et bien coiffé. Je me parai donc, à l'aide du barbier, d'une manière qui tenait un milieu entre don César et Gil Blas. Dans cet état je me rendis à la maison d'Arsénié. Je trouvai Laure seule dans la même salle où je lui avais déjà parlé. « Ah ! c'est vous, s'écria-t-elle, aussitôt qu'elle m'aperçut ;

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