LIVRE QUATRIÈME
sent permis ; mais il n'avait pu avant cette nuit se dérober à sa cour. Il connaissait trop bien les détours d'un lieu où il avait été élevé, pour être en peine de se glisser dans le château de Siffredi, et même il conservait encore la clef d'une porte secrète par où l'on entrait dans les jardins. Ce fut par là qu'il gagna son ancien appartement, et qu'ensuite il passa dans la chambre de Blanche. Imaginez-vous quel dut être l'étonnement de ce prince d'y trouver un homme, et de sentir une épée opposée à la sienne. Peu s'en fallut qu'il n'éclatât, et ne fît pimir à l'heure même l'audacieux qui osait lever sa main sacrilège sur son propre roi ; mais le ménagement qu'il devait à la fille de Léontio suspendit son ressentiment. Il se retira de la même manière qu'il était venu ; et, plus troublé qu'auparavant, il reprit le chemin de Palerme. Il y arriva quelques moments devant le jour, et s'enferma dans son appartement. Il était trop agité pour y prendre du repos. Il ne songeait qu'à retourner -a Belmonte. Sa sûreté, son honneur, et surtout son amour, ne lui permettaient pas de différer l'éclaircissement de toutes les circonstances d'une si cruelle aventure.
« Dès qu'il fut jour, il commanda son équipage de chasse ; et, sous prétexte de prendre ce divertissement, il s'enfonça dans la forêt de Belmonte avec ses piqueurs et quelques-uns de ses courtisans. Il suivit quelque temps la chasse pour cacher son dessein ; et lorsqu'il vit que chacun courait avec ardeur à la queue des chiens, il s'écarta de tout le monde, et prit seul le chemin du château de Léontio. Il connaissait trop les routes de la forêt pour pouvoir s'y égarer ; et, son impatience ne lui permettant pas de ménager son cheval, il eut en peu de temps parcouru tout Tespace qui le séparait de l'objet de