‹ Gil Blas. IntrodChapitre 24 sur 277 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De la tentative que fit Gil Blas pour se sauver, et quel en fut le succès.

Après que le capitaine des voleurs eut fait ainsi l'apologie de sa profession, il se mit au lit ; et moi je retournai dans le salon, où je desservis et remis tout en ordre. J'allai ensuite à la cuisine, où Domingo (c'était le nom du vieux nègre) et la dame Léonarde soupaient en m'attendant. Quoique je n'eusse point d'appétit, je ne laissai pas de m'asseoir auprès d'eux. Je ne pouvais manger, et, comme je paraissais aussi triste que j'avais sujet de l'être, ces deux figures équivalentes entreprirent de me consoler ; ce qu'elles firent d'une manière plus propre à me mettre au désespoir qu'à soulager ma douleur. « Pourquoi vous affligez- vous, mon fils ? me dit la vieille ; vous devez plutôt vous réjouir de vous voir ici. Vous êtes jeune, et vous paraissez facile ; vous vous seriez bientôt perdu dans le monde. Vous y auriez indubitablement rencontré des libertins qui vous auraient engagé dans toutes sortes de débauches, au lieu que votre innocence se trouve ici dans un port assuré. — La dame Léonarde a raison, dit gravement à son tour le vieux nègre ; et l'on peut ajouter à cela qu'il n'y a dans le monde que des peines. Rendez grâces au ciel, mon ami, d'être tout d'un coup délivré des périls, des embarras et des afflictions de la vie. »

J'essuyai tranquillement ce discours, parce qu'il ne m'eût servi de rien de m'en fâcher. Je ne doute pas même, si je me fusse mis en colère, que je ne leur eusse apprêté à rire à mes dépens. Enfin Domingo, après avoir bien bu et bien mangé, se

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