‹ GilbertChapitre 14 sur 27 · LES DEUX AMIS. IIJ · texte numérisé non relu

LES DEUX AMIS. IIJ

bien coupable de ta part, après ce que tu lui avais promis...

— J'ai reculé, te l'avoucrai-je! devant une mission aussi pénible; je n'ai pas eu le courage d'annoncer à cette jeune fille'un évément affreux...

— Quoi donc! Gilbert serait-il mort?

— Ah ! c'est bien pis ; on le dit fou ! On l'a transporté dernièrement à l'Hôtel-Dieu.

— A l'Hôtel-Dieu ! et cette jeuneHenriette est sans doute instruite de cet événement?..

Greuze essuya à l'instant les larmes qui mouillèrent tout à coup ses paupières; puis il ajouta : — Allons, mon ami, allons trouver notre, pauvre Henriette; nous l'aiderons à supporter un aussi grand malheur, et ces quarante louis lui appartiennent.

— Ils lui appartiennent! Ah! mon ami, je reconnais là ton bon cœur...

— Je paie une dette, une dette sacrée, te dis-je : tu as donc oublié le dessin dont mademoiselle Henriette m'a fourni le sujet?

Ïl6 tilLBERT.

— Non, je me souviens bien que lu esquissas son portrait.

— Et qu'un jeune et riche amateur me demandait une tête d'expression...

— Oui, et tu l'as terminée et vendue sans doute.

— Quatre-vingts louis... Il faut que je partage , et j'apporte la moitié de cette somme : elle appartient à mademoiselle Henriette .. C'était convenu et arrêté entre nous.

— C'est juste, mon ami : il faut aller tout de suite lui porter cet argent... elle doit en avoir bien besoin... Partons!

Imbert quitta le peintre pour déposer sa robe de chambre et revêtir un habit de ville, et revint bientôt. Quand ils furent sur le point de sortir du cabinet, le poète s'arrêta, et se frappant le front : — Un moment , un moment, mon ami ; j'ai aussi une dette à paver , un grand tort à réparer; moi, je ne fais pas de tête d'expression , mais je fais des

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