LES 1)1£UX AMIS. 1 I
gèrent à ne rien craindre el lui promirent le secret. A la chaleur, à la franchise de leurs protestations, M . Roncier jugea qu'ils étaient to.us deux amis de Gilbert. — Ah, le bon jeune homme! dit-il h voix basse ; s'il savait comment on a traité sa femme!... D'abord je ne sais pas, moi, s'ils étaient mariés; ça m'est égal, voyez-vous, à moi; tout ce que je sais, c'est qu'ils s'aimaient bien, sauf quelques brouilles dans le ménage , comme ça arrive toujours entre époux.... ce qui me ferait croire encore davantage qu'ils étaient mariés....
Les deux amis ne purent s'empêcher de sourire à ce trait d'une satirique naïveté, et le portier se trouva déconcerté de l'effet de ses paroles; mais il se remit bientôt de ce léger trouble, et reprit en ces termes : — Oui, mes bons Messieurs, ainsi que j'avais l'honneur de vous le dire, ils s'aimaient bien, ces chers enfans... Mais voilà qu'un beau jour, et il n'y a pas long-temps de cela, M. Gil-
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bert sort sans dire où il va, puis ne rentrp pas. Mademoiselle Henriette et moi nous l'attendons jusqu'à deux heures du matin; pas de M. Gilbert. Vous jugez dans quel état
se trouvait cette chère demoiselle non,
cette pauvre femme, voulais-je dire; ça me fendait le cœur de la voîr dans ce désespoir: oh! comme elle pleurait, sanglottait! Il aurait fallu être de fer pour n'être pas attendri. Bref, moi je pleurais aussi fort que lorsque ma pauvre défunte, Dieu veuille avoir son ame, a trépassé — car j'ai été marié, moi aussi, mes chers Messieurs, et je sais ce que c'est que le grand deuil. Bref, madame Henriette court le lendemain à la recherche de son monsieur... non^ de son mari, voulais-je dire; mais elle ne le trouve pas, et revient encore plus désolée. Mais ce n'est pas le tout, mes chers Messieurs. Comme dit cet autre,
il n'y a qu'heur et malheur dans ce monde
Le portier, vivement ému , suspendit son récit, et fît encore quelques pas vers la cour