LB CAFÉ PROCOPE
avec l'autorité d'une sanction irréfragable. Ce jour-là , on avait beaucoup parlé de la première représentation de Persée à l'Opéra. Les épigrammes,les quolibets, prodigués à Marmon tel, avaient mis la société en belle humeur, car la critique ne lui pardonnait pas d'avoir gâté le poëme de Quinault. Le musicien Philidor n'avait pas été oublié, et partageait la disgrâce du poète. C'était une bonne fortune pour le café Procope que cet opéra 'de Persée qui faisait à lui seul un événement d'un haut intérêt historique. On dissertait sur la poésie et sur la musique tout à la fois. La discussion animée dégénérait souvent en polémique violente; mais, pour entretenir le feu de la dispute, on était obligé d'avoir fréquemment recours aux liqueurs, au café surtout. Le maître de café et les oisifs, assistant à ce cours gratuit de critique, trouvaient leur compte dans le conflit d'opinions diverses, dans la bataille des systèmes qui divisaient alors l'empire des lettres et des
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arts : temps singulier où le début d'un danseur de corde ou d'opéra, où la chute d'un vaudeville, faisaient, pendant huit jours, les frais de toutes les conversations d'une grande ville !
Cependant un vieillard , décoré de la croix de Saint-Louis, ne prenait aucune part à ce qui se passait autour de lui ; il se promenait gravement au milieu du café , s'arrêtait quelquefois à la table où sa demi-tasse lui avait été versée , cassait un petit morceau du sucre qu'il avait laissé sur le plateau, puis recommençait sa marche silencieuse et presque mélancolique. Quelquefois aussi il se plaçait devant la porte , promenait ses regards dans la rue avec une sorte de curiosité inquiète. Enfin, voyant un des garçons du café debout devant le poêle, il s'approcha de lui, et lui parla à voix basse : — • On ne voit plus, lui ditil, un des habitués du café... c'est extraordinaire ! Voilà bientôt six semaines que je