I-E CURÉ
fire pour le précipiter sur le pavé, où l'attend une mort certaine. Mais, dans ce moment fatal, un bruit lointain frappe son oreille; c'est le son éloigné d'une cloche dont le tintement monotone annonce un glas funèbre. Gilbert immobile écoute :
bientôt il n'entend plus rien, tout rentre dans le silence. — C'est la messe des morts, dit-il jpour moi!. ..On m'attend là-bas, et j'y cours! — Aussitôt il se couvre de sa redingote, sort de sa chambre et descend rapidement l'escalier : il était trois heures et demie du matin.
Parven u dans la cour, Gilbert se dirige vers la porte principale qu'il trouve fermée; il revient sur ses pas et frappe à l'autre porte qui établissait la communication entre la grande salle de l'auberge et l'escalier qui conduisait aux différentes chambres destinées aux voyageurs. Lassé d'attendre qu'on lui ouvre, il retourne dans la cour, et cherche de tous côtés une issue; il aperçoit une voiture de
6 GlLBtnT.
roulage placée près du mur, se cmniponna aux roues, et ayant atteint jusqu'aux ballots les plus élevés dont cette voiture est chargée, il se glisse sur le mur, et de là se précipite dans la rue; il tombe sur un tas de fumier, se relève, puis en courant prend le chemin de l'église.
Quelques laitières qui se trouvaient sur son passage s'arrêtèrent effrayées à la vue d'un homme presque nu, qui semblait fuir comme un criminel. Quand il fut éloigné, elles se mirent à crier au voleur, et répandirent la terreur dans le village, dont un grand nombre d'habitans sortirent de leurs maisons avec des bâtons et des fourches. On interrogea les laitières qui racontèrent ce qu'elles avaient vu. Un homme qui fuyait presque nu à travers là rue principale de Charenton, devait provoquer les plus sinistres conjectures, éveiller les plus vives alarmes. Enfin , les laitières, après avoir satisfait à toutes les exigences de la curiosité