LE CAFÉ PROCOPE
lelard de cette feuille ; tous prétendaient l'avoir retenue; et le maître du café, pour mettre fin à un débat fort animé, prit le parti de s'adresser à un habitué, pour le prier de faire une lecture publique de ce journal. Celui-ci se prêta de bonne grâce au désir du propriétaire , et monta sur une chaise, afin d'être mieux entendu. Il se fit alors un grand silence dans le café.
Après la lecture des nouvelles de la politique étrangère, des nouvelles de la cour, il arriva à un article qui commençait par ces mots: «Enfin, on connaît positivement le )) sort de M. Gilbert, auteur de la satire du )) Dix-huitième siècle , et autres poésies » qui annoncent un talent remarquable. . .»
Le lecteur fut interrompu par des exclamations de surprise. — il est mort ! disait l'un. ■ — Il est peut-être en prison pouF dettes! s'écriait un autre. — Ecoutez, écoutez, répétait le plus grand nombre. — Le vieux chevalier était immobile. Cubières se
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tenait à l'écart et les yeux baissés. Le lecteur ayant réclamé le silence de la part de l'assemblée, il continua: «Ce malheureux » jeune homme, frappé depuis long-temps » d'une aliénation mentale, est en ce mo- » ment à l'Hôtel-Dieu de Paris. On espère » que les soins et l'habileté du chirurgien » en chef de cet hospice rendront bientôt » aux lettres françaises un poëte qui les a » déjà honorées par ses ouvrages. C'est par » la protection spéciale de monseigneur l'ar- » chevêque de Paris qu'il a été admis à )) l'Hôtel-Dieu; la bonté de notre auguste » prélat est inépuisable, et ce n'est pas là le » premier bienfait par lequel elle se soit si- » gnalée à l'égard de M. Gilbert. »
La lecture de cet article fit une vive impression sur les assistans : ils se regardaient tristement; quelques-uns versaient des lar-» mes, et tous déploraient le sort du jeune poëte, qui n'avait trouvé d'autre refuge qu'un hôpital. L'éloge ironique de la bien-