‹ GilbertChapitre 24 sur 27 · I.K REPUS. lyô · texte numérisé non relu

I.K REPUS. lyô

sur sa cheminée, elle fut d'abord troublée, et peu s'en fallut qu'elle ne courût cliez Imbert pour le prier de reprendre cet or dont elle n'avait pas besoin. Sa fierté se révolta d'une espèce de surprise faite à sa pauvreté : elle n'avait pas mérité tant de dévouement et Je sacrifices de la part d'imbert et de Greuze , qu'elle connaissait à peine , et la misère lui semblait , loin de Gilbert, préférable à l'opulence : cet état convenait mieux au deuil de son ame;elle ne voulait plus de la vie que ses angoisses et ses souffrances.

Mais aussi, en cédant h ce pF'emier mouvement, elle privait Gilbert des movens de le servir d'une manière efficace. Alors elle songea à la nourriture grossière de l'hôpital, à la détresse h laquelle son amant devait être réduit; elle se rappela ce qu'elle avait entendu dire sur le régime général des hospices, et bile remercia le ciel d'avoir donné à Gilbert des amis tels qu'Imbert et

Grcuzc. C'était pour son amant seul qu'elle acceptait leur oiv, qui lui était destine; mais à elle^ le travail de ses mains, son courage, suffisaient. Ses scrupules ayant disparu devant les intérêts de Gilbert, elle serra la bourse, et fît ses dispositions pour se rendre à l'Hôtel-Dieu.

Deux jours s'étaient déjà écoulés depuis la visite d'ïmbert et de Greuze : l'espérance devoir bientôt Gilbert, après une si longue séparation, avait puissamment contribué au rétablissement de la santé d'Henriette; les traces de la crise tci»riblc qu'elle avait provoquée s'étaient presque effacées , et lorsqu'elle sortit pour aller à l'Hôtel-Dieu, elle ne put échapper aux complimens de Viard, qui avait laissé sa porte ouverte pour voir sa jolie voisiiie. Il attendait cette occasion depuis deux jours : toujours respectueux, toujours discret, il ne s'était pas permis une visite, une démarche, que pouvaient cependant justifier le titre d'ami de Greuze, et

surtout les preuves de zèle et d'intérêt qu'il avait données à la maîtresse de Gilbert.

Dès qu'il aperçut Henriette, il se plaça à l'entrée de son atelier, et tenant toujours sa palette et son appuie-main , il la salua très-poliment, puis hasarda quelques objections sur une sortie qui lui paraissait trop prompte : c'était h ses yeux une grave imprudence, (jue probablement ses médecins ne lui pardonneraient pas. En parlant ainsi, il faisait allusion aux soins que Greuze et Imbert avaient prodigués à Henriette; mais celle-ci ne saisit pas le sens de ces paroles, et se hâta de remercier Viard de la complaisance qu'il avait témoignée. Ce n'était pas le compte du vieux peintre^ dont la curiosité sur la visite de Greuze et d'Imbert était loin d'être satisfaite. Le brusque départ d'Henriette trompa encore l'espoir de Viard; mais lorsqu'elle se fut éloignée, il se promit bien d'éclaircir un mystère qui commençait à l'inquiéter. Il ne savait pas encore quelle

était celte jeune fille, objet des attentions de deux hommes distingués per leurs talens: auquel des deux accordait-elle la faveur de sa première visite? Ces réflexions tourmentaient l'esprit de Viard : il regarda par la liînêtre qui donnait sur la cour, et vit avec étonnement qu'Henriette se dirigeait du côté de la rue Saint-Denis. Elle ne prenait pas le plus court chemin pour se rendre chez Imhert ou chez Greuze : l'un demeurait dans la rue du Sentier, l'autre place des Victoires. Combien il gémit alçrs de la nécessité qui l'enchaînait à son travail et ne lui permettait pas de suivre Henriette, pour savoir où elle portait ses pasî

Henriette avait pris des informations exactes sur les jours et les heures auxquels les étrangers étaient admis à l'Hôlel-Dieu ; elle n'ignorait pas la sévérité du règlement à l'égard des gens qu'Hun zèle imprudent engageait à porter des alimens aux malades; mais elle avait pris conseil de quelques per-

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sonnes qu'elle avait vues sorlir Je l'hospice. Le règlement n'interdisait pas l'introduction du sucre, des confitures, et autres choses qui ne pouvaient compromettre l'état des malades. D'ailleurs, Henriette, en ne consultant que son cœur et son amour pour Gilbeit, se serait bien gardée de ces fraudes dangereuses, de ces funestes préspns,que la police de l'hôpital proscrivait 'avec une juste rigueur.

Munie d'un petit panier oùse trouvaient les provisions destinées à son amant , elle prit le chemin de l'Hôtel-Dieu. En arrivant à la porte de cet hospice, elle éprouva tout à coup un saisissement semblable â celui de la crainte; ses genoux fléchirent sous elle, et d'affreux pressentimens l'assaillirent avec tant de violence qu'elle fut obligée de s'arrêter à l'entrée de l'Hôlel-Dieu. Quelques momens auparavant, elle souriait à l'espoir de presser Gilbert sur son sein, au bonheur de le revoir, de le consoler; elle ne son-

geail plus à la maladie horrible dont on tuî avait tracé le tableau fidèle. Mais à la porte de riiospice , le spectacle de l'affreuse réalité qui frappa ses regards suspendit ses pas : des mourans portes sur des civières passaient devant elle ; elle entendait des gémissemens , des cris arrachés parla douleur, et elle se rappela que son amant avait, comme eux , passe sous cette porte funèbre.

Elle s'assit sur une borne, déposa près d'elle son panier, et tâcha de surmonter l'horreur que lui inspirait la vue de l'Hôtel- Dieu. Les sombres pensées qu'elle réveillait dans son esprit étaient celles de l'agonie et de la mort : au lieu de son amant, de ce Gilbert tant aimé, elle allait trouver un cadavre couvert du funèbre linceul, et peut-être même devait-elle renoncer à l'espérance de le voir encore une fois! Cependant elle avait un devoir sacré à remplir: celte idée lui rendit quelque force et ranima son courage. Elle se leva alors; mais s'affaiblissant de nou-

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