‹ Ginette la rêveuseChapitre 27 sur 29 · CHEZ MADAME BIGORNEAU · texte numérisé non relu

CHEZ MADAME BIGORNEAU

Il y a un an, j'allai cliex Féfé que je n'avais pas vu depuis assez longtemps ; j'avais un service à. lui demander. Je le trouvai tr^s changé ; lout un côté de son visage était à peu |u'ès para lysé, ce qui lui doimail,, quand il |>arlaif, une fixpression d'ini comique macabre qu'acceii tuait sa nuirclie saccafléc de clown anglais rpii joue à l'alaxiqu''.

Comme toujours, i! me recul, fordial et Ipu drc, avec joie. Dès les premiers mots, il me ra conta :

- Ben, lu sais, Ion Busse, qu'est ce «pie j'y ai passé !

- Ouel Busse?

GJNEÏTE LA REVEUSE

ïo:i Mouratoff ! Je serais pas mort tranquille si je t'avais pas vengée de ce qu'il t'a fait. Ah ! mais alors, tu parles d'un ramponneau ! Qu'est-ce qu'il a pris, le frère !

— Où ça? Comment?

— J'ai été à son bar, là où il s'saoule toii'. ^ les nuits. J'm'étais un peu drogué pour r.occase, parce que j' tiens pus d'bout ; mais c'soir-là, dopé comme j'étais, j'en craignais pas. J'y ai cherché des rognes, il s'est rebiffé, alors, pan, lia direct du droit dans le buffet !... Ah"t jcTui pas raté ! Et puis, une bonne série dans la tomate, il s'est ciffalé, je te dis qu'ça. Une fois jy.XT terre, il lirait son pétard, il voulait m'bou-

Alors, j'y ai mis mon pied dans l'ventrc ; li est fichu d'en claquer avant six mois. Après ça, je m'suis défilé gentiment, tu parles ! C'est tous copains à moi dans ce bazar-là, et y avait •pas d'autres témoins. Maintenant, j'y en veux l'Ius. Tu es contente, la gosse ?

J'étais ravie et je sautai au cou de Féfé pour

ircasse tranquille, mon nùjc pue i'cimetière... Et alors? T'es venue l^ur me voir, j'sais bien, mais à part ça?

- T?..r>i,fQ^ Féfé, je voudrais... f^^ nr^M}nyr>"n,u.

m'ennuie trop, je voudrais... voir des choses, voudrais aller... tu ne pourrais pas, un jour, nduire dans une... une de ces maison?, tu . ' me semble que ça m'amuserai'.

Xon ? Tu en es là, ma poupée ? Et tu crois ça t'distrairait d'voir ça? Ça tjdégoûtera,

\ jir, que je voudrais ; ce serait... faire semblant un jour d'être ii !*• des femmes... Ça serait... Ça serait drôle...

Féfé me regiud.i i-i uii, nw-r un*- juiie ccu-l;.rv.nie que je n'oublierai pas :

Pauv' jolie, t'es pas louf ?

Je repris, volubiie :

— Peut-être bien que je suis folle, mais, \ji3-tu, je veux, ' . essayer ça au?si...

'.iirr";, ch bien...

'u t'fera^; rtligieuse ? Y aurait des précé- Mcnts. Enfin, >\ tu y tiens : Dis donc, tu préi res que ça se sache pas, nature?

Bien entendu.

iifiiu, «lie Ile i-eruiL qu'cies étrangers. J't'y eiii ujènerai uu jour, si tu changes pas d'idée.

Pauvre cher Féfé, complaisant jusqu'à Tinfa mie ! Je ne dois pas lui en vouluir. Aussi bien, s'il m'avait refusé son aide, j'aurais quand même accompli mon projet, sans doute en corn mettant des imprudences qu'il sut éviter.

Je n'insisterai pas sur les détails de cet après midi dans une hospitalière maison cliic. Je dois dire seulement que la... directrice de la maison s'arrangea pour que je pusse voir, sans être vue, les visiteurs et que, par ce moyen, je fis mon choix en toute sécurité d'anonymal. Je dois dire aussi ({ue, malgré l'abjection où mon acte prouve que je suis tombée, le dégoût qui m'en reste absout peut être, un peu, cette honteuse fantaisie.

Après cette détestable aventure, je me pris en iiorreur, j'eus la nausée des choses de l'amour et je me jurai d'y renoncer à jamais. D'ailleurs, rien ni personne ne m'attirait plus, je vivais simplement, machinale et triste.

GhNOXK LA RÈVtLiSE 287

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