‹ Gingolph l'abandonnéChapitre 7 sur 12 · L ABSENCE · texte numérisé non relu

L ABSENCE

Un mois après le départ de Gingolph, la mère Lobez eut un grand chagrin. Elle perdit Désiré, qu'elle trouva mort, un matin, dans le berceau oh avait continué de coucher l'enfant dont la tête seule s'était développée. Le petit était condamné. (( C'est une délivrance », dirent les voisines. C'étaient aussi bien des sacrifices de moins, et bien des dépenses. Cependant, il fut pleuré comme s'il eût été le plus beau, et le plus cher. La mère demeura plusieurs jours sans parler, puis elle parla de toute chose, excepté de lui. Son maigre visage s'amaigrit encore*, autour de ses yeux, le cercle d'ombre s'élargit, et jamais plus il ne devait diminuer.

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Il fallait être mère pour comprendre toute cette douleur. Zabelle, qui venait chaque dimanche au Portel, versa des larmes vraies, la première fois qu'elle vit le berceau vide, rangé le long du mur et loin du lit de Rosalie Lobez. Elle s'appliqua à ne point raconter les histoires de la Beurrière, dont elle était toujours abondamment fournie, elle calma les enfants qui faisaient trop de bruit dans la maison en deuil, elle s'entretint, à voix mesurée, des mêmes choses dont on s'entretenait au Portel, assista aux vêpres, et, après l'office, s'étant assise dans une chaise basse à grand dossier, près de la veuve qui lui parlait de Gingolph, elle s'endormit, lasse de tant d'effort. Les dimanches qui suivirent, elle fut surprise que rien n'eût changé, et que l'enfant fût autant pleuré que dans les premiers jours. On se promena un peu sur la route. On joua un peu aux cartes, avec les filles aînées. Elle s'ennuya. Ce n'était pas une inventive. Elle avait besoin qu'on l'amusât. Ces princesses de la pêche et de la marine, dans leur quartier de Saint- Pierre, si elles ont un moment de tristesse, comme il en passe, le voisinage les en délivre, (( Voisine, ouvrez-moi? Je viens me désennuyer avec vous. » Mais, au Portel, Zabelle n'avait

point de relations. Elle devait vivre l'après-midi du dimanche, selon Ihabitude des fiancées, près de sa future belle-mère, et de Jacqueline, et de Jeanne, et des petits. On riait, quelquefois, par besoin de rire, malgré le deuil, d'un rire qui gagnait tous les enfants autour de la table, et que la mère laissait décroître, sans qu'elle eût le courage encore de s'épanouir à la joie des autres; le plus souvent, on ne savait que faire. Gingolph, naguère, emmenait tout le monde dans la campagne, ou au bord de la mer. Il avait un art pour varier les promenades et pour trouver des jeux. Mais Gingolph n'était plus là. Juin passa, puis juillet, et toute la saison oii les dunes sont chaudes sous les pins d'Hardelot. La maison devint moins triste, la mère Lobez comprit qu'elle devait s'efforcer d'être jeune encore, parce que les petits prenaient l'habitude de la regarder avant de rire, comme pour demander la permission. (( Il ne faut pasl disait-elle. Riez! Faites du bruit comme au temps de Désiré ! » Elle pensai! d'avance à ces dimanches, et à la manière dont elle occuperait l'après-midi, quand Zabelle serait venue. Elle préparait un laitage pour le dîner de deux heures, elle achetait un gâteau, bien que lu vie, à présent, fût difficile. Le principal soutien

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manquait. La mère s'était remise à porter le poisson dans les villages, et il fallait souvent aller le chercher aux halles de Boulogne, car les canots de pêche qui abordent à l'épi du Portel, comme elle disait, « c'est des grands-pères qui vont prendre une friture, et pas autre chose ».

Malgré tout, dans ce Portel inconnu, dans cette maison pauvre, sans le fiancé qui en était l'orgueil et plus qu'à moitié le chef, Zabelle s'ennuyait.

Un dimanche de la fin de septembre, elle avait quitté le Portel avant l'heure accoutumée, sous prétexte de recevoir des parents de Calais, qui devaient rendre visite aux Gayole. En vérité, la promesse des Calaisiens n'était pas ferme, et Zabelle quittait sa belle famille parce qu'elle était excédée du tapage des enfants, de la chaleur qui emplissait la rue et pénétrait les murs, des parties de pandour qu'il avait fallu faire avec Jacqueline, Jeanne, la mère Lobez qui n'aimait guère les cartes, mais qui se pliait à l'usage. A cause du beau temps et des baigneurs, elle avait mis sa belle coiffe, celle qui était bordée de dentelles de Bruxelles, elle avait pris son ombrelle, et ses mitaines de soie de couleur crème, et son tablier de moire assorti. Tout le Portel en devisait sur son

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passage : des femmes, des pêcheurs, des retraités, des Parisiens la suivaient de l'œil, comme une barque qui a toute sa voile en lumière. Elle emmenait Ludovic, jeune gars de neuf ans bientôt, crépu, violent et tendre. Il avait demandé d'accompagner Zabelle jusqu'à Boulogne.

— Je la défendrai! J'ai des pierres dans ma poche!

— Paix, mon dogue! N'y a pas besoin.

— Alors, je lui achèterai des sucres d'orge. Dans ma poche, j'ai aussi deux sous.

La jeune fille passa le revers de la main sur les joues de son adorateur, dont les yeux se levèrent, tout brillants. Le soleil commençait à perdre de son aiguillon, mais il était haut encore, il étreignait toute chose, et ne permettait point à l'ombre de s'élargir au revers des talus et des murs. Le ciel était maillé de gris blanc. Un orage éloigné mettait de la fièvre dans le sang des êtres jeunes.

— Il éclaire au-dessus d'Audresselle, dit Ludovic, mais nous avons le temps de gagner Boulogne, plus de dix fois. Vous marchez aussi vite que Gingolph!

Les promeneurs ne manquaient pas, baigneurs, marins, marchands, les uns qui venaient de Boulogne, les autres qui s'y rendaient. Tous

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deux, la grande jeune fille et le petit gars qui allongeait les jambes, ils allaient entre les maisons de cette rue Carnot qui est une pointe du Portel vers la ville. Déjà ils avaient dépassé la petite gare du tramway, ils marchaient entre les champs d'herbe et les champs de blé fauché, quand Ludovic entendit, derrière lui, un pas plus vif que celui des promeneurs. Il se détourna.

— Tiens ! Georges Le Minquier !

Zabelle fut contrariée ; elle essaya de marcher plus vite et d'échapper; même elle déplaça son ombrelle, pour cacher son visage. Mais l'homme la dépassa un peu, et la salua.

— Quelle bonne chance de vous rencontrer, mademoiselle Gayole ! Voulez-vous me permettre de vous accompagner? Et toi, Ludovic, failli mousse, le permets-tu?

— Avec plaisir, monsieur Le Minquier, dit l'enfant, flatté qu'on eût pensé à lui.

— Je vous en prie. Le Minquier, dit tout bas Zabelle, laissez-nous. La dernière fois que je vous ai rencontré dans la salle de danse, vous vous rappelez que Gingolph n'a pas voulu...

— Que je danse avec vous? En effet, et j'ai cédé. Je ne voulais pas qu'il y eût du tapage, et de la gêne pour la plus belle fille de Boulogne,

car VOUS pensez bien que je n'avais pas peur... Mais ce n'est pas elle qui m'a écarté, c'est lui... Puisque vous êtes seule, à présent, vous me devez bien une petite réparation... J'ai eu delà peine...

— Oh! pas longtemps! Vous ne manquez pas de danseuses, à ce que j'entends dire.

— Cette Beurrière est toujours la même, dit le mécanicien en relevant sa moustache, elle a le goût de l'amour, elle ne parle que de ça... Des danseuses, j'en ai des douzaines, c'est vrai, mais voyez comme je suis : il n'y en a qu'une qui compte, pour moi, et quand je la retrouve, par hasard, elle ne veut pas même que je marche sur la route, à côté d'elle.

Il oubliait de dire que le hasard, il l'avait préparé, et que, depuis une heure, il attendait Zabelle. Les mots qu'il disait avec une voix nuancée, en caressant sa barbe toute rousse dans le soleil, les mots tendres avaient une puissance sur le cœur de Zabelle. Ils le pénétraient jusqu'au fond, comme pénètre la pluie dans les terres fines et remuées. Elle se sentait toute molle du plaisir d'écouter. Et elle attendit, muette, et marchant la tête haute, qu'un groupe de commerçants de la paroisse Saint-Pierre, — la lingère qui fait le trousseau

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des matelotes accompagnée de son frère et d'une amie, — l'eussent croisée sur le chemin. Ces gens, qui la connaissaient de vieille date, la voyant avec Ludovic, n'eurent pas l'air étonné que Le Minquier fît route avec elle, et, au passage, la saluèrent comme de coutume.

— Mauvais garçon, dit-elle, vous ne cherchez qu'à enjôler. Restez donc avec nous jusqu'à VAve- Maria, mais après, vous me laisserez.

L'homme leva sa casquette, comme il avait vu faire au théâtre :

— Mademoiselle, on vous le jure I

Puis, prenant dans sa poche un paquet de cartes postales illustrées qu'il avait achetées, en prévision, dans une épicerie du Portel, il le remit à l'enfant qui marchait à droite de Zabelle.

— Tiens, Ludovic, amuse-toi aux images !

Et aussitôt, plus libre, se tenant près de Zabelle qu'il dominait d'assez haut, bien que la jeune fille fût de belle taille, il baissa la voix, comme s'il avait reçu la permission d'oser davantage.

• — Vous êtes, je le vois, meilleure que vos compagnes ne le disent.

— Qui ça? Marie Libert?

— Je ne nomme personne. Elles racontent que

VOUS êtes vive et qu'il ne fait pas bon être votre ennemie...

— Ah! mon Dieu! pour si peu! Deux ou trois attrapades par hiver, pendant que nous travaillons au grenier. Ces Porteloises n'ont pas de défense...

— Vous n'avez plus le droit d'en dire du mal. Et ce petit Gingolph, qu'en faites-vous?

— Pourquoi petit? Il est de ma taille.

— Simplement parce que j'ai la moitié de la tête de plus que vous. Où est-il?

— A Toulon encore.

— Je suis sûr qu'il vous écrit de jolies lettres? Elle le regarda : au coin des lèvres relevées

de Le Minquier, sous la moustache mousseuse, elle vit ce sourire dont elle n'avait pas l'habitude, et qui la troubla, et la fît rougir. De qui rougissait-elle? Et de quoi? Les lettres de Gingolph, celles de Zabelle, tout cela se valait bien. Jusqu'alors, elle n'y songeait guère.

— Il m'écrit, quand il a le temps ; il est comme moi : il aime mieux causer.

— Bah! peut-être qu'il se civilisera au service. J'en ai connu, qui étaient plus embarrassés que lui, en arrivant sur les bateaux, pour tenir un porte-plume, et qui finissaient par écrire comme des commissaires de la marine : un Creusotin,

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par exemple, un engagé, vous le devinez, que j'ai rencontré dans l'Océan Indien...

Il contait à merveille. Il commença une histoire qui fit rire Zabelle, et il voulait la faire rire. De la bordure d'herbe de la route, une alouette se leva, et monta en tournant, chanteuse dès qu'elle n'eut plus peur.

— Bon présage ! dit Le Minquier. Chez nous en Bretagne, on dit que les alouettes aiment la beauté, et que ce sont les jolies filles qui les voient le plus longtemps dans l'air. La voyezvous?

— Ohl oui!

— J'en étais sûr. Et maintenant?

— Encore un peu. Elle a plus de chant qu'elle n'est grosse !

— Ah! mademoiselle Zabelle, vous voyez que la Bretagne a raison : moi, un marin, pourtant, je n'ai pas l'œil assez clair. Non, vraiment, ce Gingolph a trop de chance !

— Flatteur ! Vous y revenez !

— Sans doute. A Boulogne, quand on parle de vous, savez-vous ce qu'on dit?

— Bien des menteries, je le sais déjà.

— Non pas : on dit que vous devez avoir vos raisons, et qu'on ne connaît guère, pour préférer

ce Portelois, mais que lui, sa chance est incroyable.

— Ceux qui parlent ainsi feraient mieux de se taire : ça doit être des jaloux.

— Il n'en manque pas.

— Si vous en connaissez, Le Minquier, ditesleur donc qu'on les voit venir.

Elle le regarda de nouveau. Elle vit les yeux ardents et caressants d'un homme passionné, et qui ne croyait pas à la sévérité de Zabelle Gayole. D'instinct, elle se sépara un peu de lui. Le sang de son corps de vierge lui monta au visage. Elle se sentit injuriée, et dit, mécontente :

— Mais sans doute. Je ne comprends pas ce qu'il y a de risible...

On arrivait à VAve-Maria. Le Minquier ne répondit pas. Mais le sourire léger ne quitta pas le coin de ses lèvres, et Zabelle, qui s'était retournée vers la ville toute proche, comprit que les yeux doux et cruels continuaient de l'envelopper, et elle descendit la pente, la tête bien, levée, et le cœur battant. Quand ils furent en bas, tous les trois, ce fut Zabelle qui arrêta la troupe. En touchant le sol de sa ville, elle reprit pleinement possession d'elle-même, et, de l'air le plus naturel :

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— Allons, mon petit Ludovic, rends les images à monsieur Le Minquier. Retourne au Portel. Tu as été un bon compagnon...

Elle se tourna vers Le Minquier :

— Je n'en dirai pas autant de vous !

Lui, il savait bien que les reproches ne comptent guère quand ils viennent en adieu. Il prit l'air le plus conquérant; il s'inclina, comme il avait vu faire, lorsque, à bord des navires, dans les ports, les officiers recevaient des visites.

— Donnez-moi la main : on s'embarque aprèsdemain pour Grimsby !

Elle ne tendit pas la main.

— Au revoir quand même, jolie matelote!

Et il s'en alla en sifflotant, sans se retourner. Ce fut Zabelle qui le suivit du regard, jusqu'à ce qu'il fût devenu un passant lointain, au bout de la rue. Ludovic la tirait par le bras, et elle ne s'en apercevait pas, elle ne répondait rien :

— Embrasse-moi, Zabelle, avant de partir! Elle se pencha enfin, baisa au front l'enfant qui

vit bien qu'on ne faisait point attention à lui, et qui s'en alla, triste, non regardé.

L'automne vint. Plus d'une fois, le second mécanicien du Dragon, voyant passer Zabelle sur ie quai, s'avança vers elle, trouvant un prétexte :

(( Ah ! mademoiselle Zabelle, une commission à faire à monsieur Gayole, si vous aviez la complaisance? » Elle ne refusait pas de s'arrêter et de causer un moment avec lui. Mais toutes les fois qu'il la regardait, elle avait un petit regret ensuite, de n'avoir pas continué sa route. Ils étaient plusieurs qui plaisantaient volontiers avec cette Gayole, et, dans le matin maussade, quand elle était en vue, pendant plus de cinq minutes il y avait de la gaieté dans les propos des hommes et de la flamme aux yeux des jeunes. Mais un seul lui faisait peur, et cependant elle s'arrêtait.

Georges Le Minquier avait six ans et demi de plus qu'elle, et six ans de plus que Gingolph. C'était un homme aux traits menus et jolis, de taille haute, souple d'allure, de l'espèce qui sera toujours maigre, et dont les muscles plats saillaient à chaque mouvement, sous la peau blanche. Né dans un bourg voisin de Saint-Malo, fils d'un ancien marchand forain établi sur le tard comme ferblantier, il était, physiquement et moralement, un étranger dans la marine de Boulogne. Mais ce qui lui valait peu de crédit parmi les marins, n'était pas toujours pour lui nuire auprès des filles et des femmes du port. Personne ne savait mieux amuser, retenir, attendrir même une de ces belles

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Boulonnaises qui ont le goût de la conversation, et riiabitude, comme des Espagnoles, d'avoir un cavalier servant. Elles disaient bien : « C'est du bourgeois, les gens de la chaufferie )),mais toutes n'y mettaient pas le mépris dont était animé, par exemple, le patron Gayole, lorsqu'il parlait des mécaniciens et des soutiers. L'éducation de Le Minquier avait été plus complète que celle des pêcheurs. Elève de l'école primaire, en Bretagne, jusqu'à treize ans, puis, de treize à seize ans, élève de l'École pratique d'industrie de Boulogne, d'où sortent beaucoup de mécaniciens, il avait, déplus, continué de lire, n'importe quoi, au hasard d'une curiosité souvent malsaine, et s'était fait une réputation d'esprit fort et hardi. Dans les tentatives de grève, plusieurs fois, il avait eu son rôle, celui des parleurs qui flattent l'ouvrier, le décident, et se retirent lorsque l'action commence. Gayole ne l'eût pas laissé inscrire sur le rôle d'équipage du Dragon, si Le Minquier n'avait eu, d'ailleurs, la réputation d'un praticien habile. Tel était l'homme qui, patiemment, guettait Zabelle. Pour lui, elle n'était pas seulement la plus jolie fille de Boulogne, mais une conquête profitable. Sans doute, le harenguier ne rapportait pas beaucoup d'argent à son propriétaire, mais le mécanicien attribuait

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au patron la malchance du bateau, et, ignorant le véritable état des affaires de Gayole, il se disait qu'un gendre jeune et avisé, commandant le Dragon, ou choisissant le nouveau patron, aurait un sort enviable.

Un soir qu'elle l'avait vu seulement passer près d'elle et la saluer au retour du travail, sous la pluie d'hiver que le vent couchait, Zabelle prit une feuille de papier et écrivit à Gingolph : « Dis-moi donc que je suis jolie? Tu me parles beaucoup de la mer et de la Chine, tu ne me parles pas de moi. J'ai besoin de compliments. » La réponse fmit par venir, mais après combien de temps! Et quand Zabelle la tint entre ses mains, elle eut le sentiment que c'étaient là des tendresses fanées, qui venaient trop tard et sur commande, et elle s'irrita contre ce fiancé qui ne la défendait pas. Hélas! il était loin, il ne savait rien, et si quelque pensée de jalousie, le souvenir, par exemple, du dernier soir à Boulogne, traversait son esprit, il l'écartait comme une tentation. La distance avait fait son œuvre, la privation exaltait ce cœur tendre : à mesure que le temps s'écoulait, Gingolph aimait Zabelle d'un amour plus fort et plus timide. Aux heures difficiles, il évoquait l'image de la fiancée. Elle l'aidait à vivre honnêtement, et il

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