‹ GiorgioneChapitre 18 sur 33 · I. The Burlington Maga:[iiie, avril · texte numérisé non relu

I. The Burlington Maga:[iiie, avril

Lord Berwick, à ramabilité duquel nous devons de pouvoir reproduire ici la photographie de ce curieux tableau, a bien voulu nous faire savoir que M. Herbert Cook avait découvert récemment une réplique de sa peinture dans une collection particulière de Belgique.

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très doux, à peine strié par quelques nuages se mouvant lentement. Des châteaux couronnent les crêtes les moins élevées et les plus proches, la prairie est coupée par la bande sinueuse et argentée d'un petit cours d'eau qu'un pont franchit. A peine l'a-t-on passé que l'on arrive à la petite ville d'Asolo, dont les demeures serrées les unes contre les autres s'alignent et se découpent sur les verdures croissant aux flancs des coteaux. Ce beau paysage nous retient autant que les personnages qui en animent les premiers plans. Nos yeux se portent pourtant d'abord sur Catarina Cornaro. Un arbre couché sur le sol lui ménage un siège rustique ; un joueur de viole dont les traits nous rappellent ceux du « jeune homme violet » y a pris place près d'elle; un patricien, en chausses rayées, la poitrine bardée d'une armure côtelée, est debout près du musicien. La viole chante sous la caresse d'un archet flexible. Une jeune femme est à la gauche de la princesse, un genou en terre, et la m.élodie qu'elle tire de son luth, se fondant avec le chant principal de la viole, fait rêver sa royale voisine.

Un des assistants nous attire entre tous ; il est au centre de la composition, absorbé dans sa contemplation intérieure ; on a l'impression qu'il se sent délicieusement seul en cet instant divin, bien qu'il soit entouré de visages amis ; sa tournure est élégante et noble, son masque aux traits accusés est baigné de mélancolie. Il tient à la main une pique et semble s'y appuyer comme le jeune homme en armure, sans doute moins sensible que lui au charme du présent. Son m.aintien ressemble à

Pl. XIX.

Photo A. Giraudon.

L EPREUVE DU FEU (Florence. — Musée des Offices.)

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celui de l'Adraste du palais Giovanelli et notre pensée nous ramène aussi, en le regardant, vers le portrait de David de la Galerie de Brunswick. Ne serait-il point le peintre de Castelfranco ?

M. Cook va plus loin dans ses conjectures. Il se demande si un des personnages placé dans le groupe de droite ne serait pas Bembo le Cicéronien ^, si ce chevalier en armure ne serait pas ce Matteo Costanzo pour lequel Zorzi a peint la Madone de sa chère ville.

La toile originale dont nous analysons ici la copie date, selon M. H. Cook, de 1495 environ. Giorgione avait donc à ce moment environ dix-neuf ans ; la châtelaine d'Asolo n'avait guère dépassé la quarantaine. Cette remarque est d'une importance capitale pour l'authentification du portrait de la Galerie Crespi qui a donné lieu aux nombreuses controverses que nous avons relatées. L'effigie de la collection milanaise n'at-elle pas avec celle du tableau de Lord Berwick une ressemblance indiscutable et le costume de l'hôtesse pensive n'est-il point à peu de choses près pareil à celui du modèle de l'ex-coUection Crespi ?

Certains critiques ne se sont-ils pas précisément refusés à croire qu'une princesse royale comme Catarina ait pu se laisser portraiturer en des atours d'une simplicité peu faite pour flatter son orgueil de paraître ?

La note étrange elle-même ne fait point défaut dans la composition d'Attingham Hall ; un Turc coiffé d'un tur-

I. Titien exécuta, d'après lui, vers 1530, un remarquable portrait qui est placé, à Rome, dans le Palais Barberini.

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ban blanc, pareil à ceux de Carpaccio, débouchant du fond du paysage, passe sous une arcade de pierre accolée à im rocher surmonté d'arbres dont le feuillage très fin tremble sous l'action de la brise, comme celui de l'arbrisseau qu'on voit dans le Concert champêtre. Giorgione aime les silhouettes massives des tours ; nous les voyons, cette fois, voilées par un rideau de verdure.

IvC coloris assez médiocre de cette œuvre n'est giorgionesque que d'intention. Elle diffère, dans son ensemble, de la plupart de celles données à Giorgione. Si cette toile n'est pas, en réalité, une copie, mais bien un pastiche, elle n'a pu être conçue que par un artiste plein de mérites qui a fort bien observé l'CEuvre de Zorzi.

]> dernier personnage de droite, coiffé d'un toquet à plume blanche, n'est-il pas habillé comme le chanteur de Florence et ne lui ressemble- t-il pas un peu ? le jeune homme attentif, à ses côtés, ne tient-il pas sa mandore à la main comme le moine chauve du Palais Pitti ? Si l'on s'étonne un peu de l'ordonnance assez logique de la composition, n'y a-t-il pas lieu pourtant de la rapprocher de celle du Jugement de Salomon de Kingston-Lacy qui comporte un nombre de figures presque égal ? Le personnage placé au centre, un peu au second plan, et que nous croyons être Zorzi, replie son bras sur sa poitrine et pose sa main sur son cœur comme la vraie mère dans la composition de Kingston-Ivacy ; ses voisins sont groupés autour de lui en deux masses qui s'équilibrent.

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