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CHAPITRE VII

LES SUJETS LÉGENDAIRES, BIBLIQUES ET MYTHOLOGIQUES. — LA MORT DE GIORGIONE.

L'influence de Mantegna et de Pérugin dans ses premières œuvres. — Parallèle entre Botticelli et Giorgione. — Les commandes officielles. — Les poursuites amoureuses. — Giorgione et Poussin. — Vénus endormie, prototype des figures nues de Titien et de Palma. — La grande épidémie d'octobre 1510 à Venise. — Les versions de la mort de Giorgione.

Giorgione est un lyrique bien plus qu'un réaliste. Si ses conceptions sont le plus souvent objectives, leur exécution, leur réalisation ne l'est pas. lya couleur dont il les enveloppe a déjà par elle-même sa signification propre; elle vibre sur sa toile comme une musique idéale.

La pureté du sentiment religieux se mourait en Italie à la fin du Quattrocento, les Recueils d'esquisses de Jacopo Bellini qui contiennent déjà en germes toutes les représentations fantaisistes ou profanes de la peinture vénitienne en font foi ; aussi ne doit-on pas s'étonner de ce que Giorgione qui ne savait plus prier ait bouleversé les traditions picturales du passé.

Après avoir passé une partie de sa vie à peindre des tableaux chrétiens, le vieux Giovanni, qui représenta

I in GIORGIONE

parfois des allégories assez hardies, se refusait encore (ainsi qu'en témoigne la correspondance d'Isabelle de Gonzague ^) à exécuter les compositions mythologiques qu'on sollicitait de lui. Ces compositions occupent dans l'œuvre de Giorgione une grande place, à côté des scènes bibHques et profanes.

Si le peintre attitré des Doges qui possédait dans son atelier un buste de Platon et un torse de Vénus, n'a guère été influencé par son glorieux beau-frère Mantegna, en qui revit si curieusement l'antiquité, il n'en a sans doute pas été de même pour maître Zorzi qui a devancé les idées de son temps. Giorgione a très bien pu connaître Andréa Mantegna dont l'action se découvre assez aisément dans ses premières compositions empruntées aux légendes bibliques.

IvC futur cardinal Pietro Bembo, bibliothécaire de Saint- Marc, amoureux de tout ce qui touchait à l'antiquité, jouissait à ce moment d'une grande autorité sur tous les lettrés d'Italie, et fréquentait assez régulièrement la petite cour de Catarina Cornaro, sa cousine.

M. Paul Landau " imagine comme nous que les séjours de Giorgione chez sa protectrice d'Asolo. où il a dû rencontrer Bembo, ont pu avoir sur l'orientation de son imagination une influence assez considérable. Une chose

1. Cette princesse adressa un grand nombre de lettres à Giovanni Bellini pour lui réclamer une composition païenne commandée par elle, et pour laquelle elle lui avait fait consentir une avance.

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