‹ Giosue Carducci et la FranceChapitre 10 sur 54 · LES SOURCES FRANÇAISES DE CARDUCCI · texte numérisé non relu

LES SOURCES FRANÇAISES DE CARDUCCI

Observations préliminaires.

I. — Dans les pages qui suivent, on trouvera une sorte de catalogue des sources françaises de Garducci. Nous en avons enregistré beaucoup. Quelques-unes peuvent néanmoins nous avoir échappé. Nous souhaitons qu'on nous les signale.

Nous considérons comme source tout passage d'auteur français où Garducci a rencontré un fait, une appréciation, un raisonnement, une hypothèse, une formule, auxquels il a ensuite accordé une place dans son œuvre. Peu importe d'ailleurs qu'il en indique ou non lui-même l'origine, qu'il les juge ou non exacts, qu'il en parle avec sympathie, colère ou indignation.

TT. — Ge catalogue de sources, considéré en lui-même et isolément, ne saurait présenter un intérêt immédiat, sauf pour un érudit qui serait désireux de publier une édition critique des œuvres de Garducci.

Mais nous n'avons pas dressé ce catalogue comme un travail devant resté isolé. Il contient une série de renseignement? dont

nous ne pourrons nous passer pour établir plus loin quelle fut, par exemple, l'étendue de la culture française de Garducci et quelle en fut la nature, suivant quelle méthode il traitait les matériaux empruntés à nos auteurs, dans quelles limites il sut rester original alors qu'il imitait.

lit. — Quant à la détermination des sources, évidemment il y a siirlont deux cas uù l'on ne peut mettre en doute qu'un passage français ait inspiré Garducci :

1° Quand l'écrivain italien lui-même le déclare et que, du reste, ses références plus ou moins complètes et précises sont reconnues vraies après contrôle;

2° Lorsque le texte italien, postérieur au texte français, y correspond, en général, même dans les termes employés, et que cette rencontre ne peut s'expliquer par le fait qu'ils seraient l'un et l'autre la traduction d'un même original.

IV. — Dans d'autres cas, il faut recourir à des preuves moins directes, mais souvent, néanmoins, très frappantes: ainsi, quand l'œuvre italienne et une œuvre française antérieure reproduisent (sans avoir un commun modèle) un ensemble de mêmes arguments, enchaînés de la même façon, pour aboutir à une conclusion identique.

La conviction est alors particulièrement forte :

1° Si l'ouvrage français était, sans nul doute, ou pouvait du moins être connu de Garducci au moment oi!i il écrivait le morceau examiné. Ainsi, bien qu'au § 3 il no renvoie pas à Ozanam, Documents inédits, il connaissait, nous le savons, cet ouvrage dès 1863 (cf. § 179), c'est-à-dire plusieurs années avant d'écrire les Discorsi, à wnc page desquels se rapporte le § 3. Dans ces mêmes Discorsi, il ne cite pas le Dante de Pauriel; mais dès 1865 au moins, il y renvoyait (cf. §§ 4 et 52);

2° Si Garducci. en d'autres occasions, a, sans aucun doute, tiré parti de l'œuvre française, signe qu'elle lui était assez familière, (jii'il l'estimait;

- III - ^jv>

S'* Si surtout ii y a, outre la conformité de pensée, la présence, dans les deux textes, de quelque mot ou de quelque phrase caractéristiques, comme c'est le cas, plus loin, au § 164, v.

V. — L'absence d'une ou plusieurs des conditions que nous venons de citer pourra nous rendre parfois hésitants et nous réduire à formuler de simples hypothèses, ainsi aux §§ 164, g, et

VI. — Faute d'indice sûr, il nous arrivera de ne pas savoir, entre, deux ouvrages connus de Carducci, lequel lui a servi de

source (voir § 70, 8)-

VII. — Pour les textes de Carducci, nous renvoyons à la collection de ses Opère, publiée à Bologne par Nicola Zanichelli.

VIII. — Au moment d'aborder l'examen critique d'une œuvre de Carducci, nous avons soin de marquer (d'après les indications qu'on lit dans les Opère) la date de sa première publication. De la sorte, le lecteur pourra facilement constater qu'elle est postérieure aux travaux français indiqués comme sources.

IX. — Nous ne manquons pas de noter si c'est Carducci luimême qui nous révèle une source. Quand il le fait avec assez de précision, nous nous reportons, sauf avis contraire, aux éditions citées par lui-même. Quand nous trouvons quelque chiffre erroné dans ses références, nous signalons l'inexactitude.

SOURCES FRANÇAISES DES ŒUVRES m PROSE

DE G. CARDUCCl

Dello svolgimento délia letteratiira italiana.

{Opère, t. I.) (Ces discours furent prononcés à Bologne durant les années 1868-1871.)

i. — (Garducci, t. 1, p. 29-31.) C'est le passage sur l'an mil. On lit dans la revue La Critica (Napoli, 1910, vol. VIII, p. 290) : « Notiamo che il brano sui terrori dell' anno mille nei discorsi sullo Svolgimento délia letteratura nazionale, richiama la pagina del Michelet, Hist. de France, 1. IV. » Nous aussi, nous avions cru tout d'abord trouver un air de famille entre les deux morceaux. Mais l'analyse, puis la comparaison des idées et des expressions qu'ils contiennent, nous amènent à conclure que les éléments communs aux deux sont très peu nombreux et que Garducci a pu les trouver ailleurs que chez Michelet.

2. — Garducci (I, p. 37 et suiv.) explique le développement de la littérature italienne par l'action, concordante ou non, de trois principes, dont il nous expose l'influence jusqu'au xvif siècle : le principe ecclésiastique, le principe chevaleresque, le principe national.

Or, dès 1828, Guizot, dans un cours publié la même année sous le titre d^Histoire de la civilisation en Europe, avait établi que cette histoire est le résultat d'une triple influence exercée par la Rome antique ou i)lnlôt les héritiers de ses idées, par l'Eglise chrétienne, par les Barbares.

Sans doute, Garducci dit en général « cavalleresco » là où Guizot écrit « barbare » ou « léudal ». mais la dilTérence appa-

raîtra sans importance si l'on considère qu'il nomme chevalerie la barbarie elle-même, plus ou moins disciplinée et concourant à la civilisation. « Di faccia alla Chiesa sorge la barbarie, o. diciam meglio, la società di conquista. rappresentata nella civiltà e nella lettoratura cavallcresca » (p. 44).

On ne peut admettre que Carducci et Guizot aient suivi un commun euide. Sans doute, avant Guizot, on avait pu démêler l'existence des trois principes, mais on les avait considérés isolément. Le premier il étudia leur action parallèle en 1828. Il les énonça de nouveau dans son Histoire de la civilisation en France, t. IT. 30* leçon. D'autres, après lui, les répétèrent, notamment A.-P. Ozanam, dans la ])réface qui précède Les Germains avant le Christianisme (Paris, 1854).

Néanmoins, nous croyons que Carducci a puisé la connaissance de ces trois principes non pas chez quelque disciple de Guizot, non pas même dans V Histoire de la civilisation, en France, mais dans VHistoire de la civilisation en Europe. Car, en faisant l'analyse de cette triple influence, il avance des idées développées déjà dans ce dernier ouvrage et dont quelques-unes furent considérées par adversaires ou admirateurs de Guizot comme caractéristiques de cet auteur (rôle civilisateur joué par l'Eglise; l'indépendance, trait essentiel des Barbares, etc.').

De même que Guizot (Hisf. dn la cirilisation en Europe, 12* éd., Paris. 1872, p. 50 et suiv. et toute la 5" leçon), Carducci (p. 37, 38, 41) distingue soigneusement entre le christianisme considéré comme un ensemble de croyances métaphysiques, et l'Eglise, organisation complexe, admirablement appropriée à son but. Ils croient tous deux que les nouvelles doctrines n'auraient eu qu'une fortune éphémère, si un « gouvernement » vigoureux ne les eût propagées et défendues.

Tous deux constatent que les empereurs romains avaient

* Pour justifier nos npprt^ointions rliverses sur Ouizot. nous renvoyons A de l'Epinois, Quizot historien (Rduc des qtiest. hist., 1875, 1): — Rarboux. Guizot historien (Séances et travaux ilc rAcad. des Se. mor., 142. 1S041.

transmis à l'Eglise une grande part du pouvoir civil : d'où augmentation considérable d'influence salutaire et, en même temps, cause de dépravation pour le clergé (Guizot, p. 54-58; Garducci, p. 31-32).

Plusieurs fois, dans ce discours de Garducci, l'Eglise apparaît comme une héritière des Romains. Elle propage leur langue, leur littérature, leur science et elle continue ainsi leur œuvre d'unification civilisatrice (p. 43). Elle garde à la fois leurs tendances universelles et leurs traditions éclectiques (p. 37). « Perocchè dove non è la chiesa nel medio evo? Ella restituisce l'impero, o lo combatte; ella benedice la cavalleria, o la scomunica; ella favoreggia i comuni, o gl' invade; ella canonizza i dotti, 0 gli brucia. Tanto meno poteva a questo predominio sottrarsi la letteratura in Italia » (p. 44). Elle se mêle donc à tout avec des principes contradictoires en apparence, mais dont le choix était imposé par les circonstances.

Les passages de Garducci auxquels nous venons de renvoyer ne sont — pour une bonne part — qu'un résumé des pages où Guizot développe les mêmes idées (p. 163-188) et où il écrit par exemple : « La plupart des idées... de l'Eglise en matière de législation, de justice, dans tout ce qui intéresse la recherche de la vérité et la destinée des hommes... étaient empruntées à la législation romaine...; si l'Eglise ne les avait pas gardées et défendues, si elle n'avait pas travaillé à les propager, ces idées auraient péri » (p. 166). — « L'Eglise a dû exercer une très grande influence sur l'ordre moral et intellectuel de l'Europe moderne, sur les idées, les sentiments et les mœurs publiques. Le fait est évident; le développement moral et intellectuel de l'Europe a été essentiellement théologique... Dans toutes les branches de la littérature, les habitudes, les sentiments, le langage théologique... éclatent à chaque instant » (p. 171-172). — « Faible, l'Eglise se mettait à couvert sous le pouvoir absolu des empereurs; forte, elle le revendiquait pour son propre compte, au nom de son pouvoir spirituel » (p. 173-174).

En un mot, quarante ans avant Garducci, Guizot avait insisté

sur le rôle civilisateur de TEglise. Notons seulement, pour Tinslant, que Guizot n'avait y)as songe à montrer comment l'Eglise contribua heureusement à maintenir en honneur la langue latine. C'est une lacune que répare Carducci.

Quant aux Barbares. Guizot et Carducci leur reconnaissent tous deux comme trait distinctif l'amour de l'indépendance, une disposition innée à ne s'incliner que devant la force : aussi l'anarchie eût-elle régné en maîtresse au Moyen âge sans l'adresse avec laquelle l'Eglise intervint pour discipliner les conquérants venus de Germanie (Guizot, p. 56. 58, 61. 149; Carducci, p. 45).

3. — A propos de la persistance en Italie de traditions antiques et (lo la langue latine, il nous semble que Carducci (I, p. 48-49) s'est inspiré d'Ozanam (p. 10, 68-70. Des Ecoles en ffalie aux temps barbares, dans Documents inédits pour servir à l'histoire littéraire de l'Italie depuis le M II" siècle jusqu'au XI 11% avec des recherches sur le Moyen âge italien, Paris, Jules Lecoffre, 1850).

Sans doute, Ozanam lui-même a tiré les exemples qu'il cite de sources diverses auxcjuelles Carducci aurait pu, à son tour, directement recourir (Muratori. dom Bouquet, etc.). Sans doute aussi Carducci eût pu les recueillir épars dans Pauriel {Dante et les orifjines de la langue et de la littérature italiennes). Mais seuls Ozanam et lui ont groupé, à peu d'exceptions près, les mêmes faits pour arriver à la même conclusion. Voilà une présomption que Carducci procède d'Ozanam. Cette présomption se fortifie si l'on rapproche les passages suivants. Dans le premier, Carducci, après Ozanam, introduit les Carthaginois, (]ue l'auteur latin cité par eux deux n'avait pas nommés, car il avait seulement écrit :

Inclytonim Pisanorum scripturus historiam, Antiquorum Romanorum renovo memoriarn.

(Cité par Ozanam. p. 70.)

Quant nu second passage mis en colonne, le texte italien y est la traduclittii du français.

Udite il rapsodo latino délia vittoria pisana su i saracini affermare ch' ei rinnova la memoria degli antichi romani e délia guerra cartaginese. (Puis vient la citât, lat.)

Vedete... opporsi Milano che non si abbatta il suo Ercole, Padova mostrar la tomba di Antenore... i pescatori di Messina rinnovare a ogni anno la prooessione di Saturno e di Rea.

Vers le même temps, un chant de guerre célèbre la victoire remportée par les Pisans sur les Sarrasins. Si vous prenez l'auteur au mot, il vous fera croire qu'il s'agissait de vider la querelle des Romains et des Carthaginois (p. 70).

Le peuple de Milan ne permet pas qu'on renverse la statue d'Hercule... ; Padoue montre le tombeau d'Anténor... ; les pêcheurs de Messine renouvellent chaque année la procession de Saturne et de Rhéa (p. 68).

Sur la connaissance que Gardueci avait d'Ozanam à la date 011 il composait ses discours sur le Svolgimento délia letteraiura nazionale, voir nos Observations préliminaires, § IV, 1**.

4. — D'après Gardueci (I, p. 55-56), c'est à la religion chrétienne qu'il faut, en grande partie, attribuer la vitalité du latin en Italie. Sans doute, ailleurs comme là, elle en fit la langue de l'Eglise et do la science. Mais là elle fut aidée par la tradition classique et les lois. Dans tout autre pays, c'étaient les dialectes qui régnaient hors de l'Eglise, de l'école et des tribunaux. Au contraire, se rappelant que le latin était la langue de leurs pères quand ceux-ci commandaient au monde, les Italiens le réputaient seul digne d'exprimer les pensées des sages, l'histoire, les conceptions artistiques; ils le comprenaient et le parlaient plus communément que les étrangers.

Ges idées avaient déjà été exprimées par Fauriel {Dante et les origines de la langue et de la littérature italiennes, Paris, 1854, t. II, p. 325-330, 332, 333, 338-341). — Pour la connaissance que Gardueci avait de Fauriel, qu'il ne nomme pas dans ces discorsi, voir nos Observations préliminaires, § IV, 1°.

5. — Selon Gardueci (I, p. 56-58) et Fauriel (Dante, t. IL p. 362- 393), il n'est pas douteux que l'Italie n'ait eu de bonne heure, au Moyen âge, « un certain .gofit, un certain besoin de fictions héroïques ou romanesques » et n'ait tenté de le satisfaire. Pour le prouver, Gardueci cite des fragments de vieilles légendes épiques

italiennes. Il va les chercher précisément comme Fauriel dans la chronique Novalèse publiée par Muratori. De plus, les trois « échantillons » (Fauriel, p. 370) qu'il retient comme les plus intéressants sont tout juste ceux que Fauriel avait lui-même choisis et analysés : ils se rapportent à Walter d'Aquitaine, à C'iharleniap-ne. à Adelghis.

Après ces fictions, Carducci et Fauriel (p. 373) en considèrent d'autres construites non plus, dit l'auteur français, « sur les guerres et les aventures du moyen âge, .mais sur des traditions de l'antiquité ». Cette fois, il est vrai, il n'y a concordance entre les deux auteurs que pour un seul exemple, les origines de Florence. Mais cet exemple amène Carducci à greffer ici, par association d'idées, un développement dont le thème se trouve ailleurs, dans le même ouvrage de Fauriel, p. 481, sur Attila.

Les deux auteurs concordent encore dans leur conclusion, pour les idées sinon pour les termes qui les traduisent. Selon eux, il y a « identité... de la littérature en langue italienne qui commençait et de l'ancienne littérature populaire latine qui était au moment de s'éteindre... Il n'y a pas moyen de concevoir la plus récente autrement que comme la conséquence immédiate, comme la continuation directe de la plus ancienne, de la littérature latine » (Fauriel, p. 302). « Cotesta letteratura [latina], dit Carducci, p. 58, fu certamente il substrato délia posteriore in lingua volgare. »

Certes, Carducci pouvait, sans lire le Dante de Fauriel, connaître les faits sur lesquels il attire l'attention du lecteur. Mais il avait certainement lu Fauriel quand il composait ces pages; d'autre part, le choix des idées et leur enchaînement est le même chez les deux ;uit«Mirs. On doit donc admettre que Carducci prit cette fois son devanci<M' français comme guide, car. à notre connaissance, il ne pouvait trouver mille part ailleurs (|iie chez Fauriel ces prémisses aboutissant à celte conclusion. (Voir plus liant nos Ohscrralions préliminaires, ^ IV.)

6. — Carducci I, p. r)0. (( p(M'cliè. iii (|iicll;i \{'ro )^ jusqu'à p. 01, « cawillci'i.i Eiii'opca >>; ne r.iil que résunicM' de longs

développements qu'il avait lus chez Fauriel {Dante, t. I, 7^ S'' leçons et le début de la 9"). Pour le comprendre, il suffit de comparer les idées de Garducci, dans l'ordre même où elles se succèdent, avec les passages suivants de Fauriel :

P. 247-248. a Les premiers poètes en langue vulgaire... altération de la poésie provençale. »

P. 255-256. c( Les empereurs d'Allemagne... partisans de ces empereurs. »

P. 257. « Mais c'est surtout... qu'ils donnèrent à Dante. » P. 263-264. « Mais il se passa... Gaucelm Paydit. » P. 267. « On a pu voir... signalés en passant. » P. 292-293. « Mais c'était principalement... devait être remplie. »

P. 299. « J'ai cité », jusqu'à la fin du chapitre. P. 309. « Ces idées et ces mœurs... féodale elle-même. » Ici est résumé le long passage précédent.

P. 276. « Les poètes provençaux... et le fit plus tard. » P. 283-284. « Si l'on se rappelle... l'amusement de ces classes. » P. 308-309. « Le système des mœurs... en Italie. »

Ce qui achève de prouver que Garducci a pris Fauriel comme guide, c'est qu'il lui arrive de se rencontrer avec son devancier même dans le choix des paroles employées pour exprimer les mêmes idées que lui. La comparaison — surtout celle des mots français soulignés — avec le texte italien sera décisive.

Ma questa poesia era taie un sis- Le sj-stème do mœurs, de senti-

teraa artificioso d'idée complicate e ri- ments et d'opinions dont la poésie pro-

flesse, di sentimenti squisiti e afifettati, vençale était l'expression idéalisée

di convenute sottigliezze e di forme était un système compliqué, bizarre,

consacrate e immutabili, che ricercava artificiel... Ce système avait ses for-

nna lingua, se non doviziosa, raffina- mules consacrées, il avait sa langue

tissima e nata insieme con i concetti particulière, lanyuc sinon très ahon-

tutti speciali a cui doveva adattarsi. dantc, du moins très raffinée et très

Ora i dialetti dell' Italia superiore. originale, née, pour ainsi dire, simul-

ispidi di per se ne politi dall' uso o tanémcnt et comme d'un seul jet avec

al più adoperati in un' arte di popolo les idées auxquelles elle avait été

semplicissima e primordiale, erano adaptée Or, les dialectes italiens,

tiitt' altro che acconci a ricevere la jiisquo-lA renfermés dans dos produc-

studiatissima forma trovadorica e a tiens informes et destinées aux plus

reudere le sottiglii'zze doU' amore ca- basses classes de la population, n'a-

valleresco. Il perché parvo ai uostri raient encore ni la souplesse, ni l'élépiû agevol cosa l'usare a ciô la lingiia srance. ni la fixité nécessaires pour stessa provenzale. che del resto era rivaliser aisément avec le provençal... anche la lingua di moda.' corne piû Aussi était-il réellement plus facile tardi fu la francese. del piû bel flore oua- Italiens qui se sentaient du pendella cavalleria europea. chant pour la poésie chevaleresque de

(Carducci. I, p. 60-61.) la prendre toute faite, dans le proven-

çal, que d'essayer de la transporter en italien (p. 30S-309).

7. — Carducci (I. p. 110-113) caractérise la place occupée par Boccace dans l'évolution de la littérature italienne, a) Boccace se distingue des deux autres célèbres auteurs du trecento en ce qu'il s'oppose au principe ecclésiastique et au principe chevaleresque représentés précisément le premier par Dante, le deuxième par Pétrarque. On ne saurait s'en étonner, vu les origines plébéiennes et les attaches parisiennes du fameux conteur. g) C'est le vrai type du bourgeois italien du xiv* siècle. Il est républicain et démocrate. L'élévation des rangs ne lui en impose pas. Il ne reconnaît que la supériorité intellectuelle, v) Son idéal est tout subjectif : il fait de l'art pour l'art, avec ce correctif pourtant que son Décaméron est une œuvre d'opposition contre la noblesse et le clergé, c) C'est un railleur de la race de Rabelais, Voltaire. =) A noter l'universalit-é du Décaméron. ;;) Il s'essaya aussi dans d'autres genres, mais il ne réussit vraiment que dans ce livre, où il met en œuvre ses qualités de réaliste.

Dès 1848, toutes ces idées se trouvaient — dans ce qu'elles ont d'essentiel — exprimées au chap. ix, 1. 1 des Révolutions d'Ilalic de Oninel. et chacune d'elles aux pages suivantes. (Nous renvoyons à l'éd. des Œuvres complètes de Quinet, Paris, Ger-

mère-Baillière et C".)

od p. 106, 197. — 3) p. 200-202. — v) 207, 200-20:1 — >) p. 190. — = ) p. 204. « Cette comédie prosaïque oîi figurent toutes les conditions sociales. » — 'Ç) p. 199.

Sur chI article, voir plus loin le n" 10.

8. — C.n'diicci (\. 1 lOV après avoir caractérisé Danto, Pétrarque, Boccace, c<mstate que, contrairement à ce qui se pa^sa pour

les autres peuples, l'Italie, qui n'était pas une nation, ne mit pas un fond national dans ses premières poésies. Et il s'efforce de donner à ce fait une explication fort honorable pour l'Italie.

Ce passage ne serait-il pas une réponse à l'adresse de Quinet qui, précisément lui aussi après ses pages sur le triumvirat du trecento, observait que chaque nation chanta dans ses poèmes du Moyen âge un personnage qui la représente « avec son génie et son caractère » : Roland, Bernard de Garpio, Robin Hood, Siegfried. « L'Italie seule, ajoute-t-il, n'a pas un fantôme à opposer à tous ces fantômes, pas un héros populaire qui marque sa nationalité dans le monde idéal... L'absence d'un centre de vie propre se montre ainsi en Italie jusque dans le Royaume des chimères. » (Quinet, éd. citée, 1. 1, chap. x, p. 210-215.)

Carducci répond que les Italiens du moyen âge cherchaient leurs traditions dans l'antiquité, qu'ils se croyaient les successeurs des anciens Romains, que. pour eux, l'Italie était la capitale du monde et que par suite ils étaient peu portés à se considérer comme une nation à part.

8. — De même, il ne saurait, dit-il, s'étonner que savants et philosophes de la Renaissance aient changé leurs noms chrétiens en noms latins et païens, aient affecté des mœurs et des sentiments antiques. « Non era ciô una conseguenza, fantastica se voleté, ma pur conseguenza, dell' essere stato il rinascimento italiano inauspicato nel nome di Roma antica e délie antiche instituzioni da Arnaldo? » Aussi est-il vain le reproche que font certains au culte que la Renaissance italienne professa pour les lettres grecques et latines : « cioè dello avère Tarte italiana per esse smarrito il sentimento e il concetto religioso, abbandonato le tradizioni nazionali, alterato le forme, impoverito la lingua. » Se faire plus que jamais les disciples de l'antiquité, c'était au contraire resserrer les traditions et non les relâcher (Carducci. I, p. 134-135).

Carducci répond évidemment à des critiques qui ont blessé son amour-propre national. Il prétend s'opposer à « l'accusa che altri fanno al culto délie risorte lettere latine e greche »

(p. 135). A qui pense-t-il au juste? A Quinel, aux Révolutions d'Italie où il avait lu (ohap. i du livre II) : « Au milieu du XV* siècle, mon sujet m'abandonne ou plutôt il change de nature... Je cherche des écrivains nationaux, je ne trouve que des imitateurs des Latins... Au xiif siècle, au temps de Dante, l'idéal de ritalie est tout italien; il est étroit, enchaîné à la commune... Maintenant... le génie italien met tout son effort à s'etïacer luimême, à s'ensevelir, pour ne laisser subsister en lui que le génie (le l'humanité. Voyez ces savants, ces philologues chevaleresques, un Poggio, un Jean de Ravenne... ces héros de l'érudition... De quelle nation sont-ils? à peine s'ils s'en souviennent. Ils prennent un nom latin; ils ne sont plus ni Vénitiens ni Lombards » (éd. citée, t. I, p. 319-322).

Oij il apparaît encore, dans ce passage, que Carducci pense à des adversaires c'est quand, faisant une concession, il écrit : « È vero che il secolo decimoquinto non obbe nei primi cinquanta o sessanta anni scrittori italiani degni di nota » (p. 135). N'est-ce pas encore à Quinet qu'il répond ici? L'historien français avait écrit au début de son chapitre : « J'entre dans une époque qu'aucun grand nom ne remplit » (p. 319).

9. — Carducci (I, p. 157) proteste contre les historiens qui parlent de l'Italie des xv' et xvi' siècles comme d'un pays mort. Elle comptait pourtant alors parmi ses 111s vivants Christophe Colomb, Machiavel, Arioste, Michel-Ange, Raphaël.

(iarducci pense ici à Quinet et à Michelet.

Quinet avait intitulé un chapitre où il est question de Savonarole, Machiavel, L'Art de bien mourir (t. I, ch. ii du liv. II). Tel est l'art que Savonarole voulut enseigner à son pays. Et après la mort du tribun, pendant trois siècles, l'Italie fut « dans le sépulcre » (p. 344). Il ajoutait : « Les Italiens ont-ils profité de leur séjour au tombeau pour se réparer dans la ville éternelle du juste? Quand ils tenteront de renaître, malheur à eux s'ils essaient de surgir de terre le cœur vide! » Au tome II, p. 45, 46, il écrivait : « L'Italie est pour Machiavel une chose morte...

Page 1