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Encore tiède sous la main de Savonarole, le cadavre est déjà froid sous celle de Machiavel. »

De son côté, Michelet {Histoire de France, t. VII, Renaissance) avait, au chapitre ii de l'histoire du xvf siècle, un paragraphe intitulé « Mort morale de l'Italie ». Il y écrivait, sur Savonarole : « Que fut-il donc? une idée? non. Il ne fut rien qu'une voix de douleur, la voix de la mort du pays. L'Europe en était à savoir que l'Italie n'existait pas. Elle ne le crut bien qu'en le lui entendant proclamer elle-même. »

Considérons maintenant les lignes suivantes, qui sont dans le même passage de Garducci (I, p. 157-158) : « Potrà bene quel filosofo délia storia con molta accensione d'ingegno provarci : a) che il movimento dell' Italia nel secolo decimosesto altro non fu che oblio spensierato délia realità e un prepararsi a ben morire, J) che l'Italia doveva morire perché non si era fatta nazione e non aveva la conscienza di nazione : yj potrà questo storico délia letteratura con isquisite sottigliezze mostrarci che lutta Tarte del secolo decimosesto è dissoluzione, $) e che l'Italia doveva dissolversi perché non credeva, perché non aveva operato la riforma délia religione. »

Ce « philosophe de l'histoire », cet « historien de la littérature » dont parle Garducci est Quinet. Nous indiquerons quels passages de celui-ci correspondent à chacune des divisions que, pour plus de clarté, nous avons introduites dans le texte italien.

a) Quinet avait intitulé le chapitre ii du livre II L'Art de bien mourir, mots que Garducci traduit ici un prepararsi a ben morire. Savonarole n'eut d'autre prétention que d'enseigner cet art aux Italiens. « Car, dans ce tombeau inévitable, la mort trouvera des enseignements que ne pourrait donner une vie mensongère » (p. 339). Et Savonarole avait raison, car « il ne restait qu'à mourir avec grâce » (p. 221). L'Italie n'avait aucun sentiment de la réalité. Arrachée au souvenir des invasions, elle vivait « dans le monde de la féerie » avec Arioste et elle y vivait heureuse grâce à son imagination. Elle était <« emprisonnée, bâillonnée » et pourtant « si vous laissiez de côté les historio-

graphes de profession, vous ne pourriez vous empêcher de croire que cet art serein s'est développé dans un âge de gloire et de prospérité nationale » (p. 220, 221 et suiv.).

^) Cet argument est développé par Quinet au chapitre i du livre II, Le Cosmopolitisme.

v) Les passages où Quinet montre que tout l'art du xvi* siècle est « dissoluzione » sont ceux oii il explique comment l'art, sous ses diverses formes, avait cessé de s'inspirer de la vie contemporaine de l'Italie et d'exercer une action sur cette vie. « Les yeux fixés sur l'idéal universel, à peine s'il paraît s'apercevoir que le pays s'écroule, qu'il y a un peuple de moins dans le monde » (p. 330). Voir aussi les p. 327-331, 2^-222 du même tome I.

c) L'Italie périssait pour n'avoir pas su réformer sa religion : c'est ce que soutient Quinet, en particulier dans les chapitres i et II du livre III, t. II, La Réforme en Italie, Le Concile de Trente.

10. — Dans le passage où il montre la lutte qui se livre dans le cœur du Tasse entre l'homme de la Renaissance et le chrétien, Garducci (p. 182-183) nous semble s'inspirer directement de Quinet {Révol. (Vit., t. II, livre III, chap. iv), sans que pourtant il le traduise.

Egli è il solo cristiano del uostro Kinascimento : del qiiale per allro partecipa tanto, che il sensualisme uell'opera sua si mescola al misticisino ; ed egli se ne addolora e pente... Ma di questa discordia délia vita a cui è condannalo egli, cavalière del medio evo.,., smarrito in raezzo al Rinascinionto..., di questa duplicitjl... egli porta innocente la pena. Il grido molle e straziante délia elegia che pur tra gli accordi dolla tromba epica gli prorompe dal cuore mesto e voluttuoso lo annunzia il primo in tempo dei poeti moderni : il Tasso ha la malattia délie eta di passaggio, dello Chateaubriand, del Bjron. del Leopardi.

Il veut être mystique, il est sensuel Il a bien senti que dans la

Jérusalem dclivrce il a atteint un but opix>sé i\ celui qu'il poursuit ; son œuvre, il peine achevée, le tourmente

comme un remords Sa grandeur est

de représenter ainsi le déchirement qui se fait dans le cœur de l'homme moderne. Car l'homme, qui avait été un dans le Moyen Age, devient double dans le Tasse ; il porte en lui deux Jérusalem qu'il ne peut concilier.

Bruno, Cnrapanella, Pascal, Jean-.Tacques Rousseau, Byron. quelle ûme profonde ne porte en soi ces deux Jérusalem?... lie Tasse a rencontré le premier ces contrariétés effrayantes.

(Quinet. Rév. d'ii., t. I, p. 232.

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11. — Garducci (I, p. 186-187) considère le contraste qu'offre l'Italie au xvf siècle : d'un côte le pays envahi, déchiré par les étrangers, de l'autre poètes et artistes travaillant sereinement, au milieu de l'ennemi national, à réaliser des chefs-d'œuvre. Et ce spectacle le remplit d'admiration pour sa patrie : elle s'est sacrifiée pour l'avenir des autres nations.

Tandis qu'il trace cette page, Garducci pense à d'autres écrivains qui, après avoir observé le même contraste, en tiraient une toute autre impression. « Spettacolo che altri potrà dir vergognoso e che a me apparisce pieno di sacra pietà. »

x) Garducci a en vue Quinet (I, 327-330).

Relisons en particulier ces lignes de Quinet (p. 329) : « Gonsidérez les œuvres de l'Italie pendant cette période d'agonie : les poètes, depuis Pulci, Boiardo, jusqu'à l'Arioste; les peintres, depuis Pérugin jusqu'à Raphaël, Gorrège, Andréa del Sarto, ce Florentin qui meurt l'année même de la prise de Florence. Durant le sac de Rome, le Parmesan peignait encore au moment où les lansquenets entraient dans son atelier. Quelle sérénité! quel repos chez tous!... Gherchez dans les vierges d'Andréa del Sarto, de Gorrège, de Raphaël, ]e triste regard de l'Italie esclave, sans tête, violée, dépouillée, lacérée, déchirée...; vous trouverez le regard du bienheureux qui monte au ciel, non pas le désespoir d'une chute politique. »

Garducci répond (p. 187) : « Oh quanta mestizia nel dolce viso di Raffaello, che cipiglio corruccioso in quel del Buonarroti, e quanta pena nel le figure del Machiavelli e del Guicciardini! l'Ariosto sorride, ma come triste! fino il Berni si adira. Perché oltraggiare quel grandi intelletti del cinquecento? »

gj Gette dernière phrase est bien une protestation. Nous pensons qu'elle s'adresse non seulement à Quinet, mais à un autre Français dont Garducci connaissait également bien l'œuvre, à Michelet.

Gelui-ci avait écrit : « Pour moi, admirateur autant que personne de cette grande école qu'on appelle Raphaël..., je suis étonné de sa quiétude, de sa sérénité étrange au milieu des plus

tragiques événements. Ces impassibles madones savent-elles ce que leurs sœurs vivantes ont éprouvé de Borgia au sac de Forli, de Gapoue ? etc. » {Ilist. de France, t. VII, La Renaissance, chap. XII do VHist. du XVI" siècle).

Notons que Quinet et Michelet, déplorant cette indifférence des artistes pour les malheurs de la patrie, avaient fait une exception pour Michel-Ange (Michelet, au chap. cité; Quinet, au chap. IX du livre II de ses RèvoL d'Italie. Voir en outre le jugement de Michelet sur Léonard, au chap. indiqué).

Pcr la luauçiiira/ionc d'un nionnmonlo a \ii*(jilio in Pietole.

{Opère, t. I.) (Discoure prononcé le 30 novembre 1884.)

12. — M. Alberto Allan [Sludi sulle fonli del Discorso per la inaugurazione ecc. Pavia, 1910) a déjà montré qu'en composant ce discours, Garducci se rappelait quelques pages de Duruy dans son Histoire Romaine, t. III, Paris, Hachette, 1871, chap. xuii. Les lettres, les sciences et les arts au temps d'Auguste.

Les idées suivantes sont communes à r4arducci et à Duruy, au moins quant à leur fond essentiel.

aj Virgile a confiance en l'arrivée d'un Age d\\r promis aux humains (Gard., p. 195-196; Duruy, p. 325-326).

^) Quand il engage les Romains à devenir des agriculteurs, il rei)r»Mid la tradition républicaine des Gracques (Gard., p. 196; Dur., p. 323).

y) Tendresse et bonté de Virgile pour les bétes (Gard., p. 197; Dur., p. 322).

B) Dans son Enéide il plaide en faveur de la restauration de Taiitique royauté que tentait Auguste (Gard., p. 198-199; Dur., p. 324).

c) Les femmes de YEnèide n'appartiennent pas au monde contemporain de l'auteur. On n'en trouve de telles que chez Sophocle (Gard., p. 2(X); Dur., p. 324).

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