C.MV
tilde; l'Empereur toujours vaincu regagnait par le droit ce qu'il perdait par le fait. Dans ses plus rudes désastres, la fausse tradition de l'antiquité le couvrait d'un bouclier contre los colères de l'Italie moderne; tout ce que perdait
Frédéric. César le lui rendait Il y parut assez clairement dans la sixième
campagne. Obligé de lever le siège d'Alexandrie. remi>ereur Frédéric se trouve
aux environs de Marengo. dans une situation désesix^rée L'armée de la ligue
lombanle avait tourné l'Empereur et lui coupait toute retraite du côté des Alpes et de Pavie. Ce jour devait être le dernier de l'empire allemand en Italie. Comment fut -il sauvé'? Par la fascination du vieux droit imi)érial. Les Italiens qui cernaient César se tirent un scrupule de profiter de l'avantage pour l'attaquer; lui qui se sentait perdu se garda bien d'entamer le combat. On vit alors deux armées en présence demeurer immobiles, retenues, l'une par l'épouvante, l'autre par le respect. La nuit vint ; elle ne fit qu'augmenter le scrupule des Italiens Au lever du jour, l'armée italienne ouvre ses rauirs. laisse passer librement Fréiléric et ses Allemands, qui vont se refaire dans Pavie.
Toute la pièce de Carducci reflète l'esprit même de ces lignes, mois seules les deux premières et les deux dernières stances rappellent de près le texte de Quinet, sans d'ailleurs jamais le traduire.
.\inna naniiu tli (lai'lo V (1887) {Rhnc nuove, LXXX).
213 — Dans un passade relatil à Max d'Auti'iche, on lit (v. 32): Hallali, hallali, gente d'Habsburgo.
Dans une note (p. 721), Carducci croit devoir signaler que hallali est un gallicisme dont il excuse ici l'emploi.
Nous avons ét^ amené par là à nous demander si, pour écrire la pièce, il n'aurait pas recouru à uno source française d'où, entre autres détails, il ain*ait tiré rhallali.
<)]•, dans son /ihloire dr France (t. IX, p. 242, éd. de 1879-1885, Paris), à propos précisément de Ma.\, Michelet écrit ; « Tout« sa vie lut une course, un hallali perpétuel. »
Dans ce même volume, entre les pages 244 et 245, est insérée une gravure représentant une somptueuse chambre à coucher; près d'un grand lit se trouve un enfant dans un berceau qu'une femme, tout en causant, fait mouvoir du pied. Au bas de la gravuix^ on lit cette légende : « Marguerite qui chante au petit
Ghai'les-Quiiit se.^ proijres rimes en cousant les chemises de Tempereur. » Cette scène due à Vierge dans une édition de Michelet qu'il connaissait bien, a pu suggérer à Garducci l'idée de sa pièce qui commence précisément par les vers suivants :
In Brusselle, a l'ostel, sola soletta \ Di tre giovini sposi vedovetta | Sta Margliorita d'Aiistria ; e s'aft'rctta | Una cainicia bianca ad agucchiare. ; A Lei da canto il nipotino iu culla. | Con un magro leyriero si trastulla : | Ha le niascelle a guisa di maciulla, ( Cascante il labbro sotto ; e infermo pare.
Le rapprochement de plusieurs passages de Garducci et de Michelet contribue à fortiiier notre hypothèse.
La discordia de i sangui pcr tre ri\i Sale nel tuo cervelle a fermentare.
(On s'adresse à l'enfant.)
La vertigine io son
Che tragge ]\rax di pendice in peudicc Per l'Alpe del Tirolo : e riiifelice, Seguendo me, dimenta Vaccattare.
Hallali, hallali, gente d'Habsburgo I Ad una caccia eterna io con te surgo Poi nel sangue de i popoli mi purgo.
E nel tuo, dal travaglio del cacciare
Ed io son la pazzia
Non odi tu Giovanna che si lagnaV T'aspetto a Yust?
O primo ereditario imperatore, O primo d'Eiiropa accentratore.
Jeanne la Folle consomme en un enfant l'accord des trois folies, des trois discordes (p. 330).
La discorde de race n'est pas fureur en celui-ci [Max], mais vertige, course étourdie jusqu'à la mort... On le voyait courir d'un bout à l'autre de l'Europe... mendiant sans honte...
Qui le poussait ainsi de tous côtés?
le démon de vertige qui pousse le chasseur tyrolien? l'affront continuel d'un César demandant des millions pour recevoir des liards? (p. 330 et 242).
Toute sa vie fut une course, un
hallali perpétuel On le vit à la fin
gagnant sa vie comme condottiere (p. 242-243).
La Fortune relance cet homnu'
si sage au couvent de Saint -Jusi. à la mélancolie de Jeanne la Folio et de Charles le Téméraire (p. 332).
Et tout ceci constitue le souvemiu moderne, le centralisateur (p. 331).
A Vittorc Hii(|o, 21 février 1881 {Rhne nuove, LXXXl).
Poeta, co'l lucente piede tu hai calcnto Impero e imperator !
— ex VI —
Allusion probable à co< vers de V. Hugo [CluUuneuls, A robrissance passive).
J'écraserai du pied l'antre et la bête fauve, li'empire et l'empereur. (M.)
Ça ira ,188:3y Jiimc iiuurc\ LXXXII-XCIII).
215. — Carducci a duiiiié les renseignements suivants sur les sources des douze sonnets du Ça ira : « Avvenne che nel passato inverno, leggendo la Uiroluzlunc francese del Carlyle, a un certo punto da uiia n due espressioiii mi balzasse in mente il Ça ira. Ma dal Carlyle eb])i la iiispirazione, nel più umile signifîcato, soltanto... Ho letto e riletto le due storie délia Rivoluzione di Luigi Blanc e di Giulio Michelct; le quali, scritte dopo quella del Carlyle, la avanzano di molto per istudio largo e minuto, se non imparziale, dei latti... Da questi due storici dunque riconosco la materia de' sonetti, e non dal Carlyle. » {Opère, t. IV, p. 400.)
Aux sources du Ça ira ont été consacrées de très estimables recherches dont voici la liste :
Marguerite Buoni Fabris. — La Genèse et les sources françaises du Ça ira de Ciiirducci. Lucca, lipo^ralia lîaroni, llMJl».
La Critica, t. VIII, 1910, p. 283-285, donne un extrait substautiel de G. l'ortigliotti : Spunti c inotivi dtl Michelct nel « Ça ira » di G. C. {Scctia illustrata, a. XIV, n. 1, 1 gennaio 1909).
A. Jeauroy. — Giosuè Carducci, 1911, consacre une partie de son chap. vu aux sources du Ça ira.
Comme l'accord n'est pas complet entre les trois critiques, nous avons cru devoir lii^e à notre tour les Histoires de la Révolution de Michelet et Louis Blanc pour essayer de déterminer ce que Carducci doit bien ou à l'un ou à Taiitre, et non pas à Carlyle, auquel il a fait plus d'emprunts que ne laisse d'abord supposer la propre déclaration du poète italien \
Carducci accorde une telle importance au chant français
' Voir Jeanroy, ouv. et passage cités; Critica, t. VIII, p. 285.
Ça ira, qu'il dorme ces deux mots comme titre aux douze sonnets où il symbolise la Révolution. C'est surtout la lecture de Michelet qui l'aura amené à concevoir cette opinion du Ça ira. « Ce chant, national entre tous, écrivait l'historien français, marquait admirablement le pas du voyageur qui voit s'abréger le chemin ; le progrès du travailleur qui voit la besogne avancer. Il a fidèlement suivi l'allure de la Révolution elle-même, pressant la mesure lorsque le terrible voyageur se précipitait. » {Hist. de la Bêvolvt., édit. Ernest Flammarion, t. II, p. 169'.)
I. — Ma il falcetto su l'uve iroso scende Come una scure, e par clie sangne cule : Ed il piingolo vibra su i mugghianti Quasi che l'asta palleggiasse, e afferra La stiva urlando : Avanti, Francia,
[avauti î Stride l'aratro iu solchi aspri: la terra Fuma :
Son travail auimé d'une iudiguation guerrière était pour lui uue campagne en esprit. Il labourait en soldat,... touchant ses bêtes d'un plus sévère aiguillon, criant à l'une : « Hu ! la Prusse ! Va donc Autriche !... » Le soc allait âpre et rapide, le noir sillon fumait plein de souffle et plein de vie. (Michelet, Hist. de la Révol.
franc., t. III, liv. VI, chap. i, p. 240.)
II. — Son de la terra faticosa i figli Che armati salgon le ideali cime, Gli azzurri cavalier bianchi e vermigli Che dal suol plebeo la Patria esprime.
La France, par une violente et terrible contraction... fit sortir de soi une flamme que le monde n'avait jamais vue... C'étaient les sous-officiers ou soldats de l'ancienne armée que la révolution venait de jeter en avant. (Michelet, id., t. III, liv. VI, chap. ix, p. 503 ; t. IV, p. 85.
E tu, Kleber, da gli arruffati cigli, Léon ruggente ne le linee prime :
C'était l'ouragan des batailles, le colérique Kléber, qui sous cet aspect terrible eut le cœur humain. {Id.)
E tu via sfolgorante in tra i perigli, Lampo di giovinezza. Hoche sublime
Leurs maîtres marchèrent devant eux [les volontaires] comme uue colonne de feu. C'étaient les sous-officiers de l'ancienne armée... C'était le sublime Hoche qui devait vivre si peu.
' Il va sans dire que le Ca ira n'est pas non plus oublié dans l'aMivn' de Carlylc (llixt. dr la Hvcol. française, trad. par Itégnault <M lîarot, t. H, chap. IN. p. 71). Mais l'historien anglais insiste moins que Michelet.
Desaix che elegge a se il dovere e doua Altrui la gloria...
C'était l'homme de sacrifice qui voulut toujours le devoir, et la gloire pour lui jamais, qui la donne souvent aux autres.... l'irréprochable Desaix.
(Id.)
K Marceau che a la morte radiosa Puro i suoi ventiselte auui abbaudona Corne a le braccia d'arridente sposa.
C'était la pureté même, cette noble fi.irure virginale et guerrière, Marceau. (Id.)
m. — Da le ree Tuglieri di Cateriua Ove Luigi inginocchiossi a i preti,
De cœur il appartenait aux prêtres... Le roi eut toujours sou cœur dans les mains dos prêtres... Le roi des prêtres... Les prêtres qui le dirigeaient... {Id., t. m, p. 2Ô7 et suiv., p. 472 ; t. V, p. 149.)
E a' cavalier brctauui la regiua Partîu sorrisi lacrime o segreti.
Louis XVI... laissa pénétrer jusqu'A lui le commandant des Bretons...
Quant à la reine, elle ne chercha pas ù dissimuler devant les uouveaux venus la tristesse dout son âme était remplie, soit fierté, soit secret dessein d'éveiller autour d'elle une pitié chevaleresque. (Louis Blanc. Hist. de lu Révol. fratiç. Paris, 1847-1862. t. 1\', p. 341.)
Tra l'afosa caligin vespertina Sorge cou atti ne tristi ne lieti T^na forma, ed il fuso attorce e china. K cou la rôcoa attinge alta i pianeti. E fila e fila e fila. Tutte sere Al lume de la luna e de lo stelle La vecchia fila, e nou si stauca mai.
Captif au Temple au milieu de ses geôliers, il L Louis XVI] se croyait toujours le centre de tout, s'imaginait que le monde tournait toujours autour de lui, que sa race avait une importance mystérieuse et quasi-divine. Il dit un jour A quelqu'un :
« N'a-t-on pas vu la femme blanche se i)rom(>uer autour du Temple '.■' Elle ne man(jue pas d'apparaître lorsqu'il doit mourir quelqu'un de ma race. »
(Michelet. ouvr. rite, t. V. p. 199.)
Brunswick appressa, o in fronte a le
(s»ie schiore La força; e ad impiccar quesla ribelle (Jenîa di Fraucia ci vuol corda assai !
Dans une lettre trouvée le 10 août aux Tuileries... on annonçait avec bonheur que les tribunaux arrivaient derrière les armées, que les parlementaires émigrés instruisaient chemin fai-sant... le procès de la Révolution, préparaient les potences dues aux Jacobin.s. (Id., t. IV, p. 78.)
V. — Ma Beaurepaire il vivere rifiuta OItre l'onore, e gitta ultima sfida L'anima a i fati a l'avvenire e a noi.