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CHAPITRE II Langue française. — Livres français

Depuis plus de deux siècles, la langue française est en grand honneur de l'autre côté des Alpes. Point d'Italien cultivé qui ne soit en état de la comprendre, au moins dans les livres. Beaucoup l'ont parlée ou la parlent correctement. Plusieurs l'ont écrite avec aisance et précision.

Cette prospérité fut parfois troublée. Sans remonter jusqu'au xviif siècle, nous rappellerons que Leopardi ^ jugeait insuffisants les moyens dont nous disposons pour exprimer les nuances de la pensée. A l'entendre, nous serions condamnés à l'uniformité, faute de varier notre style qui ne saurait prendre qu'un seul ton. Un peu plus tard, en 1840 et 1843, l'abbé Gioberti -, toujours prêt à déprécier nos richesses et à ternir notre prestige, prétendait que, rebelle à la synthèse, notre langue est impuis-

^ Leopardi, Pensieri di varia filos., p. 2908, 686, etc. — Contre ce jugement protesta R. Bonghi en 1855, dans Ferchè la letteratura italiana non sia popoîare in Italia, lettera 14.

- Gioberti, Introduzione alla storia dclla filosofia. La première édition est de 1840. Cf. t. I, p. 262 et suiv., dans l'édit. de Losanna, IMQ. On y lit : « Una qualita deir idiome francese, che ha pure radice nell' ingegno e nell' indole délia nazione, che lo parla, è una certa leggerezza millantatrice, una propeusione allô scagliarsi e aile iperboli, la quale si manifesta, cosî nelle metafore piû usuali, corne in lutte le parti, e nel colore délia dicitura... Da ciù nasee che il parlar de' Francesi, senza eccettuare i loro grandi scrittori e oratori, dice assai più in apparoiiza, che in effet to : la parola, la frase, la figura oit repassa quasi sempre il coucctto che esprime : t'accorgi che il parlant»' e lo scrivontc sanno o sentono meuo di quel che paiouo sapere o senti re. »

Voir du même Gioberti, t. I, p. 427; t. II, p. 275, 364, Del primato morale e civile deyli ItaUani. Brusselle, 1845.

santé à rendre la pensée originale d'un esprit créateur; et que, naturellement encline à l'exagération, elle ne traduit jamais l'idée en termes exacts, mais la dépasse toujours.

Par contre, notre idiome trouvait, en Ruggero Bonghi (1855) et en plusieurs autres, des admirateurs de sa vivacité, de sa richesse, de sa variété ^.

Que pensait Garducci en pareille matière? Une fois de plus, les Français peuvent ouvrir ses œuvres sans crainte d'y trouver quelque jugement désagréable à leur aniuur-propre. Ils y liront même cet éloge llatteur, que rarement il leur aiTive de mal écrire -. Ailleurs, sans doute, Garducci avance qu'un certain caractère prosaïque n'est pas étranger à notre langue, notamment dans les meilleurs vers de Voltaire -. Mais, en revanche, il la vante pour la précision et la propriété qu'elle revêt chez nos classiques*. Elle lui semble aussi l'idiome « le plus clair et le plus net qui se parle aujourd'hui », de même que le style français est « le plus logique et le plus dégagé^ ». Contrairement à plus d'un parmi ses compatriotes, il ne rit pas toujours des transformations que l'orthographe française fait subir aux noms propres italiens, il les accepte à l'occasion : elles sont nécessaires pour ne pas égarer le lecteur français ^

* Op. cit., lettera 7.

^ Carducci, Opcrc, t. XVIII, p. 352 (en 1876). a Peccato che l'abate de Sade scrivesse, come non sogliono i francesi, maie. »

» Opcre, t. XIII, p. 180 (en 1881-1884). Parlant des jolit^ strophes de Voltaire il M'"*" Du Ohatelet, il écrit : « Quelle stanze, nella prima parte, se non fosse certa pesantezza qua e là di forme stilistiche proprie del secolo e anche certa prosaicitù inerente alla lingua, sarebbero del più puro Orazio. »

* Opère, t. V, p. 216 (on 1802) : « / Francesi di Luigi XIV e XV... con la propriété e precisione délia loro lingua d'allora. »

" Opcrc, t. I, p. 282 (en 1875) : « Uno scrittore francese, che vuol dire délia lingua piû chiara o notta, dello stile più logico e disinvolto che oggi ci sia. »

* Louis Etienne, dans un article sur les poèmes de Carducci (Revue des Dcuœ Mondes^ 1874, t. III), disait, faisant allusion i\ un vers de Carducci. dans Avanti! Avanti! (Gentil leopardo, lanciasi Camillo Domulèn) : « Ou sourit quand on voit Camille Desmoulins devenu Demwlèn. » Carducci répondit : « Nui italiani leggiamo i nomi del Petrarca del Machiavelli e del Guicciardini diveuuti nella prosa francese Pétrarque, Machiavel, (Juichardin, e

Dans cette sympathie de Carducci pour notre langue entrait une nuance de gratitude et d'afîection filiale. En 1888, il s'interrogeait sur la voie qu'il avait suivie pour se former l'idéal de langue et de style qu'il tâchait de réaliser dans ses œuvres en prose. Il y était parvenu, disait-il, surtout en étudiant les auteurs italiens du xiv^ siècle; mais, outre des compatriotes plus modernes et divers classiques latins, il avait lu beaucoup d'écrivains français ^.

Une telle confessi(jii se rapporte à la période ([iii se clôt en 1800 -. Mais précisons. A quelle époque Carducci avail-il commencé cette fructueuse lecture de textes écrits en notre langue? Subissant, à Pise, en 1856, les examens dits du magistero, il faisait, le 2 juillet, une leçon de littérature italienne. Il y considérait l'influence provençale sur la poésie lyrique du xiii^ siècle. Par sa nouveauté, le sujet, qu'il avait lui-même choisi, frappa beaucoup. S'il avait attiré Carducci, c'est que le candidat connaissait déjà les travaux de Raynouard et de Fauriel, mérite alors assez rare autour de lui,, d'autant plus que les œuvres de ces auteurs n'avaient pas de traduction italienne ^.

non sorridiamo. Non sorridiamo ne meno quando awenendoci uei versi d'un grande poeta [V. Hugo, Châtiments, I, ix] al nome dell' Allighieri fatto rirnare flétri, ci tocca a leggerlo Allighieri con tanto di accento acuto cbe pare un chicchirichi. » Les lecteurs italiens, dit Carducci, ne sont pas obligés de connaître la prononciation française : il comprend donc que la réciproque soit vraie.

Il arriva une fois pourtant à Carducci de gémir sur un nom italien estropié. A. Barbier, comme plus d'un Français, ayant écrit Buonarotti au lieu de Buonarroti, Carducci écrit (en 1S89) : « Pauvre Buonarottil II Barbier amava di certo l'Italia e onorava i suoi grandi uomini ; ma, corne tutti i francesi, storpiava ahimè! i più bei nomi e scorticava la lingua. » {Opère, t. III, p. 467.)

* Opère, t. IV, p. 46. « E a grado a grado cbe seppi il francese, lessi di francese molto; mirando alla nettezza e perspicuitù délia rappresentazioue, ma sempre raffrontando in mente o riportando co' 1 pensiero al toscano del irecento. »

^ Id., p. 45.

^ Chiarini, Memorie, p. 49. Cf. F. Cristiani, // Carducci alla scuola normale (Hivista d'Italia, 11)01, vol. II, p. Il)) : « Tema a (inei giorni assai nuovo in Pisa, essendo il Carducci il solo tra i giovani che in Tosrana conoscessp prrfettamente le opère del Fauriel e del Raynouard. i)

Quelque temps auparavant, Garducci avait amusé son camalade Puccianti par une piquante découverte. Un professeur s'était fait applaudir à l'Université pour une fort belle leçon sur répopée. « Sais-tu d'où il l'a tirée? dit Giosue. G'est de Nisard. » Puis il alla chercher le livre français et eu traduisit quelques pages en bon italien ^

Non contents de savoir que, dès 1855 uu 1856, Garducci avait l'intelligence de iidtre langue, nous voudrions encore fixer la date où il en aborda l'étude. Mais, sur ce point, les renseignements font défaul. Il ne sert à rien de rappeler que, dans son enfance, à la canipagne, il lisait chez son père ïHistoiiu^ romaine de Rollin et ïHistoirc de la Ràcolulioa de Thiers. l/iiii et l'autre ouvrage avaient déjà été transportés en italien -'.

Que Garducci, par la suite, n'ait pas cessé d'avoir vn mains de nombreux livres écrits en français, on en trouvera plus loin diverses preuves. Notons pour Tin^laiit qu'il fil Ijcaueoup de lectures françaises en vue d'un cours commencé le 15 janvier 1801 sur la littérature en Italie avant Dante ^. En juillet 1802, il admirait dans le texte original les Mhèrablcs de Victor Hugo * et, en décembre, quelques chapitres de Proudhon ^. 11 était alors au début de sa carrière. Quarante-trois années plus tard, quinze mois avant sa mort, nous le voyons charmer ses loisirs avec un ouvrage de Gaston Boissier, La Conjuration de Catilina ^. En somme, un demi-siècle durant, il lut nos auteurs et dans notre langue.

G'était rester fidèle à un principe cju'il avait lui-même posé en 1874. Faisant ^ comme l'inventaire des connaissances indis-

* Chiarini, Memorie, p. 40.

-' Garducci, Opère, t. III, p. 144.

^ Chiarini. Memorie, p. 136.

* Id., p. 15CV1.

° Marzocco, 23 octobre lUlO, lettre de Carducci du 20 décembre 18G2. publiée par N. Rodollco.

" lia un cartcf/pio incdito di G. C'ard\icci. con prefazione di A. Meaeeri. Bologna. Zanichclli, 1907. Lettre XII, p. 131, 28 nov. 1905.

' Opère, t. IV, p. 190.

pensables à un critique italien, il déclarait alors : « La littérature qui, depuis deux siècles, a donné et donne les formes les plus logiques, les plus dégagées, les plus faciles à la pensée moderne est sans conteste la littérature française : par elle ont passé, en elles se sont fondus les divers courants du génie moderne. Par suite, le critique d'aujourd'hui doit connaître d'elle beaucoup plus que les romans, les livres politiques ou de lecture courante. »

Il y a manière et manière de lire. On peut connaître assez à fond un idiome pour saisir dans ses moindres nuances les pensées qu'il exprime. On peut être réduit à les cueillir dans leur ensemble et sans une précision minutieuse. Quel -était le cas de Carducci pour notre langue et nos livres?

Un de nos compatriotes, ayant mis en français quelques odes de Carducci, soumit sa version au maître. Celui-ci le félicita chaudement. Pour vous obéir, disait-il en substance, j'ai noté quelques inexactitudes, mais j'ai eu beau fouiller votre traduction, sa belle fidélité ne m'en est que mieux apparue. M Guido Mazzoni avait d'abord abondé dans le même sens. Puis il revit de près et à plusieurs reprises l'œuvre française; il continua certes à l'estimer grandement, mais découvrit que bien des fois elle s'éloignait du texte italien ou l'aiïaiblissait. Dans une lettre publique et détaillée il communiqua cette opinion à son ami Panzacchi (8 mai 1889 1). Vingt jours plus tard, Carducci lui écrivait : c Lossi con piacere l'articolo su la traduzione... Pnr (roppo sono crrori. Ma io non avi^vo mica letto tiitta la versione

* V^oir. dans l'ouvrafro dn Guido Ma^îzoni. Il teatro thlla rivoluzione, Roloirna, Zaniclielli. 181)4, 1rs études A proposito di una veraione francise tUllc Odi harharr : Lrttera di C. Afazzoni a Panzacchi.

manoscritta ^ » Nous en croirons Garducci. Son explication semble fort plausible. Très absorbé par d'autres soins, peu enclin d'ailleurs à s'imposer la tâche ingrate de revoir et de corriger sa propre pensée revêtue d'une parure étrangère -, il s'était dispensé de lire tout le manuscrit et avait cédé au plaisir très doux de n'apporter que joie à nii homme qui le flattait en le faisant connaître au delà des monts.

Pour juger si Garducci pénétrait complètement les livres français, cherchons donc un autre critérium. Il insère assez souvent dans ses œuvres des passages de nos auteurs. Parfois il les reproduit tels quels, surtout quand ils sont tout à la fois en vers et de courte étendue ^. Mais le plus souvent, il les cite en italien : il répugnait au mélange barbare de deux langues en une même page; il jugeait fastidieuse pour le lecteur italien la succession monotone d'une longue suite d'alexandrins descriptifs; il professait qu'un poème ayant une valeur véritable résiste à l'épreuve d'une habile version : ce serait même une pierre de touche*. Tantôt il se sert d'une traduction d'emprunt et ne s'en

' Lettere di G. Carducci. p. 286.

' Id., p. 208, Carducci écrit tl G. May.zoni, le 25 août 1890, pour lui confier cette fois la revision d'un autre manuscrit de M. LuîîoI : « Per darti subito esercizio, li maudo del Lugol. lo non ho l<i pazicnza di rileggcr me atesBO c di correggfttni in franccsr. Tu correggi e rimanda dirt'tto a Montauban. lo scrivo a quel Julien che ho affidato a te la revisione, a te, dol quale io mi fido ed egli deve fidarsi piil che di me stesso. » Noter spécialement la phrase que nous mettons en italique.

» Voir Opère, III, 330; XIV, 252; XVI, 291; XVIII, 66, 187, 420 et suiv. ; XIX, 32-45; XX, 385-6.

* Parlant d'un po^ino d'A. Barbier, Carducci {Opère, III, p. 456) écrivait en 188î> : « ('hifdo il pormesso di riferirno pirt i)arti ; ma le volto in prosa per due ragioni. Prinui : perché moscolaro al mio italiano troppo di lingue straniere a me non garba ; i latini non usarono mai sî fatto mescolanze. ed avean che fare co' 1 greco ; u^ le usauo i frnncesi : solo i nostri commessi viaggiatori in letterature straniere sono tanto piû pas(iualmonte contenti quanto più rigatini possono ostentare uollc loro dicerie. Seconda : perché una poesia descrittiva Inima. in \ersi alfssaudrini n coi>pie. finisce cou pi'rdcr favore i>resso gli orecchi d»'i lettori ; menire se alla vt'rsioue in prosa d'altra lingua résiste, o almeno non perde, é soçuo di bnnti\ iiitrinsoca uolla i)oesia e di valore estrinseco nella lingua. »

cache pas i. tantôt il nous laisse dans le dnnte à ce sujet-; sonvent c'est Ini-meme certainement qni met le passage en italien ^. Il le fait avec plein succès. Sa fidélité n'est pas l'interprétation servile et terre-à-terre d'un esprit apeuré : il sait dégager le sens en homme qui en comprend bien toute l'étendue*.

En revanche, Carducci ne semble pas s'être jamais risqué à écrire en français. Son bon goût le préservait, d'autre part, d'une maladie très répandue dans la Péninsule à certaines époques et qui consiste à employer un italien trop largement francisé : mélange déplorable où deux idiomes, fort beaux pris chacun à part, se trouvent gâtés par une contamination vicieuse. Le procédé consiste le plus souvent à donner une désinence en même temps parfois qu'une orthographe italiennes, à un mot français, ou bien à prendre en un sens français un terme qui existe sans doute déjà en italien, mais avec une acception différente. N'en vint-on pas, au xviif siècle, à parler de jeunes gens dehocciati , et à dire bella sorella pour cognaia^l

De tels gallicismes sont extrêmement rares chez Carducci. Encore ne les emploie-t-il qu'en se dénonçant lui-même et en donnant ses raisons. Il écrira avec ces précautions infante, blaga, risorse, duomo ^.

' Opère. VIII, ."iO; XII. 4S2. — Cf. Lettere di G. Carducci, p. 334.

2 Opère, I. 282-3; IL 140; III, 332. 4(>J, 469; XIII, 157-0; XIV, 24, 4G-7, 105; XVI, 105, 350.

' Opère. III, 314 et suiv., 456 et suiv. ; IV, 255; VII, 20: XIV, 75; XVI, 269, 272, 274 ; XX. 144 ; son édit. des Rime di F. Petrarca, p. 416, 426.

* Notons toutefois qu'au t. VII, p. 255, il traduit « s'élever au-dessus du niveau du jour » par « sollevarsi oltre il livello di tutt' i siomi ». Il arrive A Carducci de soumettre il un ami compétent iino traduction française qu'il vient de faire. (Cf. Lettere, p. 286.)

° S. Maffei. Il liaguet. In Verona, 1747, acte IV, se. 2, acte V. se. 3.

' Opère. XII. 509 Con 1897). « Quella nostra letteratura deprli anni rivoluzionari e imperiali infantù (certi francesismi del trecento mi piacciono) la etA dei nostri padri. Infantù il Manzoni e il L<'opardi. che senza hînfjn Ce un francesismo hrutto anche in Franoia. ma oiisitriorno non "î»' n»^ puA fare n m»^no) sono divenuti duf norai europci. »

Poésie, Zanichelli. 1908, i). 631. « D( mi azzurri ho detto le volte del cielo con

Plus soijvf'ut, il >r iiuriiiet de i^lisser ([iielqnc mot français (laii> sa |»lii'aM'. mais sans lo modifiei* aiiciniemeiit. Voilà comment on trouve en sa prose cocottes parigiue, crevés, petit lever, demi-monde et monde comme il faut^. C'est qu'il renonçait à découvrir en italien les substituts exacts de ces termes. De même, quand il s'agissait de rendre les mots ou les expressions causerie, touriste, traits d'esprit, folliculaire, rêverie, rêveur des grands horizons -. Le souvenir de Sainte-Beuve l'amène à désigner provisoirement un ouvrage par ce titre: Parini e son groupe littéraire ^. La mode ayant fait passer de France en Italie, en même temps que certains objets, leurs noms aussi, Garducci parle de paletots bigi, de guanti glacés, de jabots *.

Continuant notre enquête sur la compétence de Carducci quand il s'agissait de la langue française, nous rapporterons qu'un jour, à Bologne (c'est un de ses meilleurs élèves qui veut bien nous l'écrire ^), l'illustre professeur fut amené à lire le Lac

metafora che nella liDgua francese non è rara. Vero è che per i francesi dôme è la ('U]iola. ma por noi la cupola 5 part»» (loi dôwo. »

Pour risorsc, cf. Opère, IV, le risorne di S. Miniaio.

Noter qu'en 1872 (Opère, III. 130), dans la description d'un cortège, Carducci parle de « stivaletfi sguazzorrhiniiti (intendo imitare con una nuova parola il clapotants che a questo luogo metterebbero i francesi). »

' Opère, III, 441; IV, 413: XII. 42, 412: XIV, 43. Lettere, p. 111. 190. Tard, dit aussi hop là! (IV. *il)0), r/l(^r-;lo^/.s. insinuation (XII. 37(5. 405).

■ Opnc, III. 1G2: X, 268; XII. 439; XIII. 181; XIX. 4.5. Lcttcrc. p. 6. Sur l'inexistence de la rêverie en italien, cf. de Sanctis, Saggio nul Petraroa, p. 20.'î (Napoli. 11K)7). Carducci dira aussi clerc assermenté (III, 135).

•' Uttcre, p. 241.

* Opère, XVIII. 99-100. Sur rctonco, posa, un bel colpo. cf. IV, 435-6. Sur opère complète, cf. XII. 49,3.

" M. Oiuseppe Albini. professeur il l'Université de Bologne, j\ qui ncuis adressons nos meilleurs remerciements. Profitons de l'occasion pour rappeler que M. Albini fut le premier en Italie si commenter le Ça ira de Carducci. Il en indifpia avrc di^tails o\ précision un assez irraud nombre de sources fran- (.aisps. I.e commentaire est sobre comme il convenait ft un livre destiné aux rlasspR. mais il est utile, ^'oir Antolopia drlln lirira modrrna italinna annotata da S. Ferrari. 4' edizioue rivodufa e accresciuta per cura di Giuseppe Albini. Bologna, Zanichelli (1907).

C'est sans doute fi cette lecture commentée du Lac que Carducci fait Rllusion dans sa lettre ft M. Dejob : u lo nel tinito anno scolastico ho fatto un corso su Lamartine poeta. » Lettre du 5 sept. 1894, p. 323 des Lettere di G. Carducci.

de Lamartine dans son cours. Il s'en tira d'excellente façon,, en dépit de quelques traces inévitables d'accent florentin.

Finissons par cette question : Garducci parlait-il français? Quelqu'un l'affirme. Il s'agit d'un personnage dont la parole fait autorité : c'est un gendarme! Dans un rapport, il déclare que « cet individu, toutes les fois qu'il passe devant un fonctionnaire, le raille en langue française ou en d'autres termes vexaloiresy spécialement s'il s'agit d'un fonctionnaire de la police ». Le document date du 26 mai 1857. L'n prétendu scandale provoqué par Garducci à San Miniato y donna lieu. On enquêta. Quelqu'un raconta avoir entendu dire <fue Garducci était entré au café en parlant français. Un témoin déclara : « A côté de moi se mirent divers jeunes gens, entre autres le professeur Garducci. Il s'exprimait en français et puis discourait de philosophie. Il me parut gai à son ordinaire, mais non pas gris i. »

Sauf, dans sa jeunesse, quand il s'amusait aux dépens des gendarmes et des bourgeois de San Miniato, Garducci ne parlait pas français. Groyons-en deux personnages qui l'ont fort bien connu. L'un est M. le sénateur Guido Mazzoni, professeur à VIstiluto superiore de Florence. Il fut un des disciples préférés du maître; il vécut dans son intimité. Voici ce qu'il a eu l'obligeance de nous écrire : « Il Garducci non parlava mai [il francese], non avendone avuta mai la pratica, né il coraggio (perche era timido nei rapporti sociali quotidiani). »

L'autre est un Français, M. Pierre de Nolhac -. Depuis 1886. il ne manquait jamais de s'arrêter à Bologne, pour visiter Garducci. Il a pris part plus d'une fois aux entretiens qui se tenaient le soir dans l'arrière-boutique de l'éditeur Zanichelli et où les meilleurs élèves de Garducci se retrouvaient autour de celui-ci, respectueux et tendres. Puis « on sortait ensemble dans les rues

* Ermeuegiido Pistelli. Il i'arducci e il goveruo toifcanu, da dotumenti d'nrchivh incditi, lSr)r)-5S (Mnrzovco. 6 sept. 1908).

' P. do Xolhaf. Quelqiipj* nonreniri* mut Cnrducri {.hntrnnl de* débats, 18 mai Lî)09>.

sonores, sous les portiques dallés, qui retentissaient longtemps des voix joyeuses » et on reconduisait « à son seuil le maître cordial et content ». Or voici ce qu'ajoute M. de Nolhac : « J*ai demandé jadis, plus d'une fois, à Garducci pourquoi il ne se décidait point à venir chez nous, alors qu'on pouvait l'assurer qu'il y serait accueilli avec tant d'honneur. Il répondait évasivement, sans refuser tout à fait, mais sans promettre. La raison vraie était qu'il ne parlait pas très couramment le français, alors qu'il le lisait si bien, et ce puriste, épris de la forme parfaite, craignait de livrer quelques incorrections à la malignité des Parisiens ^ »

Mais, si Garducci ne se risquait point à parler français, du moins était-il parfaitement en état de suivre une conversation tenue devant lui en notre langue, et n'éprouvait-il aucune gêne sérieuse à dialoguer avec un interlocuteur qui, de son côté, se serait jugé incapable d'employer l'idiome de Dante. G'est ce que veut bien nous attester encore M. Guido Mazzoni.

Peu hal)ile h parler le français, mais capable de saisir dans toute sa portée une page écrite en notre langue, tel nous est donc apparu Garducci. Il resterait à déterminer lesquels, parmi nos ouvrages, il lisait. Gonsidérons tout d'abord ceux qui l'entouraient dans son cabinet de travail : ce sera une importante indication.

On ne s'étonnera pas qu'un homme de lettres qui, toute sa vie, lui avidement nos livres, ait élé amené à eu l'éimir dans sa \n\i- ])vc niJiisoii. Mais ce «ini du nmins pciil ikhis >iii'|»i'(Mi(lre. font on

* A cos lémoigna^os s'en est r<^ct^mmont ajouté i)o\ir nous \\\\ troisième important, celui d'une Française qui connut beaucouii Carducci et a ;;ardé de lui un précieux souvenir, M""" C. Guy. tille df M. Juliin Lugol. Elle aussi atteste que Carducci ne parlait pas frangais.

nous flattant, c'est l'importance de la bibliothèque française que peu à peu se forma Garducci. Nous avons pu en dresser le catalogue à Bologne. On le trouvera reproduit ailleurs dans cette étude ^. Peut-être ne sera-t-il pas sans intérêt de le commenter

Il comprend cinq cent quarante titres d'ouvrages, formant un total de treize cent cinquante volumes et plus. Au moins, dès 1863, Garducci achetait, pour quarante-cinq francs, les œuvres complètes de Voltaire- et c'est dans les onze dernières années de sa vie qu'il acquit un certain nombre de ses livres français, puisqu'ils furent édités entre 1895 et 1902 : ainsi des écrits d'Edouard Rod, d'Edmond Biré, des frères de Goncourt, de Prosper Mérimée, de Michelet, d'Emile Olivier, d'Hippolyte Taine, de Ferdinand Brunetière, de Petit de Julleville, d'Henry Gochin, de Gharles Dejob, de Jean Dornis, d'Emile Gebhart 3. Sans doute, une partie de ces œuvres lui furent envoyées en hommage par leurs propres auteurs. Mais, n'en doutons pas, la plupart, acquises à prix d'argent, témoignent du goût persistant de Garducci pour les publications en langue française.

On peut admettre que, même lisant des écrivains grecs et latins, il recourait volontiers à des lumières françaises, pour dissiper ses doutes. En effet, sa bibliothèque contenait en notre langue dix Horaces complets ou non, la collection latine de Didot, deux Anacréons et deux Saphos, un Longus, deux Pindares, un Quinte-Gurce, un Platon *.

^ Nous avons publié ce cat.ilogue dans la i)r('mièr(> i)arti<> de cfi ouvr.m»-, p. cxxxvii ;\ CLI. Par bibliothèque française de Carducci nous entendons un petit noinbre de livres d'auteurs français traduits eu italien et un nombre beaucoup plus considérable d'ouvrages en langue française (ouvrages originaux ou traductions).

■ Lettere di G. Carducci, p. 89, à G. Chiariui : « Non ti ho mai detto che io comperai tutte le opère del Voltaire, edizione fatta da Condorcel, compita neir 80, vol. XCII; per 45 franchi? » — Voir en effet le catalogue de sa bibliothèque française, III, § 3.

^ Voir le catalogue de sa bibliothèque française, II, §§ 1 et 2 ; 111. § 4, C et D.

* Voir id., I, § 3.

De même, il n'avail i)as réuni moins de quatre-vingt-douze volumes contenant des traductions d'ouvrages écrits d'abord en une langue moderne autre que l'italien, surtout en anglais et en allemand : par exemple les œuvres de Byron. Goldsmith, Longfellow, Macaulay, Milton, Pope, Shakespeare, Shelley, — Goethe, Heine, Klopstock, Richter, Schiller ^ On peut conclure de là que le français lui servait d'intermédiaire pour comprendre et interpréter la pensée des auteurs étrangers. Du moins en fut-il ainsi parfois, sinon toujours, jusqu'en 1894 -'.

Si Ton ne considère, dans sa bibliothèque française, que les ouvrages écrits dès l'origine en notre langue, on y voit peu de textes du xv*" siècle ou des temps antérieurs ^. Le xvi* est représenté par Marot. Ronsard, Régnier, d'Aubigné, du Bartas, Marguerite de Navarre. Rabelais*. — Du xviT. Malherbe, les trois grands maîtres (\u théâtre classique, plus quelques pièces d'auteurs secondaires; Boileau, La Fontaine, les principaux moralistes, un seul prédicateur, Bossuet; le dictionnaire de Bayle, la correspondance de M"" de Sévigné, les oeuvres de Saint-Evremond; quelques auteurs aujourd'hui assez oubliés : Bouhours, M"" des Houlières. HikM. La Fare, Pavillon, Segrais. En tout, une soixantaine de volumes bien choisis en somme pour donner une idée assez exacte des divers aspects de notre littérature d'alors ^. — Le xviii" siècle est moins bien traité. Si on trouve un Voltaire complet et des morceaux de Diderot, on chercherait en vain trace de Fontenelle, Montesquieu, Jean - Jacques Rousseau,

' Voir 1»' ratalopue de sa bibliothèque française. I. § 4.

' Sans doute la plupart de ces traductions d'auteurs ^trangei-s i>ossédées par Ci, Carducci avaient parti avant l.^SO. mais nous voyons par ailleurs qu'il renvoyait, en 1888, ft une trad. franc, de F. Diez, Die Poésie dcr Troubadours {Opcrc, t. X, p. 278) ; — en 1892, îl une trad. franc, des lettres de Mozart «)pvr<\ t. XIV, p. 106) : — fin ISO-l. A une trad. franc. d'Eckorraaun, Convtr- Kotions de Oathc {Opère, 1. XTII. p. 271). I-e dernier seul de ces ouvrages se trouve dans sa bibliothèque

' Voir le oatalognie de sa l)ibliolh. française, III. § 1.

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