ACTE II
Intérieur d'un moulin avec ses tournants et ses bluteries: porte à gauche et à droite, sur le premier plan; sur le second, à droite, une petite porte secrète; à gauche, sur le troisième plan, une porte d'entrée; au milieu du théâtre une trappe par laquelle on descend aux étages inférieurs du moulin; au fond, un peu à gauche, une croisée donnant sur un balcon en bois; sur le premier plan, une table avec un flambeau allumé.
JEUNES FILLES, entrant par la porte à gauche et conduisant GIRALDA et GINÉS.
LES JEUNES FILLES
Heure mystérieuse, Qui rend l'âme rêveuse, Moment terrible et doux, Où, timide et craintive, Jeune fille on arrive Au logis d'un époux
(Ginès salue les jeunes filles et veut les renvoyer) Quant à vous, pas d'impatience, Restez, monsieur le marié, Dussiez-vous par notre présence Ètre encor plus contrarié!
Conformez-vous à l'étiquette, La mariée et sa toilette Nous appartiennent aujourd'hui...
- Giralda -
Oui, l'usage le veut ainsi, Attendez-nous, restez ici!
Heure mystérieuse, etc.
(Les jeunes filles sortent avec Giralda per la première porte, à gauche) - SCÈNE 2
GINÈS (seul)
Il paraît que décidément et à l'unanimité, je suis son mari... toutes les femmes du village vont s'en aller et me laisser ici avec ma femme... seul... tout à fait seul ...Et Antonio, mon garde-moulin. (allant à la trappe qu' il soulève) Antonio... va-t'en chez ton père... je n'ai pas besoin de toi avant demain... demain, très-tard, entends-tu?... Oui, vraiment, me voilà bien chez moi, dans mon ménage... et je serais tenté de regarder mon marché comme un rêve... (Tirant une bourse de sa poche) si je n'avais. encore là les ducats de l'autre, qui a disparu et s'en est allé comme il était venu, me laissant l'argent et la femme, la femme et l'argent... ce n'est pas ma faute, c'est la sienne!
Couplets Tant que j'étais célibataire, Soir et matin, et jour et nuit, Dans ce vieux moulin solitaire Je n'entendais que ce seul bruit Ticr. tac, ELC, tac, ‘ETC, tac: et, Ca vous’ étourdit; C'est monotone et ça vous étourdit.
Mais, près d'une femme jolie,
C'est une plus douce harmonie. (Portant le main à son cœur) Tic, tac, tic, tac, et ce bruit-là
Dans mon moulin me charmera.
Oui, ce bruit-là, ce doux bruit-là, Dans mon moulin me charmera.
1 est vrai que ma ménagère
À regret me donne sa foi!
Qu'au mien son coeur ne répond guère, Et ne fera jamais pour moi
Tic, tac, tic, tac, tic, tac; je le vois sans effroi; Je m'y résigne et le vois sans effroi.
C'est ainsi dans plus d'un ménage L'amour s'enfuit; il est volage.
Mais l'argent reste... Il me dira Frappant sur son gousset.
Tin! tin! tin! tin... et ce bruit-là Du reste me consolera,
Oui, de tout me consolera!
(Sur la ritournelle, une porte pratiquée dans le panneau à droite vient de s'ouvrir; paraît don Manoél, qui s'avance vers la table et souffle le flambeau)