‹ Girart de Roussillon, chanson de gesteChapitre 135 sur 406 · TI. — HISTOIRE DE CHARLES MARTEL CCXI · texte numérisé non relu

TI. — HISTOIRE DE CHARLES MARTEL CCXI

< J'ay mes bons amis charnelz perdus en bataille. Il m'a, par

• .sa force, toUu mes citez, mes villes, mes chasteaulx et mes

• forteresses, mes terres et mes possessions, et moy meismes

• m'a tellement dechassé que pour le jourd'huyje Détiens une

• seule roye de terre, comme tout ce povez plainement veoîr;

■ de quoy mon coeur est si très douloureuz que jamais je n'auray ne bon jour ne demy jusques a ce que j'en aie eu vengement. »

[5i8 '1 Adont le saint ermite luy demanda par quelle manière il pensoit d'en estre vengié puisque il n'avoit quelque povoir contre luy. — <■ Certes, sire, » respondy le bon prince, * je vis t en bon espoir, car ceste dame que j'ay espousée est fille du « roy de Hongrie, duquel, après son trespas, je tendray le

■ royaulme. Et lors je menneray en France tant de Hongres

■ que je desherïteray Charles Martel. — Voire, o dkt adoni le saint homme, « mais comment parvendrez vous a la selgnourîe

■ du royaulme de Hongrie, veu que le roy est anco ires pourlon-

• guemeni vivre; la chose est apparante d'une trop longue at-

• tente. — Certes, beau père, » respondy le bon i/ol. iiijc Ixiij) prince, f de ce me soussie je peu; » mais il vous fault entendre qu'il estoit attaint d'un rayon de rage deabolique qui terrible" ment le Iraveilloit. Puis dist : ■ Sachiés que je le feray avant a mourir par poisons ou autrement, a celle fin que de mes ter>

, • res et seignouries je puisse jouyr paisiblement et a ma pla].»

■ sance, et tout ce pour mes voulentez accomplir. ■ Et quant le saint preudhomme eust entendu le duc Gerard quy ainsi estoit malement encouragié, il se leva de son lieu et s'en ala quérir une estole qu'yl luy jetta au col, et en le seignant par trois fois, dist en moult grant devotion : • Parte's d'icy, faulx ennea mis d'enfer, et a moy seul laissiés convenir de ce pécheur. • Si fut adont Gerard si courrouchié et si pensif qu'il eust deux ou trois fois voulenlé, et de fait délibéra en son courage, que au §aint hermîte il couperoit la gorge d'un trenchant coustel.

Certainement le saint hermitte fut en moult grant dangler de sa vie a celle fois, et non pour tant qu'il veist au désolé prince esroullier les paupières et estraindre les dens, se prïnst il cou-

I . Les premières lignes seulemen t de cet alinéa sembieai se référer au I 5r8 de la chansoo.

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CCX» APPE^UICE

rage, et luy dist par bonne manière : (S19I • Beaux amis je fay

< bien entendu, et trop es en périlleux dangier si tu ne reprem « ton bon sens, car le deable quy en ton corps est te fait parler

■ et penser tout ce quy est contraire au salut de ton âme quant a tu dis que tu te vengeras de ceituy quy est trop plus puissant t que tu n'es, et quy par sa force t'a déshérité et toUu ton paijs

• et tes seignouries. Sur quoy je te respons qu'il a bien fait, et ( mal t'en prendra si tu ne viens a amendement. ■ Si fut le duc (vo) trop plus courrouchié que devant. Et bien dist que plus tost yroit ouhre mer Dieu renoierque voirement ne s'en vengast, pour tant que. a tort luy avoit fait guerre et qu'il luy avoit redemandé ce que autreffois luy avoit donné et quitlié franchement par le traitlié de son mariage. Adont lui respoady le saint hermite moult courtoisement disant : i Certes, chevallier, tu m'as icy racompté

■ des choses bien terribles et merveilleuses, a quoy je te vueil t faire une response. Presuposé tout ce que tu m'as dit, et que « fu ne tiens point Charles Martel a seigneur, pour ytant que e ja pieça il te quittast ta terre et te «ust affranchy en ton mail riage faisant, saches que il ne povoit ce bonnement faire se tous

• les douze pcrs de France ne l'avoient accordé et placquié leurs a seaulx a la chartre sur ce donnée; car ung roy de France ne t peull luy ne ses hoirs, selon raison juste et vaillable, déshériter;

• et si sont les pers et conseilliers de France ordonnez pour

• garder que l'honneur du royaulme ne soit par le roy meïsme

< ne par autre diminué ; si vaulsist trop mieulx, quoy que tu « penses en ïon orgueilleux courage, que tu eusses le roy servy « quant par ses messages il t'en envoya requerre, et pas ne

■ feusses orendroit de tes seignouries fourbany. Et fais grant

• doubte que du pceuple dont tant est mort comme tu dis ne « conviengne que tu en soies devant Dieu respondant. Si ne te

■ sçauroie mieulx conseiliier fors que tu t'en repentes de bon

• vouloir et que tu retournes par devers tes amis, lesquels tu

• requerras que ilz prient au roy pour toy tellement que de sa n [fol. iiij': Ixiiij} bénigne grace il te vueille pardonner tout ce 0 que tu luy peulx avoir fourfait, et que il te rende les terres et B seignouries; et tu le serviras comme tu es tenu de faire, toy

Trop merveilleusement fut courrouchié le vaillant duc Gerard

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