‹ Girart de Roussillon, chanson de gesteChapitre 143 sur 406 · II. — HISTOIRE DE CHARLES MARTEL CCXXl · texte numérisé non relu

II. — HISTOIRE DE CHARLES MARTEL CCXXl

■ plaist, mais vous n'avez pas trop mauvaise cause, quy la ve-

■ rite en diroil. Car avâcques moy vous usez voz jours en trop

■ grant misère, en grant chetiveté et en povre mendicité, quy « estes de tant noble estration, comme fille de roy que l'on

■ deust selon raison servir noblement en accomplissant voz < bons plabirs et souhais. Si vous conseille, et autreffoisvousen

■ ay requis, que vous me laissiés seul endurer et porter le mal

■ que je meismes par mon très grant oultrage ay acquis et

■ desservy, et vous retraiés par devers vostre suer la royne,

■ laquelle, comme je pense, se bonne foy et vraie nature ne c sont en elle faillies, vous {fol. iiij' Ixxiiij) recepvera benî-

■ gnement, considérant que vous estes soa ainsnée, et tant

■ fera envers le roy qu'il pour son honneur vous baillera estât

• pour vivre vous et vos servans bien et honnourablement. Si ( vous coQvoieray jusques en France la ou nulz ne ine sçavroît

■ jamais en tel estât comme je suis recongnoistre, et je demour- « ray par de la attendant la grace de Dieu et de fortune qui se

• pourra par adventure tellement tourner en aucun temps que

■ je parvendray a ce que je ravray de quoy guerroier Charles

■ Martel que jamais mon coeur ne pourroit aymer, pour mourir

• en mendiant et en demendant mon pain, i

Berte répond en protestant que jamais elle ne quittera son époux. Tous deux reviennent tranquillement â Aurical o et la vssquirent ainsi comme ilz avoient accoustumé ».

Peu après, Girard, obsédé par la haine qu'il portait à Charles Martel, eut comme un accès de folie. Un jour qu'il était dans le bois, il devint furieux, arracha une branche de châne et se mit â batailler contre les arbres avec tant d'acharnement < que a celle heure, se il eust reticontré les c deables de enffer, l'istoire croîs! que il se feusl a eulx com- < battu [fol. iiij' Ixxv v"). » Quatre Hbauds, qui l'avaient pris en haine, choisirent assez malheureusement ce moment pour fondre sur lui. Girart en assomma trois, le quatrième réussissant à s'échapper. Berte, informée de cette aventure, comprit qu'à la suite d'une telle affaire, son époux

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courrait grand risque d'être découvert, et lui conseilla de fuir '.

Ils partirent d'illec et se mirent au diemia par nuit et si secretement que de ce jour en avani ilz ne furent plus veus en ces marches. Mais atant se taist pour le present l'istoire du noble et vaillant prince Gerard de (v) Roncillonpourracompterdes Sarrazins quy descendirent en France pour la conquérir. Voire, comme je treuve en ung livre different a celluy sur quoy je treuve du prince Gerard de Roncillon seulement. Et a celle fin que aucune faulte n'y ait, et que tout se puist retrouver par les poins ainsi comme je les treuve rymez, en diray de l'un et de l'autre a mon povoir tout le plus veritaUement que possible me sera, par protestation de non estre reprins se aucune faulte y avoir, car je ne puis racompter ne descri'pre en prose fors autant que j'en treuve en ryme.

91. — Comment le puissant royBondifferdeCorJrés nssambla ses grans ost pour venir en France a l'encontre du roy Charles Martel,

L'ancienne et vraye histoire racompte qu'en celluy temps la guerre fut en France si très grande et si mortelle d'entre le roy Charles Martel et le puissant duc Gerard de Roncillon, que maint vaillant chevallier y perdirent la vie, mainte dame et

damoiselle y demourerent vesves et si mal fut le royaulme

de France mené a cause d'icelle guerre que les Sarrazins en mainte contrée en ouïrent les nouvelles

lOi. — Cj" s'ensieut une collation ou prologue déclairant comment le facteur de ceste euvre a trouvé ung autre traitlîé parlant encore des fais de Charles Martel, du duc Gerard de Fourques et d'autres '.

Vous avez cy dessus peu ouyr comment le roy Charles Har*

I. U n'y a rien de tout cela dans la chansoD. 1. La fin de la rubrique esi rédigée auiremeni dan* la table des rubriques; voy. ci-dessus.

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