Voir plus loin, p. 17, n
1. Si Griu e Begoil. Je n'entende pas BegoU. Est-ce une forme corrompue de Bogomile? La secte dea Bogomilet était surtout répandue en Thrace; vay. entre autres C. Schmidt, Histoire et doctrine dt la itcle des Cathares, I, iz'3, t. II, S7-6ai J.-G. RoberKon, //ûtor^ 0/ the Christian Church, V, 289.90.
pereur, h j'en possède '. » Il fait appeler Florent, son ^véque grec, qui garde les reliques et lit le bref '.
19. Girart, l'empereur et le pape entrèrent au moutier du Capiiole. Le roi les emmena dans la a7ple où gisent les apôtres.... Il fait appeler son évéque Flore, qui garde les reliques et lit Thistoire, Ils se recommandent â ses prières, afin que Dieu leur accorde honneur, vertu et gloire, puis ils veulent aller au Bras Saint-Georges^-, mais avant, l'empereur leur donna de chères épices et de la mandragore^.
30. Et quand il leur eut montré les fils de Dieu ^, il les mena en sa chambre voûtée, dont le sol était jonché de
I. Constantinople se glorilîait de posséder les reliques de plusieurs apfitres : natammenl le corps entier de taiat Paul et le chef de' saint Jean-Baptiste; voy. Du Cange, Constant. Chriit., 1, IV, v. Le chef de ■aint Jean fut, après It croisade de 1104, transporté à Amiens, voy. Riant, Exuvitt sacrte Conttatttinopolûante, I, clxvij. II, 97. L'abbaye de Saînt-Jean-d'Angély se gloriËait de posséder ta même relique : a Caput BaptisUB Dominici cum Constantinopolitani habere se dicant, Angeriacenses monachî Idem se habere testantur «, Guiberl de Nogent, de Pignoribui sanctorum, I, lu, éd. d'Achery, p. 336 i a.
I. " Qui guarde les vertus e lis to briu n; à la tirade suivante a e lis l'eatoire u. Ce sont deux variantes d'une mfise expression qui peut s'entendre en deux sens. Il se peut qu'elle ne. désigne rien de plus que l'épithête u lisant b qui, dans l'ancienne littérature française, est si fréquemment le qualiUcalif des clercs, cf. Jegendîers dans le pofime de la croisade albigeoise, au vocabulaire de mon édition; mais un sens plus spécial est possible .- a Les églises de l'Orient >. dit M. Riant, B possédaient toutes des inventaires de leurs trésors respectifs. Cet D inventaires se nommaient Bpé6ta; un certain nombre sont parvenus ■ jusqu'à nous; n Exmiœ, 1, ce. Cest le latin brève au sens d'inventaire, voy. Du Cange, bkevis i.
3. Sans doute du monastère de Saint-George, d'où le nom de Bras Saint-George donné au Bosphore, voy. Du Cange, C. P. ckrisliana, p. IÏ4-5.
4. On sait que la mandragore passait pour avoir des vertus trèsdiverses; voy, par ex. Du Cange. mmidragoiu, et Le Roux de Lincy U livre dtt légendes (i836), p. i35.
b. Los Deuflllols, les saints, les reliquesr
lO GIRART DE ROUSSILLON
piçrres précieuses, et dit à chacun : n Prends-ei) à'ta to- « loDté. » Il leur met an cou des peaux zibelineiet^ur donne des anaeaux et des boutons, des étofks neuves de pourpre, de samît, de soie; il leur remplit leurs sacs de thérlaqùe et de baume. Celui qui moins en emporta fut le plus jnal avisé, et cependant son don valait en France cent mille sous ■.
2t. L'empereur à la tête chenue. Jamais je n'ai vu, jamais je ne verrai si beau vieillard^. Il a sens, largesse et abord agréable. Lorsqu'il eut accompli tous les désirs des barons, lorsqu'il leur eut fait montrer par ses ii;agi£iens de tels jeux que le plus savant en était émerveillé, il donna & ses fillas abondance d'or, de besants, de drap de soie, de pailes...; deux mille chameaux chargés et ambiants; â chacune quatre éléphants chargés de vaisseaux ciselés d'or massif; il leur donna des lions..., des dragons enchaînés fiers et volants, des alérîons ' mués.,. Puis les Français relèVenVlês pa-
1. Les immenses richesses de Constantinople étaient célèbres dans tout rOccident et n'ont pas peu contribué à faire dévier vers l'empire grec la croisade de 1204. Les historiens occidentaun des croisades r«-
, content avec admiration les traita de largesse des empereurs grecs, voy. par ei. Albert d'Aix II, xvm, xii, Ernoul, éd. de Mas Latrie, p. 59. L'imagination populaire arrivait à peine à dépasser la réalité, voy. dans la Knytlinga saga la scène de l'arrivée de Sigurd à Constantinople, Riant, Scandinaves en Terre-Sainte, p, 197, et les étonnants réclK de l'ancien poème français connu sous le titre de Voyage de Ckarléipagne à Jérusalem.
2. La note personnelle, très-rare dans les chansons de gestes ^nfaises, est assez fréquents dans Gir. de Roussillon. Ce passage et quelques autres semblenf indiquer que le poète avait été à Conslantinopie et qu'il parle de visu.
3. (ci ei plus bas, le texte porte Ofrion; alérion, terme qui s'est conservé dans la langue du blason, est une'autre forme du même mot. Un exemple de Jean de Salisbury, cité par Du Cange (*l*rio), donne l'idée que l'aierion était une grande espèce d'algie. Mais le dernier éditeur de Du Cange a déjà remarqué que ce passage de J. de Saliabury paraissait corrompu. M. Littré le croit correct, et de cequ'o/érion est un mot dont l'existence est d'ailleurs prouvée, il conclut qu'.i/an'o doit £tre conservé dans le texte ciié. La conclusion n'est pas rigou-
ioïGooqIc
villons... et s'en retournent à petites journées. Pendant ta route, la tristesse et les querelles furent bannies; l'enthousiasme, l'allégresse, la joie, les chants r^nârent jusqu'à la mer, qu'on repassa dans tes chalants.
22. Avant que les deux femmes soient à mî-chemin, Girart envoie en France des messagers. Ils étaient vingt, munis de chevauï..., de palefrois, de chameaux, de mulets coursiers. Les trois premiers, Foucherant, Artaut et Ponsenier, se présentèrent au roi qu'ils trouvèrent à Saint-Denis au moutîer. Charles s'empresse dlnterroger les messagers : Que pas uo ne s'avise de le tromper! — b Sire, nous vous dirons » la vfrité. Jamais on n'a vu tel avoir ni tant de deniers. » L'empereur vous envoie des lions et des dragons -enchal- » nés, avec kurs gardiens, de brillantes escarboudes... des n aigles de montagne (?) qui ont des ailes plus tranchante » qu'acier... f-.Et Charles les traite de fous hâbleurs : ce qu'il voudrait savoir d'abord, a vous le mettez à la fin. C'est des » femmes que vous devriez parler en premierl — Personne » ne dira qu'aucun chevalier ait jamais vu si belles... »
23. Charles prend les messagers à part. « Dites-moi- la- » quelle vous tenez pour la plus belle. Si vous m'en disiez
'm mensonge, que j'en aie la preuve, je vous ferais mourir. » — Sire, c'est l'ainée qu'on t'a par serment engagée ; et tes w comtes et comtors ', disent qu'ils n'avaient jamais vue plus
reuse. J'ajouie que si le texte de J. de Salisbury devait £ire accepté, ta définition qui en résulte serait bien embarassante, car Valerian, en blason, n'es) nullement un grand ajgle, m,ais au contraire un petit aigle. En outre, on voit ici, et on verra mieux encore au g 45, que l'alerion était un oiseau de chasse, par conséquent une sorte de faucon bien plutôt qu'une aorte d'aigle. Je ne dériverais pas ce nom de aquilario, proposé par M. Liltré, mais plutôt de ala, alaris, alario, ce qui désignerait un oiseau panlcuiièremenl remarquable par son vol; et cette eiplicaiion est en accord avec ce que les leKtcs nous disent de Yaurion ou aUrioii, voy. notamment ci-dessous le J 45.
I. Comtor, > qualité après celle de vicomic.n Raynouard, Lex. rom. Il, 4&3 ; cf. Du Cange, cohitorcs, et de Gaujal! Études historiques sur
12 GIRART DE ROUSSILLUM
n belle. Puis, ils ont donné à Girart la cadette, et si la pre- » mière est belle, la seconde l'est plus encore. L'homme le » plus farouche, le plus triste, ne peut la regarder en face 1 qu'il ne se sente radouci. — Je choisirai la mdlleure, s dit Charles, et sans plus tarder il monte à cheval.
24. Dès ce moment le roi la désira : il envoie chercher sa mesnîe. Il quitte Paris, passe le Mont-Cenis, et rencontre à Bénévent la cour qu'il cherchait. Il descend au bas des degrés taillés au ciseau, entre au moutîer par les escaliers de marbre bis, et fait une courte prière aux pieds du crucifix; puis il entre au cloître par le parvis. Les dames n'en surent rien jusqu'à tant qu'on leur dit : « Demoiselles, c'est le roi, » celui qui a le visage fier. » Berte, à sa vue, prit peur, l'autre se leva, rougit et s'inclina profondément. Lui la prit, l'embrassa une fois et l'assit près de soi. Jamais il n'avait vu beauté en laquelle il n'eût trouvé début ou prétexte à raillerie, mais celle-ci valait tant, qu'il en eut le coeur touché, et rit. — n Sire, dît l'abbé de Saint-Denis, cette autre est ta H femme, tu es engagé avec elle; nous l'avons juré dans son » pays. — Par mon chef », dit Charles, «c'est moi qui décide. » Si là-bas Gtrart a fait les paris, ici je choisis. » Et l'abbé rqwndît : « Sire, vous avez dit une malheureuse parole. »
25. Girart et le pape et les barons étaient allés dehors, dans la campagne, pour parler. Lorsqu'ils apprennent l'arrivée du du roi, ils reviennent, descendent au perron et entrent au petit pas. LeroibaisaGirartlelil5deI)rogon,lepape,et[parmi les barons] le seul don Gace. L'abbé de Saint-Denis, mandé par l'évéque de Soissons, commeni|a le débat ; il avait entendu les paroles du roi et les répéta : s Sire, Charles nous fait une » folle demande, quand il veut qu'on lui donne la femme » de Girart. — Je la demande, en e&t, sire, » répond Charles. Le pape en jure par Jésus du ciel : ■ Tu n'y gagne-
le Jîou*rg-HC(i858), III, 3n-3i. Ce litre paraît n'avoice^Utéque dan» e midi de la France. •
GIBABT DE ROUSSILLON l3
a rais pas ie prix d'un bouton pour te sens, la beauté, les » manières; mais, va, prends ta femme, et que Dieu t'en » donne joie! > Tel fut le sentiment de tous ceux qui étaient présents, maïs, dise oui qui voudra, Charles dit non.
26. Le pape le prie de ne plus parler ainsi : « Devant le » moûtîer Sainte-Sophie, cent l'ont juré, dont pas un ne u voudrait manquer à son serment; mais, va, prends la M femme à qui tu es engagé, et laisse au comte Girart sa M mie. — Par mon chef, » dit Charles, n d'abord elle est » mienne ; quant à celle qu'on m'a donnée, qu'elle soit â u Girart, et qu'encore il prenne tout l'avoir qu'on m'en- » voie I » Et Girart était courroucé et ne pensait pas à rire. Pour un peu il eût défié le roi, si te respect du clergé ne l'eût retenu. Ce débat occupa pendant un jour sans qu'on parvînt à l'arranger.
27. Berte entend la cour en dispute, elle se volt dédaignée, évitée par le roi ; elle ne songe plus à la joie... ; elle s^éloigne en pleurant sous un olivier; à ses pieds est assise sa gouvernante grecque; on ne saurait trouver plus savante ni qui sache mieux écrire. La damoiselle s'écrie souvent : a Ché- » tive ! maudite soit de Dieu tamer... et le port et le na- » vire qui m'a fait aborder ici ! Mieux aimerais-je mourir » U-ba$r que vivre ici. ■
28. On passa la outt à réHéchir. Le matin, au point du jour, le pape réunit tout le monde en conseil dans le moûtîer de Bénévent. Il fit asseoir Girart auprès de lui, et, le prenant par la main ! i Sire , nous sommes tous bien attristés D à cause de ce débat ; il n'y a personne, si bien apprise soit- » elle, qui sache se contenir. Tout cela pour un fou roi, fé- » Ion, â la tête légère qui envoie demander une femme et ne » la prend pas. Si on la renvoie si follement, ce sera le plus » fol présent dont j'aie jamais ouï parler, et vous et les cent n autres deviendrez parjures! Jamais je n'ai vu damoiselle » parler si bien ni se comporter avec tant de simplicité. Son
» air est loysl et prévenant, son teint et ses yeux sont clairs, 1) son visage riant. Par la foi que .je dois au Dieu tout-puisa sant, je préfère Berte à Elissent. Comte, va, prends la » femme et tout l'argent, les chevaux, les pailes, les orne- ') meots. Si tu veux en avoir fief, terre ou accroissement 11 [de fief], Charles en fera à ta volonté, selon ce qu'il m'a » dit, sMlnem'apas menti, u Là-dessus Girart est entouré de ses parents : il sera honni s'il consent à prendre de l'avoir ' : que simplement Charles le tienne quite de son fief, de façon que le comte ne relève plus de lui en rien. A ces mots, Girart s'enflamme.
2g. Le pape était un clerc qui savait beaucoup; il parla avec sagesse et à-propos : « Girart, fais cela pour moi, » homme courtois, et parce que je te porte amitié et te veux •1 du bien, et pour l'amour du père (l'empereur de C.-P.) M qui est si vaillant, qui nous fait tant d'honneur et de si u riches présents. — Mais ce serait pour moi l'avilissement, » la honte et le mépris de tous ! — Non, sire, mais un acte <• généreux, et notre salut à tous, et notre sauvegarde. >
3o. « Girart », dit le pape, « fais cela pour moi. — Sire, » dit le comte, « par la foi que je vous dois, je ne veux pas que " le roi gagne à mes dépens; mais, puisque vous le voulez Il tous, je ne puis que céder : je la prendrai plutôt que de la H voir renvoyer. » Girart prend à part Elissent; avec lui il mena l'abbé de Saint-Reml et Anchier, un riche comte plein déloyauté. « Qui préférez-vous, damoiselle, moi ou ce roi? >i — Si Dieu m'aide, cher sire,- j'aime mieux toi. — Si voiia Il m'aviez dit un mot orgueilleux ou déplacé, jamais il ne D vous eût tenue à ses côtés. Or le prenez, damoiselle, je te » l'oaroie; et je prendrai ta soïur pour l'amour de toi. »
3i. Girart retourne auprès des barons; il leur dit sa pensée. « Cet accord m'est pénible et dur; j'en veux avoir une
1. L'avoir di^igne toujours la richesse immobilière, par opposition
il bienafondsi voy., par ex„plus ba*le J41.
s garantie et un bon. gage pour qu'on ne me le reproche » point comme iionteux et avilissant; [je veut) que le roi n m'octroie, à moi et à mon lignage, mon fief en alleu, » sans hommage. » Ces mots sont rapportés à Charles par les messagers. » Il me demande », dit-il, « un grand sacri- » fice, ei pourtant je le ferai, par ce gage ■. »
3a. Oirart vit U damoiselle au corps délicat, à l'air mo< deste ; il dit que le roi le croyait trop sot, et soupira de cœur pensif. L'archevêque de Reims écrivit le bref ^, et entraîna Charles et le pape sous un tilleul : a Sdgneurs (dît-il), Girart » se repent, je vous assure; mais hâtez votre accord avant » qu'il ne vaille plus rien.
33. — « Sire, » dit le pape, » hfltez cet accord avant que » le comte en ait tout à fait regret, et gardez-vous d'orgueil n et d'excès et faites au duc ^ toutes ses volontés. — Tout » comme il vous plaira >, dit Charles. Le rot, accompagné de ses barons, les plus sages et les plus lettrés, va trouver le duc; on fît entendre à Girart de sages paroles; tout d'abord, il fut juré que cet accord ne lui serait ni honte ni avilissement, que jamais le roi, si irrité qii'il pût être, ne le lui reprocherait. 11 fut relevé de son hommage et reçut son lîef en alleu. Mais Charles est malveillant et rusé :'<i Le bois de n Roussillon, les herbages et les prairies, les miens ont cou- » tume d'y chasser en rivière *. Je veux que vous me le lais- » siez; — J'y consens, n répondit Girart. C'est par là que dans la suite le comte fut p/is. Le pape, qui est plein de sa> gesse, prend la parole : a Comte, aujourd'hui la cour et le
t . Il faut supposer qu'en disant ces mots, le roi présente en effet un gage maiériet, qui doit rester comme le témoignage de son engage-
z. Sens douteux. Le passage est corrompu : j'entends que l'itrchevf-que rédigea l'acte de l'accord dont il va £tre question.
3. Girart est appelé tantôt duc, tantdt comte; mais cette dernière qualification est la plus fréquente.