‹ Girart de Roussillon, chanson de gesteChapitre 177 sur 406 · U roi et les siens · texte numérisé non relu

U roi et les siens

dcur de !a lutte. II va frapper Bernart de Rochemaure : du coup, il lui perce Técu, lui rompt le haubert, en arrache les clous, et retire son enseigne bleue toute rouge de sang. Girart eut lieu de se louer de cette journée, tandis qu'en ce jour l'enseigne de Charles Martel fut enrouée ■.

82. Charles vient au secours des siens par la plaine ; il a pris le heauinc et le haubert d'un soudoyer et poussa son cri... < Frappez-les, chevaliers... » Là vous auriez vu donner tant de bons coups, que tels mille tombèrent par le pré, dont pas un n'avait le cœur ni la tête intacts, ni n'était en état de distinguer la clarté d'avec l'obscurité. Aucun de ceux-là ne revît plus sa demeure.

83. Charles voit que les hommes de Girart ont le dessus. Il aperçut Fouque le comte qui s'avançait, portant une enseigne toute sanglante : il leur avait tué Bernart le his Armant. Le roi vit Boson qui rangeait les siens, le marquis Amadieu, chevauchant après eux. Alors Charles n'eut pas envie de chanter : i Frappez sur eux, chevaliers, je vous le

■ commande ; nos enfants n'y perdront de leur terre, ni un

■ demi pied, ni plein la main, ni plein un gant! > Et les siens, i ces mots, s'élancent pleins de fureur, et la lutte > s'étend.

84. Du côté de Charles, il ne fut pas question de former les lignes, mais chacun joue de l'éperon et se porte en avant 1« plus qu'il peut. Voici au premier rang Charles et Hugues de Broyés ^, Galeran de Senlis et Godefroi. Le roi fut bien aise de les voir auteur de lui. Mais une autre chose le met en grand eSroi : c'est qu'il voit venir Fouque, le long

1 . C. à d., »i je comprends bien, le cri de guerre du roi ne se fit pa* longtemps entendre. Le cri et l'enseigne «ont, comme on uït, iTÈs-fréquemment aseocids.

2. DoùOxf. que je n'entends pas; reisf.ly.71S) n'a pas de sens ici. P.-e. doiU?

3. Broyés était au moyen âge une baronnie relevant du comté de Champagne. Dans la maison de Broyés, dont l'histoire a élé écrite par Du Chesne, le nom de Hugues paraît avoir été héréditaire. Ce personnage et les deux qui suivent paraissent encore ensemble plus loin,! 106.

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d'une aunaie. It déploya son enseigne, pour la faire flotter ay vent; les pans et les plis en étaient pleins de sang. Avec lui vinrent trois ou quatre comtes, Pons, Ricart et Coîne et les Oesertois > . Chacun cria son enseigne, et U où ils se heurtèrent il y eut grand fracas. Il n'y a si bon écu qui ne se brise, raide lance qui ne vole en éclats ou ne se courbe. La maillé du haubert ne valut pas plus qu'un morceau de cuir. Fouque se mesure avec Arbert ', Girart avec le roi. Voici Arbert renversé du cheval noir, et Girart abattu de Ramon près

d'un Mais à leurs secours, il y eut un tel tumulte, que

celui qui tut frappé et ne tomba pas, eut certes la protection de Dieu et de saint Rémi. Fouque fit prisonnier Arbert sous les yeux du roi. Trois mille restèrent morts sur le champ de bataille; Girart ât beaucoup de prisonniers. C'est pour son malheur que Charles se laissa entridner A l'orgueil, qu'il crut

I, Deserlei (rime), Désertes, ï. ii8ï (rime), Desertan ao68, Dêterlenc V. 2173, 43ijo (rime), mêmes leçons dans O. et P., Deserlanj del Pui de Trei, 1796, sont autant de variantes d'un nom qui désigne assurément les habitants d'une contrée déserte : du Berry peut-ftre (il faudrait trouver dans cette région le Pui de Tre^O qui paratt ivmr porté le nom de « Terre déserte ». On Ut dans Lancelot du Lae : 9 Li rois [Bans] SToit .j. sien voisin qui marchissoit a lui par devers 1) Berri, qui lors estait apeilée la Terre déserte. Icil voisins avoit a i> nom Claudas, et estait sires de fieorges [Bourges) et de! pals toten- » viron... La terre de son règne estoit apelée déserte porce que lole » fu adescrtée par Uter Pandragon > (Bibl. nat., fr. 344, fal. 184 fr). lise peut qu'en eSët le Berri ait porté ce nom; toutefois il n'est pu impossible qu'il y ait là un essai d'étymologie populaire du nom Berri; on sait qu'en ancien fr. terne désigne une plaine déserte, voy. Du Cange, ben'd, Raynouard, Lex. rom., II, îi3, berja (liseï beria). 11 semble toutefois difficile que le Berry ait été tenu de Girwt.

I. Arbert de Troyes, comme on va le voir. Ici il est appelé Albert, mais plus loin Arbert. Ce n'est pas un personnage inventé. Deux Herberts, comtes de Champagne, ayant aussi porté le titre de comtes de Troyes, figurent dans l'bistoire au i* siècle; voy. d'ArboiS de Jubùnville, Hisi. des ducs et des comtes de Champagne, i, 7& et suiv., i5$,

ioïGooqIc

un traître, un trompeur, pour s'emparer de RoutsiLIon par des moyens déloyaux.

85. Girart le comte est à pied dans un guéret : il fallait que Charles fut bon chevalier pour l'avoir abattu ; il lui eût foit pis, s'il lui était venu du secours. Là vous auriez vu tant de beaux coups, de çà et de là tant d'ëcus brisés, tant de vassaux blessés dont le sang s'échappe à Bots! Girart eut gain de cause; de ceux de Charles il en resta tant sur le champ de bataille qu'il ne s'en échappa pas un millier. Le comte aura de quoi payer ses hommes.

86. Amadieu et Antelme, celui de Verdun, le comte Boson et Guillaume d'Autun, entrent dans la bataille précipitamment, pu choc des ép>ées, ils hrent jaillir du feu sans fu- ' mée, répandirent te sang..., (touchèrent sur-la terre tant de corps privés d'âme, dont aucun ne vînt puis à la rescousse du roi Charles. Le roi eût mieux aimé être à Mont-Laon.

87. Au temps oti la rose se couvre de feuilles et de fleurs ' fut faîte cette bataille sous Fierenause '. La mesnie de GirarLdu roï ne se repose point : Charles bat en retraite avec une troupe en désordre, et Girart reste maître du champ de bataille.

88. Onques vous ne vîtes un combat ou l'on ait si bien frappé : vous auriez vu tant de bons vassaux étendus morts, tant de têtes séparées du tronc à coup d'épée ! Le gonfanon du roi fut abattu, mis en pièces au fort de la mêlée, Arbert le comte de Troyes fut pris; Charles a perdu mille barons faits prisonniers, sans compter les morts. Charles voit que les siens ont cessé de crier son enseigne; il se retire au loin ea arrière, sur Pui-aigu. Gace ^ et le comte Joffroi * sont venus.

t. Au prinlemps.

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