I. Revue des Deux-Mondes, i3 mars iStti
INTRODUCTION
La chanson de geste dont on offre aciucltement au public la première traduction soulève des questions très variées, ordinairement très épineuses, parfois même insolubles dans l'état présent de nos connaissances.
Elle a pour héros un personnage assurément historique, le comte Girart, mais elle nous le présente sous des traits si différents de ceux sous lesquels II apparaît dans l'histoire authentique, que ce n'est point sans peine qu'on parvient à établir la continuité du Girart historique au Girart légendaire.
De plus, cette même chanson de geste, telle qu'elle nous a été conservée par quatre manuscrits ou fragments de manuscrits, ne peut en aucune façon avoir été rédigée avant le milieu ou même la seconde moitié du xu^ siècle : l'examen de la langue et surtout de la versification ne laisse subsister aucun doute sur ce point. Et cependant des témoignages irrécusables prouvent qu'il existait dès le xi" siècle un poème de Girart de Roussillon qui devait offrir avec le nôtre de grandes ressemblances. La critique a donc à chercher dans quelle mesure notre chanson de geste est apparentée avec le poème perdu ; si elle en
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II INTRODUCTION
est un remaniement pur et simple, dans lequel la forme seule de l'ancien Girart de Roussillon, dont il ne nous reste pas le moindre fragment, a été altérée; ou si, au contraire, Tauteur de la nouvelle chanson n'a pas en certaines parties inodilîé profondément l'œuvre de son devancier inconnu.
Enfin, la chanson est écrite en un langage singulier, dont on chercherait vainement un second spécimen, qui tient à ta fois du français et du provençal, mais a, en outre, des caractères propres. A quelle partie de la France appartient ce langage? ou, ce qui revient au même, en quelle région a été rédigée notre chanson }
Voilà bien des questions à résoudre, et je me suis borné à indiquer les plus importantes entre beaucoup. Tant que ces questions n'auront pas reçu leur vraie solution, il sera bien difficile de se former une juste idée de la valeur et du caractère de la chanson.
Mais d'autres questions surgissent aussitôt, celles-là heureusement, moins embarrassantes en général, quoique non exemptes de difficultés.
La chanson du xi« siècle avait vite vieilli : au moyen âge, tout ouvrage en langue vulgaire, qui reste en possession de la faveur du public, a besoin d'être rajeuni ou refait tous les cent ans. Celle du xii^ siècle ne tarda pas à vieillir aussi. Cependant la renommée de Girart de Roussillon était déjà trop bien établie en son pays d'origine, la Bourgogne, pour que l'histoire de ses hauts faits ne fût pas écrite de nouveau. Aussi des compositions variées par la forme, par les éléments, par l'inspiration, vinrent-elles maintenir, au xiv= siècle et au xv«, la tradition du vieui héros épique, en la brouillant de plus en plus. Nous ne pourrons négliger ces œuvres tardives