‹ Girart de Roussillon, chanson de gesteChapitre 228 sur 406 · Sonresi · texte numérisé non relu

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104 GtRART DE ROUSSILLON

réussirent â faire désarmer les compagnies etâ déctderGirart à se oiettre aux pieds du roi. Ils l'amenèrent à jurer son hominage, à renoncer i toute rancune, à donner le baiser de paix [à Charles]. Ils firent pardonner la rancune des morts >, mettre en liberté lesvivantsquiétaientprisonnîers. On réunit les évëques et les abbés et on leur confie la garde du champ de bataille, le soin d'enfouir les morts, de guérir les blessés. Il reste U tant de francs barons étendus morts, que la douleur s'étend au loin. Leurs amis auront assez à pleurer et dames et damoiselles à se lamenter.

188. Jamais je n'ouïs parler déplus forte bataille, car il n'y en eut telle depuis que Dieu s'incarna. Fouque et Girart y perdent chacun son père. Maintenant nous n^avons pas à parler dés morts : à Dieq les âmes, au suaire les corps I Quant la guerre finit, Girart fit faire de moutiers je ne sais combien, qu'il remplit de moines et de reliques. Girart retourne chez lui, à RoussiUon; Fouque et ses frères s'en vont en Provence; Charles le roi revient en France.

189. De Drogon il ne resta d'autres fils que Girart, d'Odilon, plusieurs et de vaillants : ce furent Boson et Seguin; Fouque et Bernart, et don Gilbert, le comte de Senesgart. Et si Thierri s'en va [en exil] à cause d'eux, et pour [assurer] la paix, voulant la fin de la guerre, il ne doit pas être appelé félon ni couard. On pria tant les comtes *, des deux côtés, que Girart lui assigna un terme de cinq ans. Par suite [de cette convention] le comte fut plus tard appelé traître : et pourtant il agit sans détoiv ni ruse, mais Boson d'Escarpion se

I. Felde, voy. /aida dsnt Du Cange; c'et que &it naître dans une hmille le meurtre d'un de ses membres. Si U /aida n'est pas pardonna, c'est-à-dire ai ceui chez qui elle est née a'jr renoncent pas, soit Eponianfmeni, soit i la suite d'un accord, d'un plaid (placitum), des représailles pourront £tre exercées et la guerre ae perpétuera. C'est la vendtiia corse.

conduisit comme un chien ', ainsi quedon Seguin son frère, lui et Fouchicr.

190. Gilbert tint Senesgart et Montargon, et Seguin le comté de Besançon, et don Bosoo la terre > d'Escarpion, et Bernart le comté de Tarascon ^, et Fouque le duché de Barcelone , Aoste et Suse et Avignon : le tout venait de la terre du vieux Drogon**, et Gîrart de Roussillon en était le seigneur suzerain. Mais païens et Esclavons lui en ont enlevé plus de quatre journées tout environ. Lorsqu'ils ouïrent la douleur et la rumeur de la lutte qui eut lieu à Vaubeton, où moururent comtes et barons, ils passèrent les ports [des Pyrénées] sans obstacle, et vinrent jusqu'à la Gironde tout d'une traite. Pour demander du secours sont venus quatre Gascons : deux vont â Girart et â Fouque, les autres deux en France au roi Charles. Le roi est à Paris, en son donjon, en un palais qui fut au roi Francien ^. Là il demande conseil

1. Gaignari, niltaché à tort par Raynouard, Lex. rom., IH, 449, à gat^anb, el conséquemment entendu uu Eens de « pillard 1. L'opinion de M. Scheler qui rattache ce mot à gaignon, mStln. chien de garde, est BU moins trèa probable {Bueves de CommarckU, note (ur le V. 35.9).

2. Ici et plus bas je traduis anor par a terre n. C'est le terme le plus vague et, par conséquent, celui qui rend le mïeut l'expression du texte.

3. Teraaeon Oif., Torascoa L., Taratco P. Ces formes excluent Tarragone. Il ne peut £tre question de Tarascon -su r-RbAnc qui n'a jamais été le chef-lieu d'un comte ni m£me d'une seigneurie, non plus que Tarascon- s ur-Ariège.

4. Il semble qu'ici le nom de Drogon ait ilé, par une erreur commune A nos trois mss.. substituée celui d'Odilon. En effet, c'est d'Odilon leur pire et non de Drogon leur oncle, que Gilbert, Siguio, Bernart et Fouque avaient dû hfriter. En outre, les terres nommées ici appartiennent (sauf Barcelone dont la mention est à la vérité inexplicable) à la région des Alpes,- tandis que les possessions de Drogon étaient en Espagne ; voy. ii 99, 134, 137.

5. Personnage^buleuiduquel, selon la légende de l'origine troyenne des Francs, ceux-ci auraient tiré leur nom; voir Frédégaire, dans Ruinart, Gregorii Turan. opera, pp. 540, 705.

«u sujet du roi frison-qui lui a déclaré la guerre ■ , ainsi que les Saxons. Les messagers descendent tous au perron ; ils entrent là od Charles se tient, et lui disent des nouvelles qui ne lui plaisenl^guére.

191. Le premier parla un comte, don Anséis: « Ahl Choru les Martel, comme tu as mal fait lorsque, en Vaubeton, tu » as livré bataille et tué Drogon, ton baron. Tu as cru gagner >> en puissance, et tu t'es affaibli! Nous avons perdu les mar- » ches que le duc [Drogon] avait conquises * : d'un côté, te " sont venus les Almoravides, et, de l'autre, te font la guêtre » Saxons et Frisons. Si Girart ne te vient en aide, tu es u pris. » Et le roi, de tristesse devint sombre.

193. Ensuite par la Ernaut 3, qui tint Girone : « Sire roi, n votre amour ne m'est pas profitable. Là-bas, du côté de » l'Espagne, tu m'as placé en bordure : je suis assailli par » les païens du monde entier. Je ne puis voler en France, je » ne suis pas une hirondelle, et je n'ose sauter en la mer : » elle est trop profonde. Que Jésus confonde tout votre se- » cours ! Je ferai hommage à Girart, par Dieu du monde! » Et le roi ne trouve rien à lui répondre.

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