Dans P.*»eul. (vv. 340Î et 3<t
l32 GIJIART DE ROUSSILLON
desanglier, delà volaille, du poisson de mer, et fit boire à son hôte du piment et du bon vîn clair. Pierre était tout las d'avoir chevauciié : on ât les lits, ils allèrent se coucher, et Aimenon amena â son bote une fille pour le tàtonnur '. Cette nuit Pierre resta au lit jusqu'au grand jour. Alors il se vêtit et chaussa, puis il se rendit au moûtier pour ouïr la messe. Girart, de son câtë, convoqua ses barons.
258. Giranest à Roussillon sur Seine, en une chambre voûtée aux murs cimentés. Il a mandé les barons de ce pays : il n'y a bon chevalier qui ne vienne il lui : c Seigneurs,
■ qui sait conseil ait garde de le cacher : Q.ue dois- je faire
• à l'égard de Charles, mon seigneur, qui de ma terre ne veut 1 pas laisser subsister trace? > Guillaume d'Autun ne voulut pas celer sa pensée : < Fais droit à ton seigneur dans la » mesure convenable, à Reims, à Soissons ouà Compiégne ;
■ et si, par son orgueil, il ne le daigne prendre, fais de sa
* guerre autant de cas que d'une châtaigne, et prie Dieu de
1 . Divers témoignages que l'on irouvera réunis presque tous dans un «nicle de la Romania, IV, 3çi4-3, constalenl qu'il était usuel «u moyen âge de se faire u tâtonner » ou gratter en vue de provoquer le sommeil. C'était, paratt~il, l'un des devoirs de l'iiospitalité de pourvoir i ce que l'hdte fût ainsi endormi confortablement. Ainsi dans Aiol une ieune fille assiste au coucher du h^os du poSme, borde son lit, et
:s fraa;ais, V. ii58.)
Cette opération, bien que le soin en fût confié aui femmes, n'était pas considérée comme compromettante pour celles qui l'exerçaient. Du moins voit-on des dames au-dessus de tout soupçon a tâtonner > leur hôte pour les faire dormir. Mais , on conçoit pourtant que parfoia des conséquences autres que celles qu'on avait en vue aient pu se produire, et en fait un poète satirique des premières années du iiti' siècle reproche à certains ecclésiastiques d'avoir la nuit auprta d'eux des jeunes tilles u qui les tastuoeni » IRontania, IV, ïgi, v. iiS>. Ici même nous venons le messager de Chartes rendant compte au roi de son message, se louer de son hSte qui lui a donné la plus belle fille qu'on ait iamais vue [ci-après, % 199, P. vv. îqijSy.
GIBART DE BOLSSI.LLON 1 33
r te venir en aide, et il le Tera sans qu'il t'en coûte rien. »
25g. Girart était danssa chambre pour prendre conseil; il
ât entrer seshommeslesmeilleurs, pulsilseprit à les conju- ■
rer > : • Mes amis, mes hommes, et vous mes pairs, me sau-
> rez-Tous donner conseil sur ceci > Charles ïe roi me mande
• de lui aller faire droit à sa résidence, â Reims ou à Sois-
• sons, menant avec moi mes meilleurs hommes, comme
• garantie du droit ', si je ne puis m'acquitter. — Vous
• n'en ferez rien, • dit Boson, • si vous en croyez le consejl
> que je vous donne, ne vous fiant à la sauvegarde
• d'aucun bachelier ^ ; car hier soir m'est venu un message,
■ arrivant' du conseil tenu à Mont-Guînar. Charles, le roi
■ de France, veut vous trahir. Il y est poussé par Armant
• de Bisclar 4, Ace d'Avignon, Gui de Beuclar, pour venger
■ la mort du duc Thierrî que Charles avait si cher : jamais
■ homme n'eut pour un autre telle affection. — Par mon
• chef, • s'écria Girart, • je m'en garderai bien. Malheur à
• qui voudra s'y rendre jusqu'à ce qu'il vienne, commeguide,
■ un comte, un vicomte, un riche baron ou un évéque ^ ! > 260. — Haï Boson, * dit Fouque, • c'est une parole mal-
E heureuse! Si Dieu et la sainte foi vous sont en aide, ne
• chargez pas Charles d'une'telle honte. Il ne formerait pas
• un tel projet pour autant de terre que vous en ayez jamais
• pu avoir. Gardez-vous de conseiller à Girart votre sei-
• gneur de ne point se rendre cette fois â la cour de Charles.
• Si Girart va â la cour, allez-y aussi; s'il y faut otage,
I . C«st-à-dire le« 6ûmnier>de lui dire leur pentëe, en invoquant le nom de Dieu ou des uintK, de façon i leur rendre toute dissimulation impouible.