Il est une chose •, dit Fouque,» qui m'afflige beau
• coup : vous êtes là à écouter, et vous ne comprenez rien.
• Tu traites Charles de mécréant, tu sais, dis-tu, qu'il veut
■ te trahir. Alors mande tes hommes et tes parents, donne-
• leur des châteaux, des fiefs, des hauberts, des chevaux, des
• équippements ; mais ne laisse pas pour cela de lui offrir le
• droit. Si, par sa folie, il ne le veut prendre, que celui qui , > te fera défaut soit considéré comme lâche, et toi comme
■ un' sot et un poltron si tu ne le lui fais payer cher ; car, si ' Dieu t'aide, et si le droit est avec toi, ni Charles ni les
• siens ne te pourront vaincre. >
267. Boson entendit ces paroles avec peine. 11 se leva et prit la parole:* Fouque, ne parlez point ainsi: ce n'est pas là
■ un conseil digne, et il ne convient pas que mon seigneur
■ s'y conforme. Mon avis serait, si Charles voulait venir
• près d'ici, que noiis allassions nous expliquer librement
• avec lui. J'irais disculper mon seigneur, et je ne crois pas
• qu'il y ait chevalier qui ose, pour son droit *, frapper mon » écu ^. — Nous pouvons nous en tenir àcet avis, » dit Gi-
1. Ou peut.£Ere fl en vue de qui vous vivez >. per pouvant signifier s par n ou ■ pour »; cf, dans le poème de Bo«ce per cut vivre espt'
ï. B Pour son droit B pourrait s'entendre du droit de Charles, dont ce chevalier se constituerait le champion.
3. C.-à-d. combattre contre mol. 11 se pourrait qu'il y eàt ici une
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GIRART DE BOUSSIL LON ï'ij '
ran. Le conseilétait donné, il ne restait plusqu'à le mettreft exécution. On plaça les mets sur lestables et on alla manger. 268. Après avoir mangé, Girart et les siens allèrent sur l'esplanade, devant la salle pour se divertir. Qui savait chanson ou feble se mit à la dire, tandis que les chevaliers s'asseyaient et écoutaient. Girart et les siens s'amusèrent jusiju'à ce que la fraîcheur de la nuit seat seatir. Le comte demanda levin et alla dormir. Le lendemain, au point du jour, il se leva. Ses damoiseaux l'aidèrent à se vêtir. 11 alla ouïr la messe au moùtier, puis, ayant fait venir à lui le messager, il lui ht connaître sa réponse à Charles :
' '269. ■ Pierre, tu t'en irasà ton setgneur.à Charles, roi de
> France et empereur ; tu lui diras, de ma part, en l'amour B de Dieu, qu'il m'est pénible de voir qu'il n'a pas pour moi
• l'estime qu'avaient pour mon père ses devanciers. C'est moi « qui devrais guider son ost de France, porter en bataille son
> oriflamme, donner dans sa chambre les conseils les plus au-
• torisés. Mais tout cela m'a été enlevé par ses traîtres, les " vilains, les lâches, les trompeurs, de sorte q ue je suis retran-
> ché de son amitié. Je suis prêt à soutenir par bataille contre s le plus vaillant,'contre celui qui se fait en cette affaire le con-
• seiller de Charles et me fait passer à ses yeux pour un t rom-
> peur, que lorsque Boson a tué Thierri, son ennemi ', il V nem'en a dit mot, ni moi à lui; que je ne lui ai donné re-
■ traite ni en château ni en tour ; qu'il n'y a donc motif pour s que je soie forfait ' envers mon seigneur, ni pour qu'il
■ m'enlève un mas de ma terre. »