I. Voy. p. t54. n. i
1. D'après ta vie latine, qui, sur ce point, peut t'itre conformée à l'ancien poime, l'eiil de Girart n'aurait dur^ que tept ana. Mail, même en lenanl compte de celte difference, lu faiii qui vont £tre rapponés cadrent bien mal avec le* données antérieure» du potme.
m. — L ANCIENNE ET LA NOUVELX£ CHANSON XLIII
mis de Girart, te rm, qui se doate bien de ses intrigues, lui tot mauvaise mine. Elle ne se déconcerte pas. « Elle h sourit, entre dans sa chambre, ôte sa robe et en met « une plus belle, d'une fine pourpre toute parhimée- R Elle avait la peau blanche, le teint clair. Elle £uit (• belle comme une rose en fleur » (§ 604). Ainsi parée, elle se présente de nouveau au roi-empereur dont elle obtient ce qu'elle veut.
Bene ne parait pas avoir souffert plus que sa soeur cadette de l'outrage du temps. Pendant les trente-deux ans ou plus qui se sont écoulés depuis son mariage, elle est restée stérile;} mais, la paix rétablie, elle donne à son époux deux fils (§ 608) '. Ce n'est pas tout. Aux trentedeux ans dont nous avons fait le compte plus haut, ajoutons les sept années d'une trêve conclue à la suite des succès remportés par Girart sur ses ennemis (S 607]. Il y a trente-neuf ans au moins qu'elle est mariée, et c'est alors qu'elle est l'objet d'une tentative violente dont on peut lire les détails au § 648. ■ Elle avait une figure « agréable, » dit le poète, « un. teint délicat et une peau « blanche comme fJeur d'épine. » N'est-ce pas à croire que les deux sœurs avaient retrouvé la fontaine de Jouvence?
Du reste, elles ne sont pas, dans cette partie du poème, les deux seules femmes privilégiées. Aupais, fille du duc Thierri et nièce du roi, s'est fait donner le comte Fouque, pris lors de la dernière défaite subie par Gïrart dans sa seconde guerre contre Chartes. Elle avait, sans doute, rintention de faire subir une dure prison à celui qui
I. CboM •inguliire, celle circontiacce avait été prévue par 1 YOy. 1 588:
XLIV INTRODUCTION
avait été l'allié le plus fidèle de l'ennemi de sod père. Elle D'en ût rien. Elle devint amoureuse de son prisonnier (§ 55 1). Or, remprisonnemeai de Fouq'ue De peut av<»r duré moins de vingt-deux ans, puisqu'il dura aussi longtemps que l'exil de Girart. De plus, au moment où cet exil commence, Aupais devait Stre déjà une grande fille, car son père Thierri est tué cinq ans avant la fuite de Girart et la prise de Fouque, et, au moment de sa mon, il avait plus de cent ans '. Et cependant Aupais est tout le temps considérée comme une jeune fille, et son prisonnier bien-aimé, qu'elle finit par épouser, est qualifié de jeune homme (S Sgo), malgré vingt-deux ans de captivité précédés de dix ans au moins de ciievaierie.
Il serait, je crois, superflu de pousser plus loin ces observations : on peut tenir pour démontré que la dernière partie du poème, celle qui conïmence au moment oiî Girart revient de l'exil, a été traitée par le renouveleur avec une extrême liberté. Il a modifié les données du vieux poème à ce point qu'il a fiiit œuvre d'auteur, et par là s'expliquent les contradictions qui existent entre cette parti» et ce qui précède.
^4 — Le renouveleur. sa personnalité, son talent poétique.
■ Puisque le commencement et la fin du poème sont, si* non tout à fait, du moins dans une grande mesure, l'œuvre personnelle du renouveleur, ne serait-il pas possible de trouver entre ces deux extrémités de l'oeuvre quelque point de contact, quelque trait commun, d'oii
. Il dit. au i 1B4 ; <L [t fa cent ansqueie luUné.'et plui,je ci :'esi cinq ans plus ard qu'il est tué en trahison.
m. — L ANCIENNE ET LA NOUVELLE CHANSON XLV
l'oD pourrait tirer à la fois une confirmation des vues ci-dessus exprimées et une notion quelconque sur la personne du renouveleur? Voici ce que je remarque de plus saUlant à cet égard. Ce sont deux faits seulement, mais qui me paraissent avoir une certaine valeur. D'abord, on voit te pape jouer dans ces deux parties de la chanson un r61e considérable. C'est lui qui, tout au début, décide, par sa prédication, le roi de France et ses barons â mar- , cher au secours de l'empereur de Constantinople, assailli de tous côtés par les païens ; c'est lui encore qui, à la fin du poème, réconcilie définitivement le roi et Girart. Le second fait, moins important en lui-même, est peut-être plus caractéristique. Le poète parle de Constantinople comme s'il y avait été, de Pempereur comme s'il l'avait vu : ■ L^empereur a la tête chenue. Jamais je n'ai vu, c jamais je ne verrai si beau vieillard. 11 a sens, largesse < et abord agréable » (§21). La note personnelle, si rare dans les chansons de geste, est ici très sensible. Or, à la 6n du poème, l'auteur, après avoir raconté à propos de la fondation de Sainte-Sophie une légende qui semble avoir été recueillie â Constantinople même, fait dire à un de ses personnages : ■ J'ai vu le moutier de Sainte-So- > phie, et je ne crois pas qu'il y ait jamais eu ni que ja- • mais il y ait le pareil » (§ 654). Il me semble que ces divers passages doivent avoir été écrits par le même homme, et que cet homme avait été à Constantinople. Y a-t<il là un élément à l'aide duquel on puisse dater le renouvellement du poème avec quelque précision? Je n'oserais l'affirmer. Les rapports entre l'Occident et Byzance ont été très fréquents pendant tome la durée des croisades, et il serait vain- de chercher à quel moment du xii« siècle un jongleur de France a pu se trouver à
XLVI INTRODUCTION
ConstaDtiiM^le. Je cnûs cependant devoir faire remarquer que ce moment doit être antérieur à la croisade de 1 104. Ce qui se passa alors dans la capitale de l'empire d^Orient n'était guère &it pour inspirer à l'auteur la peinture qu'il nous trace des rapports tout pacifiques de l'empereur grec et des barons de France. Avant cette époque il n'y a guère qu'un empereur â qui puissent s'appliquer les paroles du poète : c'est Alexis II. Dans cette hypothèse, le renouvellement daterait des dernières années de ce prince, r^résenté comme étant déjà un viùllard, ou des années qui suivirent sa mort. Alexis II mourut en 1 1 80. Tout ce qu'on peut dire de plus précis, c'est que le renouvellement date du dernier quart du xn' siècle, et tes arguments très incenains qu'on peut tirer de la langue et de la versification n'y contredisent pas.
La tendance, si visiblement religieuse et morale de la fin du poème et certains détails, tels que la citation, en partie textuelle *, d'un verset des Psaumes, au S 671, semblent autoriser une autre conclusion qui a son importance. C'est que l'auteur du renouvellement devait être, non pas un simple jongleur, mais un clerc. Bien d'autres clercs, tant au nord qu'au midi de la France, ont composé en langue vulgaire des poésies profanes *.
Ce serait peut-être ici le lieu de chercher à determiner la patrie du renouveleur. Mais c'est là un point qui ne peut être éclairci qu'à la suite d'un examen détaillé de la langue du renouvellement. Nous consacrerons plus loin à cette recherche un chapitre spécial.
1. Dim mt traduction, j'ai remit toute !■ citatioD «n latin. ' . 3. Voir ce que je dis i ce lujet dîna l'introduction â la cbanion de U croiMde tlbigeoîM, pp. uxiv et u..
m. — L-'aNOENNE £T la nouvelle chanson XLVtt
Nous avons pu prouver que le renouveleur avait, au début et dans la dernière partie de son œuvre, modifié de la faipn la plus grave les données du poème original. A-t-il, en d^autres endroits encore, traité ailleurs son mo • dète avec la même liberté? Je ne le pense pas : du moins la comparaison avec la vie latine n'en donne pas la preuve. D'ailleurs, s'il l'avait fait, que serait-il resté de l'œuvre primitive? Mais, entre une copie pure et simple et une reconstruction totale, il y a de la marge pour bien des retouches, et cette marge, DOtre renouveleur a pu en user largement à notre insu. Les récits que Thagiographe a empruntés à l'ancien poème sont si écounés, ils sont si loin de nous fournir une analyse fidèle et complète de roriginal, que le renouveleur a pu se permettre de nombreuses libertés sans que nous soyons en état de le prendre sur le fait. Nous en savons assez toutefois pour être assurés qu'il était capable de trouver de lui-même, en prenant ce terme dans toute l'étendue qu'il comporte.
Et d^abord, il savait composer. La troisième partie du poème, où son imagination paraît s'être donné libre carrière, est, si on la prend en elle-même, un petit poème complet et assez compliqué. Les événements s'y pressent sans se confondre. Deux actions, tendant à un même dénouement, y courent parallèlement sans que la clarté de l'exposition en souffre. D'un côté, c^est la reine qui organise la défense; de l'autre, Giran et Fouque qui, se conformant fidèlement à ses conseils, combattent leurs ennemis et reconquièrent leurs héritages. Tout cela est mené avec une rapidité et un entrain qui ne laissent pas l'intérêt languir un instant.
Il savait voir juste et avait le don de communiquer en-