I. Voy. J 450. — 1. Les clous qui tîient l'enseigne
3. Locution usuelle; ainsi dans Alejrandre, éd. Micbetant, 414, 35-6 : Se demande bataiUt... Jou i arai bhatost gaegnié ou perdu.
4. A combattre en rase campagne, je suppose. Gilbert conseille une guerre de'fensive, corame Fouque.
a el nombreuse de soudoyers bavarois et allemands, qui ne » demandeni qu'à se battre. N'envoyez pas en avant ni hom- » mes de pied ni éclaireurs, mais chevaucbqps dés ce soir, au » coucher du soleil, et soyons en face d'eux au point du jour. B Si nous pouvons chasser Charles du champ de bataille, je » ne donnerais plus un gant de sa guerre. Il sera ruiné lui » et ses enfants. »
477. Girarc goûta fort ce discours. Les paroles de Bospn lui rendirent le courage. « Seigiieurs, n dit-il, r je ne puis » continuer la guerre plus longtemps, car je n'ai plus rien ft » donner ni à recevoir '. J'ai perdu les barons qui me de- 0 vaient le service militaire. J'aime mieux en iinir d'un » coup que de languir dans une longue anxiété. — Faîtes » en, B dît Fouque, k comme il vous plaira, a Et là-dessus ils s'en vont.
478. C'est sur cet avis tju'ils. se séparèrent. On suivit le conseil de Boson qui, en une autre occasion, leur avait été d'un grand secours. Girart monta sur le cheval balzan aux longs crins. Il se rendit dans les prés sous Dijon, ob les barons avaient planté leurs tentes. Il leur adresse à tous force remercîments et les prie, au nom de Dieu, de ne pas bouger jusqu'au soir. Alors ils se mettent en marche, passent sous le couvert du bois, et, au point du jour, arrivent sous Pui-Aigu; ils descendirent de cheval dans la plaine sous Chàtillon. Dieu veille sur eux I Car il y aura encore bien des ecus neufe de brisés.
479. Us descendent, au point du jour, sous Chàtillon. En la cour de Girart, il y avait un vavasseur né du meilleur lignage de France. Il avait été pris â la bataille sous Vaucouleurs, oil Girart vainquit l'empereur Charles '. Le comte n'avait exigé de lui aucune autre rançon que son service.
(. Mot à mol ■ ni à lenli- ■. Il veut dire qu'ayanl perdu la plu* grande partie de ses terres, il n'.a plus de revenu. 2. Ci-deMUS, S 411-414.
GIKAHT de ROUSSILLON 22(
Pour l'en récompenser, celui-ci appela cette nuît même un damoiseau, fils de sa sœur : c Neveu, » lui dit-il, « va dire > à Charles l'empereur, sous Roussillon, ob il tient rassemji blé le gros de son armée, que Girart a convoqué son ost et n lui livrera bataille demain au jour; que Charles fasse bien n garder son oriflamme, de peur qu'on la lui enlève par sur- » prise.» Le damoiseau, plein de joie, court oti on Tenvoie. 480. Le damoiseau monte achevai et part au galop. Il ne s'arrêta pas qu'il fût devant le roi. Il le trouve sous Roussillon, tenant un conseil pour établir un accord entre les Gascons et le duc d'Aiglent '. Charles parlait lorsque le messager, descendant de cheval, le prit apart, au vu de tous, et lui dit : « Je suis, à la cour de Girart, le serviteur d'un n de vos parents qui vous fait savoir par moi secrètement » que le comte a mandé toute sa gent. Il a avec lui de nom- » breux soudoycrs à qui il donne de l'argent. Sachez pour » certain que j'en arrive. Girart vous livrera bataille au- » jourd'hui même. » Cette nouvelle fut désaf^réable à Charles. Pourtant il prit une mine riante, n J'espère bien, » ditil, « lui faire payer le mauvais sang qu'il me fait faire ! »
I. n Gaiconi » est fourni par P. (v. 6099): it y a dans Oif. Cocon. Peut-fire faut-il. en combinant les deux levons, lire Gacon, Gace de Dreux. Le duc d'Aiglent peui bien lire le duc Milon d'Aiglent, appelé dans noire pœme Mîlon d'Aîgline ({65) sur lequel plusieurs li' luoignages ont été cités ci-dessui, page 3o, noie 3. A ces témoignages OD en pourrait ajouter pIuEieuraauirei, ceux-ci, par exemple, que four< nitle pofirne de Fouque de Candie ;
ht ïisleore i met itnt pour ta gmt.
Ne Kesligatt li dut Miles d'Aiglent >
(Mui^e Brlt. Old. ro;. 30. D. XI, tat. 161 X" e.) Plus li fèrit doner or et argent Conques n'en ot li dm Miles d'Aiglent.
(ttU-, fel. i63 y a) Eni el bilel uilli Miles d'Aiglent.
{Ibid., loi. a6î r* e.) Milon d'Aiglent figure encore dans Mainet (Romania, IV, 309Ï, dani Ogier, édit. Bnrrois, v. 9960.
222 GiaART Ut: ItOUSSIl. LON
481. Charles leva les yeuK vers le ciel pour imploier ' Dieu: > Seigneur,> dit-il, < fais qu'aujourd'hui je me venge' •
Puis : « Dis-moi, combien sont-ils de chevaliers?Peux-tu en » estimer le nombre? — Je n'ai pu les voir tous ni m'en
* faire une id^e, mais seulement de soudoyers achetés il y en
■ a quftre mille; je les ai vu compter. Depuis hier matin à
■ l'aube, Girart n'en a pas fini de leur donner de l'argent. Il
> a donné ordre à sa mesnie et se revêtir d'armes vermeilles. » Je l'ai entendu hier, lui et Boson, se vanter '. Ils compn tent bien d'ici peu vous chasser au loin. — Dieu me soit
> en aide! » dit Charles. « Si je ne pilis le dépouiller de
• sa terre, je renonce pour toujours à porter la couronne. » H manda sa mesnie pour lui adresser des exhortations, Pierre ', Aimon ' et Aimar «, qui l'avaient quitté la veille au soir. Il envoya un chevalier convoquer ses barons au conseil.
482. Charles manda ses hommes pour prendre conseil : I Seigneurs, écoutez-moi, et qu'on ne dorme pas >. Maudit
> soit le trésor qui luira à mes yeux, si mes tidéles hommes » n'y ont pan ! Je vous dirai comment Girart se réveille. Il
1. Citait, au moyen âge, i'ussge des chevaliers de se vsnter, le Eoir, après boire, de leurs futurs exploits. Qu'on se rappelle ta scène des gabs dans le Voyage de Charlemagne à Jérusalem. e[ ci-dessus un pasMge du i 307. Le même usage est constaté dans les romans chevaleresquesde l'Italie; voir les textes cités par M. Vitali dans sa pré' foce du CaNtare di Madonna El^na impératrice ;Livorno, iSSo, per noj:je], pp. 17-S, Ces bravades ont été souvent tournées en ridicule par les con tempo rains; voir les telles cités p^r M. Tobler dans sa dissef' tation sur le proverbe : ■ Plus a paroles en plein pot de vit» qu'en un mui de cervoise n, Zeitschrift fur romanische Philologie, IV, 80.
1. Pierre de Monl-FUbei. On a vu, au g iab, qu'une blessure l'avail mia hors de combat pendant cinq ans; mais, depuis lors, cinq années se sont &;oulées ; voy. | 416.
3. L'un des neveux de Thierri, voy. H 107. aiî; l'un de set fils, se- ■ Ion lei 184.
4. Personnage qui n'a paa encore été mentionné b. Le conseil avait lieu la nuit.
GIRARÏ DE ROUSSILLON 22^
> a perdu Roussillon, ce qui lui est douloureux. Ce mes-
■ sagcr m'apporte une nouvelle étonnante : Girart a fatt
■ armer sa gent d'urmes vermeilles.» Après parla Hugues, le duc de Broyés ■ : • Sire, ne faites pas ici la sourde '
■ oreille, mais faites armer votre getit; tenez-vous prêt.
483. — Seigneurs, » leur dit Charles, « je vous le dis, à vous * que j'ai aimés et nourris. Aidez-moi, à venger mon ami,
■ le duc Thierri ', le noble ciievalier. Si, dans la bataille pro-'
■ chaîne, je puis chasser du champ mon ennemi, je ne laîs- » serai pas un seul été, de lui enlever des châteaux. » Tous l'assurent qu'ils lui viendront en aide. Jamais vous ne vîtes un rot d'une amitié aussi sûre, qui eût autant d'attachement pour un guerrier vaillant. On le vit bien ce jour-là, à la façon dont on Frappa en la bataille '. Le comte Girart fît une sottise quand, après cela, il chevaucha contre Charles.
484. Quand la nuit fut passée et que le jour parut, le comte Girart, qui avait l'expérience de la guerre, forma trois échelles de chevaliers, quatre de sergents et de bourgeois '. Ils abandonnent les bois et chevauchent pac la plaine, serrés comme les gouttes de pluie, les gréions ou la neige; les lances se touchent. Quand Charles les vit, il en fut tout ému. Il s'adressa â ses barons et à ses marquis : « Qui s'est vanié de porter les premiers coups 'î — Sire, ce D sera moi, dit Olon le champenois. — Grand merci, ■ re- » prit Chartes ; « si je puis me tirer d'ici, j'accroîtrai votre » iîcf, si je suis encore roi portant couronne, «
485. Girart était entendu à la guerre et animé dun vif ressentiment. Il dit à Boson, qui n'était pas homme à recu-