‹ Girart de Roussillon, chanson de gesteChapitre 343 sur 406 · Cf a · texte numérisé non relu

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homme lui dit de- bonnes paroles : ■ Ami, avez-vous droite B croyance? — Sire, je mets mon espérance en Dieu. — Re- M noncez-vous envers tous à la veDgeance? — Sire, oui, hor- 1 mis le roi de France. — Ami, ne lui avez-vous jamais fait

■ de mal? — Sire, oui, par sottise et par jeunesse. — Donc, s repentez- vous, de bon cœur. — Sire, jamais je ne prendrai » pénitence jusqu'à ce que je lui aie fait voir la mort de près. B Si jamais je puis porter écu et lance, je trouverai moyen » de prendre vengeance de lui. — Grand péché, » dit l'ermite, • s'est emparé de toi.

5i8. — Brave homme, comment penses-tu arriver jamais a à te venger 1 Quand tu étais homme puissant, Charles t'a

■ vaincu, c'est toi-même qui le dis. — Sire, * dit Girart, < je ne veux vous rien cacher. Si je puis parvenir jusqu'au » roi Oton, recouvrer des armes et un cheval, j'essaierai de I revenir en France, chevauchant nuit et jour. Lorsque B Charles ira chasser dans tes grands parcs, je sais bien les

> endroits oti il tire à l'arc ; là je pense me venger de sa per-

> sonne détestée. — C'est le péché, « dit Termite, ■ qui te » fait parler. »

519. Quand l'ermite l'ouït, il s'irrita. C'était un homme lettré, qui avait beaucoup lu. tt Brave homme, je sais qui x'bl

■ fait tomber si bas : c'est l'orgueil de ces démons cornus » qui furent précipités du ciel. Dans le ciel, c'étaient des an- » ges de grande puissance, l'orgueil les a fait devenir dia-

> blés. Tu étals un comte de grande valeur, et maintenant u péchéet orgueil t'ont si abattu que tu ne possèdes que les

> vêtements que tu portes. Tu viens de m'avouer que si tu » peux jamais avoir cheval, lance et écu, tu occiras ton sei- » gneur en bois épais. C'est le péché, c'est le diable qui te

■ trompe. J'ai peur qu'il te tue en telle disposition. C'est

■ alors qu'il te possédera tout entier ! » Quand la dame entend parler le saint vieillard, elle se jette à ses pieds et les lui baise. Elle pleura longtemps. Immobile. • Sire, poUr Dieu, n grâce pour ce malheureux! ».Et l'ermite la relève et lui

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dît ■ : • Je ne sais rien vous dire de plus : Dieu vous soit en B aide! car vous avez perdu ce monde-ci et l'autre!

520. ■ Brave homme, » dit l'ermite, « comoient n'es-tu » pas épouvanté? En ta jeunesse tu as fait tant de foliesf tu B en as employé toute la fleur à mal faire, et maintenant tu » veux encore tuer ton seigneur direct! Mais alors tu ne >i trouveras plus clerc, ni saint homme, ni évéque, ni » pape, ni docteur, qui consente jamais à te donner pénitence! ■> La théologie et les auteurs nous montrent dans la loi du » Rédempteur quelle justice on doit faire d'un traître. On

■ doit l'écarteler avec des chevaux, le brûler sur le bû- >> cher, et là oit sa cendre tombe ■, il ne croît plus d'herbe, M et le labour reste inutile; les arbres, la verdure y dépéris- » sent. » A ces mots, la dame ne peut s'empêcher de pleurer : > Girart, pourquoi faites-vous si grande folie. Pardonnez * H toute rancune envers tout homme, et particulièrement en- " vers Charles, votre roi empereur. — Dame, je le fais pour » l'amour de Dieu. > Et l'ermite répond: « J'en rends grâces u à Dieu, et, de sa part, je me déclare ton témoin. Et si tu le B fais de bon cœur et sans reserve, tu recouvreras un jour

■ vassaux, terre et honneur, n

521. Girart a consenti â tout ce que l'ermite a voulu. Le saint homme en rit de joie. 11 lui interdit l'usage du cheval

1. Ici cesie la lacune de L., dont te commencement a été indique: ci-dessus, p. 179, n. 3.

2. L'écariellemeni eet, au moyen fige et juaqu'auï temps modernes, puisque Ravaîllac fui écartelé, le châdment réservé à U trahison et au crime de lèse-majesté. Ainsi esl puni Ganelon dans Rolant; voir ausai les exemples cités par Du Gange sous QUAHTEa.iro. Dans Reiiaut de MoiUavban (tfdii. MichelanI, p. ^3), le traître Hervieu de Lausane est écaneié à chevau», puis brûlé, et ses cendres sont jetéea au vent. Cette pénaliié. toute barbare, n'est en aucune l'afon d'origine ecclésiastique. Le supplice de l'écartetlement avec quatre chevaux est représenta avec une grande netteté dans une miniature du ms. de U Bodleicnne Bodiey ïG4(xLv-s-), fol. ^■'. V.

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